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Le saxophoniste Roger Kom veut laisser des traces par l’écriture musicale

Le natif de Douala se bat pour transcrire une majorité de sons africains en musique du monde

Auteur, compositeur, saxophoniste, guitariste, chanteur, . Qui est Roger Kom?
Je dirais que je suis un musicien dans la cinquantaine déjà. J’ai commencé à jouer la musique au Cameroun, avec une formation de base dans l’électricité au Collège de la Salle à Douala où j’ai appris par ailleurs mes premières notes de musique. Par la force des choses, la musique a pris le dessus. Je suis parti du Cameroun pour le Gabon où je suis resté dans l’armée gabonaise quatre années. Je suis arrivé en France quelques temps après. J’ai essayé d’apprendre un peu de musique dans un centre de formation et une école de Jazz. Au regard des besoins que nous autres africains avons, il y avait un très long travail à faire. Manu Dibango, m’a beaucoup aidé moralement à passer ce cap, feu Francis Bebey aussi. Là, je continue sur la même lancée, chercher à mettre les choses au clair, le plus possible.

Que faisiez-vous au Gabon?
Au Gabon, je jouais la musique. Nous avions un groupe qui s’appelait Black Sounds, celui qui accompagnait Manu Dibango. Le groupe avait été invité par feu Djoué Dabany, chef d’Etat Major et gérant d’une boîte de nuit. Quand la boîte de nuit a fermé, il m’a recruté dans l’armée gabonaise en tant que musicien.

A 10 ans déjà vous fabriquiez vos instruments de musique, parlez-nous de cette époque là?
Au Cameroun ou en Afrique, quand un enfant fait ce genre de chose on dit qu’il est entrain de jouer. Mais moi, j’avais un penchant très fort pour la musique. Je m’isolais derrière la maison pour fabriquer mes guitares et pour chanter. Chaque fois, je piquais des fils à coudre à ma mère pour faire les cordes de mes guitares.

Comment se prend la décision de vous investir dans le monde de la musique et des instruments?
C’est dur pour nous autres qui arrivons avec une culture qui n’est pas encore reconnue. Les musiques que nous faisons sont, on dirait, incomplètes. Les gens les jouent, on les aime bien, mais elles passent difficilement dans le milieu des musiciens. C’est un travail que les aînés ont commencé à faire mais qui était très difficile pour eux, et nous nous continuons de le faire. La preuve étant qu’il y a un nombre significatif de jeunes camerounais mondialement connus qui ont avancé sur ce chemin. On ne connaissait pas l’Afrique, on ne connaissait pas le Cameroun. Avec les exploits des footballeurs la donne a changé. On s’intéresse à tout ce qui touche le Cameroun, la musique et les musiciens en font partie.

Parlez-nous de votre attachement à la Sanza?
La Sanza c’est un aboutissement. C’est un instrument que je connais depuis mon très jeune âge. J’ai beaucoup écouté les gens jouer la Sanza, le Mvet, et le balafon. Chaque fois que j’avais des airs musicaux, ces instruments m’inspiraient. J’ai commencé effectivement par la guitare et c’est à ce moment que j’ai rencontré Toto Guillaume, nous avons travaillé ensemble au Cameroun. Après il y a eu le saxophone que j’aimais déjà. Au Cameroun, c’était difficile d’y avoir accès. C’est Cher-ami-de-la-capitale un grand saxophoniste qui m’a facilité la tâche. C’est au Collège de la Salle que j’ai rencontré finalement le saxophone. Je m’y suis mis comme ça. Après, je suis allé au Gabon et là j’ai découvert le trombone. Par curiosité, j’ai commencé à sortir des sons sans être tromboniste. Etant à l’armée, j’ai demandé au Commandant qui dirigeait la fanfare de m’aider à m’y mettre, j’y ai appris des fondamentaux. Rendus en France, il y avait pas d’africains faisant des cuivres. Nous étions trois, il y avait Manga Jerry, Féfé Priso et moi. Nous avons trouvé d’autres Camerounais, Ben’s Belinga, Jimmy Sax et autres Nguini Vincent et Eko Roosevelt qui nous ont aidés et encouragés à monter une section de cuivre africaine. Nous nous sommes mis à accompagner tous les musiciens africains sur scène. Pour faire de la place à d’autres saxophonistes, je me suis mis à jouer au trombone. Malheureusement ce n’est pas mon instrument. Je me sens moins apte, mais à l’occasion je le travaille parce que c’est un instrument rare. En faisant tout cela, Manu Dibango, me demandait à chaque fois de composer. En essayant de le faire, je prenais la guitare pour composer et je reprenais des airs de Sanza. A force de chercher, j’ai rencontré plein de gens d’autres cultures qui me demandaient pourquoi on ne jouait pas des instruments traditionnels. Là il y a eu Jacques Djeyim (guitariste) qui est initié à la sanza (à cause de son père) et inspiré par Pierre Didi Tchakounté, le premier à avoir compris cette histoire là. Avec Jacques Djeyim nous avons essayé de faire quelque chose au point où j’ai acheté ma propre Sanza.

Vous avez donc joué avec les plus grands, quel est celui ou qui sont ceux qui vous ont le plus marqué?
Tous m’ont marqué, parce que chacun a quelque chose de particulier. Mon idole à moi c’est Manu Dibango. Il m’a connu petit, il m’a encouragé. Fela aussi, mais je ne suis pas resté longtemps avec lui. Pendant que j’étais au Nigeria, j’allais les voir. Je ne pouvais pas jouer avec Fela, parce que je n’avais pas l’intention de rester au Nigeria. Mais, quand il est allé en prison, nous avons fait une tournée pour demander qu’on le libère. Ce qui a été fait. Un autre concert a été organisé à cet effet. Et Fela ému par cette mobilisation disait que la musique est l’arme du futur. Lui aussi a commencé à encourager autrement les jeunes.

R Kom
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Vous avez participé à la composition des musiques pour d’autres créations artistiques, spectacles vivants et notamment le cirque, en quoi cela consiste-t-il? Racontez-nous ces expériences?
Comme expérience, on peut dire que la musique a toujours sa place partout. Même dans le cirque, il faut de la musique. Nous avons participé au cirque de Buren (créateur des colonnes du même nom), le spectacle faisait référence au blanc et au noir comme couleurs et nous y avons pris beaucoup de plaisir. Moi j’étais le saxophoniste et en tant qu’aîné, on me disait de construire les morceaux. Ce que je faisais, je rédigeais et je déclarais à la SACEM. Et dans le cirque, un espace était réservé à la musique et nous y jouions, en plus des musiques de mise en scène pour chaque prestation: chevaux, toile, acrobaties aériennes, jonglage . etc. Les spectateurs étaient contents d’avoir de la musique en live. Chaque séquence avait une musique appropriée.

En 1997, vous montez votre propre formation, qu’en est-il aujourd’hui?
Elle existe toujours. Ma trajectoire a été un peu difficile. Il me fallait faire passer la musique africaine dans le monde de la musique universelle, qu’elle soit reconnue. Pour cela, il fallait qu’elle soit écrite pour que tout le monde puisse y avoir accès. C’est de cette manière que l’on s’est rendu compte que c’est difficile pour les occidentaux d’avoir accès à la musique africaine, elle n’est pas écrite. Je ne pouvais pas faire autrement que de passer par cette étape. Pour moi c’était absolu, cela fait une charnière pour ceux qui vont arriver après moi.

J’ai pris du temps pour me faire accepter comme rédacteur, écrivain de la musique africaine. J’ai dû faire face à des personnes qui disaient que la musique africaine ne s’écrit pas, elle se joue. Or ce n’est pas toujours ça.
Roger Kom

Il y a eu des hauts et des bas. Des moments où j’ai arrêté. Maintenant, je vais à mon rythme. Depuis deux à trois ans, j’ai repris du poil de la bête. J’ai mis au point certaines choses au niveau familial, et là je recommence à tourner. L’avantage est que beaucoup de musiciens connaissent ma musique et, autant les Blancs que les Noirs peuvent la jouer sans souci, ni problème particulier.

Parlez-nous de votre premier album «Waka Waka»
C’est un vagabond. Cela englobe tout ce que j’ai dis précédemment. Tout ce que je joue ou chante a un rapport avec ma vie. C’est un album où j’ai voulu dire que ce qu’on va chercher ailleurs, on l’a en soi ou alors dans notre poche. En faisant toutes les recherches musicales, je me suis dis que je les connaissais d’une certaine manière qui font souvent une avec ma personne. Mais ne je suis pas contre les Waka Waka.

Et votre second album «Je vais à Yaoundé», y a-t-il une quelconque relation avec le titre d’André Marie Talla?
La musique camerounaise a mille et un titre à succès comme ce «je vais à Yaoundé» de Marie Talla qui disparaissent. Nous étions les premiers à aller dans les écoles de Jazz où l’on nous suggérait des reprises. C’est comme cela que j’ai opté jouer un standard de musique camerounaise et non de jazz américain. J’ai donc pris en plus Nelle Eyoum, Ngallé Jojo, Talla André Marie que j’ai mis dans mon répertoire. J’ai fais le plus simplement possible sans grande retouche pour que l’on reconnaisse de quoi il s’agit.

Vous parcourez les scènes du monde entier, quel est votre meilleur souvenir?
J’ai fais beaucoup de choses. Toutes les scènes étaient de bonnes choses. Très jeune au Cameroun, je jouais déjà avec Manu. On tournait, on avait des contrats partout. Ce qui n’empêche pas que j’ai travaillé avec Fela, avec Tony Allen que j’ai retrouvé en France et je continue à jouer avec lui. Tony Allen, c’est un exemple, cela fait 20 années que je le côtoie.

Roger Kom
R. Kom)/n

Au-delà de la musique comment regardez-vous le Cameroun?
Je suis plutôt inquiet. Dans la mesure où il faut tout faire pour que les jeunes aient accès à toutes les expériences qui sont les nôtres. Quand on est là-bas on rêve. Mais une fois ici, on se rend compte que ce n’est pas le cas. Les jeunes doivent croire en eux.

Vous êtes basé en France, quel est votre rapport avec le Cameroun?
Au début lorsque je parlais de musique, personne ne me croyait. Avec le temps ce rapport là a changé. Pourtant moi-même parfois j’ai eu des doutes. Après j’ai rencontré d’autres personnes qui m’ont donné confiance en moi. Il faut accepter de chuter d’assez haut pour repartir sur de nouvelles bases. Nous avons besoin d’être unis. Moi je fais ce que je peux faire et j’ai la sensation que la relève est assurée. Il y a suffisamment de bons musiciens camerounais. Je ne suis plus seul.

Comment avoir accès à tout votre savoir?
C’est difficile pour moi actuellement de mettre une structure en place. On me suggère de créer une association qui transcrirait les musiques africaines. Mais les institutions ne sont pas faites pour que ces choses là soient favorisées dans les écoles de musiques. On y introduit progressivement ce qu’ils appellent les percussions africaines selon le système. Moi tout seul, je n’ai pas les moyens. Et j’en arrive à me demander si c’est de ma responsabilité. Va-t-on me croire? On sait que dans les écoles de musique, il faut avoir un diplôme pour enseigner. Comment peut-on le faire pour quelque chose que l’on est entrain de créer? c’est cela qui est perturbant. Il faudrait peut-être une vraie reconnaissance des pairs. Pour cela, on pense faire des Masters classes avec quelques amis français. Ce serait le plus pratique pour nous, tant au Cameroun, qu’ici en Europe.

A quand une prestation au Cameroun?
L’occasion ne se présente pas encore. Cette année par contre, je pense que ce sera le cas. Je serais heureux d’aller au Cameroun

Le saxophoniste
www.myspace.com/rogerkom)/n

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