Opinions › Tribune

Le travail décent n’est pas encore une réalité au Cameroun

Par la Commission nationale des Droits de l’Homme et des libertés (Cndhl)

Déclaration de la Cndhl à l’occasion de la 129e fête internationale du travail 2015

La CNDHL,

Tenant en compte des principes consacrés par les instruments de base de l’Organisation des Nations Unies (ONU) relatifs aux droits de l’homme, en particulier la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ;

Considérant que le Cameroun, membre de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), a ratifié ses huit Conventions fondamentales, notamment celles sur : la liberté syndicale, le droit de négociation collective, l’égalité de rémunération et celle concernant la discrimination à l’emploi et les pires formes du travail des enfants ;

Considérant la Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail ;

Considérant la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, aux termes de laquelle «la liberté, l’égalité, la justice et la dignité sont des objectifs essentiels à la réalisation des aspirations légitimes des peuples africains»;

Considérant le préambule de la Constitution du 18 janvier 1996 qui dispose que « [t]out homme a le droit et le devoir de travailler»;

Considérant que le Code du travail Camerounais, en son article 2, stipule que « [l]e droit au travail est reconnu à chaque citoyen comme droit fondamental, l’Etat doit tout mettre en uvre pour l’aider à trouver un emploi et à le conserver lorsqu’il l’a obtenu» ;

Considérant l’aggravation de la situation de l’emploi et des travailleurs dans les zones touchées par les attaques barbares de la secte terroriste Boko Haram ;

Observant que partout, les droits des travailleurs n’ont pas toujours été suffisamment respectés et qu’ils doivent donc bénéficier d’une protection appropriée ;

Notant la volonté réaffirmée de l’Etat de respecter les engagements internationaux librement souscrits, à l’instar de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH) et du Pacte international relatif aux Droits économiques sociaux et culturels (PIDESC). ;

La CNDHL salue l’indéniable efficacité avec laquelle la lutte contre les hordes obscurantistes de Boko Haram est conduite par le Chef Suprême des Armées, Son Excellence Paul Biya, redonnant espoir à tous les travailleurs des zones touchées ;

La CNDHL apprécie à sa juste valeur les efforts de l’Etat dans sa croisade contre le chômage qui a conduit à la création de centaines de milliers d’emplois en 2014 ;

La CNDHL apprécie la décision Gouvernementale de revalorisation du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) de 28 216 à 36 275F, source de valorisation de l’emploi au Cameroun.

La CNDHL s’inquiète cependant que ces différentes mesures tardent à produire des résultats probants quant au bien-être des travailleurs.

La CNDHL déplore ainsi:
. que le travail décent ne soit pas encore une réalité au Cameroun ;
. que les normes internationales relatives au travail qui priment sur la législation nationale ne soient pas systématiquement appliquées;
. que l’ensemble des mesures d’hygiène prévention, d’hygiène et de sécurité, destinées à assurer la protection de la santé des travailleurs ne soient pas systématiquement respectées ;
. qu’une frange considérable de travailleurs évoluent dans le secteur informel mal maîtrisé et ne bénéficient d’aucune couverture sociale ;
. que, dans la grande majorité des entreprises, le travail se déroule dans un environnement discriminatoire, sans respect du Code du Travail et, surtout, dans le cadre de politiques qui dévalorisent l’emploi ;
. que les mineurs soient de plus en plus enrôlés dans le monde du travail, en violation des dispositions pertinentes du Code du Travail ;
. que les accidents de travail, des maladies professionnelles et des décès au travail perdurent ;
. que les procès en matière de travail se multiplient;
. et l’absence de données statistiques sur le profil des travailleurs migrants.

La CNDHL condamne fermement les violations récurrentes des droits humains dans le monde du travail, qui se manifestent par:
. le non payement des salaires conformément aux conventions collectives librement négociées qui frise l’exploitation des travailleurs ;
. la non affiliation de trop nombreux travailleurs à la CNPS ;
. les licenciements abusifs ;
. les traitements inhumains et dégradants imposés aux travailleurs, notamment le harcèlement, sous toutes ses formes ;
. l’interdiction de l’exercice de la liberté syndicale par certains employeurs.

Appréciant le thème retenu pour cette célébration, à savoir «Construire l’avenir du Cameroun dans la paix, la solidarité et le travail décent», la CNDHL:

Appelle le Gouvernement et le Parlement à procéder sans tarder à la révision du Code du Travail dans le but de renforcer la protection des travailleurs mise à mal par la réforme du 14 août 1992, adoptée dans le contexte d’une crise économique aigüe;

Appelle le Gouvernement à l’urgence d’étendre la protection sociale à tous les domaines d’activité et au relèvement des pensions de retraite ainsi que les allocations familiales pour que le travail reste un moyen d’épanouissement;

Appelle le Gouvernement à réactiver les Comités de sécurité et de santé au travail (CSST) créés par décret du Premier Ministre, le 3 mars 1993 et Engage les employeurs de tous les secteurs :
. à promouvoir activement une culture de sécurité et de santé au travail ;
. à affilier leurs employés à la CNPS ;
. à améliorer à brève échéance les conditions de travail des employés;
. à assainir l’environnement du travail partout où ce problème se pose et
. à respecter scrupuleusement les lois, textes et règlements en vigueur dans le domaine du travail.

Dr. Chemuta Divine Banda, Président de la Cndhl
Droits réservés)/n

A SAVOIR

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