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L’écrivain camerounais André Ekama a obtenu le prix du meilleur auteur Africain 2007/2009 en Allemagne

«Je ne regrette pas d’être parti du Cameroun puisque je fais sa fierté là où je me trouve et suis un étendard»

Depuis plus de 22 ans vous êtes installés en Allemagne, quel souvenir gardez-vous du Cameroun?
Le Cameroun est ma terre natale et elle demeure dans mon c ur. Lorsque j’y retourne très souvent je ressens cette chaleur et me remets dans ma source. Ne dit-on pas souvent : nul n’est étranger chez soi. Donc, je suis à la maison, dans la famille. J’y vais régulièrement pour me ressourcer et m’inspirer car je suis un écrivain et reconnaît en moi les valeurs profondes de ma terre qui me forgent même en étant distant d’elle ou comme j’aime bien le dire «dans l’autre rive».

L’on croise vos traces sur la toile où vous êtes très actif, est-ce que vous vous ennuyez?
Je suis très actif non pas seulement sur la toile mais aussi au réel. Car n’oublions pas que l’écriture est l’expression de notre pensée. Chaque message que je mets à l’attention du grand public est une marque d’engagement de mon Être dans la recherche du dialogue en communauté et je me cultive lorsque je lis les arguments des autres confrères. Donc je comprends que ma vision singulière peut arrimer avec celle des autres et s’étendre encore plus même sur des réflexions qui ne me sont pas venus en esprit au moment que j’ai pensé. Donc la toile est une plate forme d’apprentissage, de connaissances et d’échanges. Je ne saurai m’ennuyer sinon faire partager ma pensée serait une oisiveté de ma part. Non!

On se rend compte qu’à côté de votre activisme, vous êtes écrivain et avez plusieurs récompenses à votre actif parlez nous de cette motivation?
J’ai une passion pour l’écriture qui ne date pas d’aujourd’hui. A 14 ans je commençais déjà à mettre sur papier tout ce qui me venait en mémoire ou qui séduisait ma pensée. Arrivé en Allemagne j’ai poursuivi cette passion malgré les études de mathématiques qui me préoccupaient. Mais au fil des années, mes papiers augmentaient, je ne voulais pas encore publier pour ne pas trop me distancer de mon quotidien «de bon matheux». J’ai terminé mes études et débuter ma carrière, j’ai pensé enfin exploiter mon talent. Ce fut la grande surprise, même pour mes proches amis qui ne me reconnaissent plus et se demandent tous comment j’ai pu passer de la mathématique, science rationnelle, à l’écriture. C’est ainsi que je vais sortir mon premier livre en allemand «Etre Noir dans les Cieux Blancs» en 2007. C’est un recueil de nouvelles sur la situation des Africains dans une nouvelle terre mais avec une note d’optimisme. Ils affrontent les réalités mais se battent pour s’en sortir. Ce livre là m’a valu de faire le tour d’Allemagne. J’ai connu au travers de mes lectures tous les Bundesländer après sa sortie et rencontré plus de 6000 personnes pendant ma tournée.

«Le candidat solitaire», dans un environnement et une langue pas très communs vous écrivez pour qui?
J’ai été au Sénégal et le public était curieux de savoir en quelle langue je rêve. J’écris pour les lecteurs germanophones. Je vis dans la société allemande et voudrais y contribuer au dialogue des cultures, je ne peux qu’écrire dans une langue commune. Les Africains qui y résident parlent tous allemands et n’ont pas de choix s’ils veulent évoluer. J’écris sur nos réalités et veux par mes uvres non pas créer la polémique mais plutôt ramener un état de conscience sur les problèmes d’intégration et une répugnance sur le zèle xénophobe ancré en certains.

Les mathématiques sont assez éloignées de la littérature, d’où vous viennent votre engouement et votre motivation?
J’ai lu les grands savants comme Blaise Pascal ou Leibnitz. Ils étaient à leur temps d’imminents scientifiques et pour la plupart aussi de bons écrivains. Je crois que si un Noir répond dans ce sens, ce n’est pas un tort. La Mathématique est la mère des Sciences et j’utilise la littérature non par des symboles mais par une logique de ma pensée rationnelle pour m’ouvrir au c ur du monde.

Votre prochain challenge c’est quoi?
J’aimais lire mon nouveau testament et faire peser les Saintes Ecritures avec les réalités que je rencontrais. Seulement quand j’étais au Cameroun, mes parents étaient préoccupés à me voir faire des mathématiques. Je leur suis très reconnaissant pour le dynamisme et la modestie qu’ils m’ont imprégné. Je salue tous mes enseignants qui ont forgé mon devenir. A eux tous je dédierai mon prochain livre sur les 50 ans du Cameroun qui sera intitulé «Miroir de ma Terre patrie».

On se rend compte que vous abordez des thèmes proches de l’immigration, vous regrettez d’être parti du Cameroun?
Je touche les thèmes liés à l’immigration puisqu’ils sont de grande actualité et nous les vivons au quotidien en Occident. Un auteur doit pouvoir cadrer avec les problèmes sociaux du moment. Au temps des Senghor il était question de Négritude. On sortait de la colonisation et voulait parler au-delà de cette peau qui habite notre âme africaine. Les temps ont beaucoup changé mais parfois nous ressentons les mêmes réflexes affichés par certains. D’où la nécessité d’intervenir surtout pour que les enfants qui naissent comprennent que ce monde est global. Les problèmes de l’Afrique sont aussi dans une certaine mesure liés aux indigences occidentales. Je ne regrette pas d’être parti du Cameroun puisque je fais sa fierté là où je me trouve et suis un étendard. Vous pourrez constater que partout où je tiens des lectures en Allemagne ou en Autriche, on dira «Der Kamerunischer Autor». Donc c’est ce Camerounais qui vient décrier mais qui apporte aussi car je suis un prometteur de la culture aussi.

Etait-ce un choix de partir et de demander la nationalité allemande?
Ce choix n’est pas matériel. Il est émotionnel et je l’assume parce que je voulais mieux me rapprocher de l’âme allemande même en ayant des racines noires.

André Ekama, l’écrivain
Journalducameroun.com)/n

Est-ce que le Cameroun vous manque?
Le Cameroun me manque parce que je suis loin de lui mais je contribue aussi de loin pour le faire rayonner à mon niveau. Je suis Président d’Honneur de la Jeunesse Active en Technologie du Cameroun. C’est une Association de Jeunes basée au Cameroun et je leur apporte mon soutien. Le Cameroun me manque parce que je ne peux que le comprendre à distance. Mais j’en demeure présent par ce qui fait sa fortune, donc solidaire de tous ses maux, mais aussi de ses progrès.

Comment appréciez-vous le comportement des Camerounais de la Diaspora en général?
La Diaspora est diverse. Elle a plusieurs centres d’intérêts et parler d’elle en généralisant est une erreur des médias au Cameroun. Il y a une diaspora camerounaise impliquée dans l’économie et le bien communautaire au Cameroun. Il y a une diaspora camerounaise qui recherche par la culture le rapprochement entre les valeurs camerounaises et occidentales, bref un métissage enrichissant et il y a une diaspora qui veut voir les choses bouger comme cela est dans le pays d’accueil. Dans les domaines de l’éducation, de la santé de la transformation de la société et de son essor. Donc une diaspora qui laisse cours à l’activisme implicative est-elle celle là qui est coupée des réalités du Cameroun? Comme nous l’entendons de beaucoup d’hommes aux commandes? Je crois que ce sera intéressant que les politiques du Cameroun acceptent le droit de vote, la reconnaissance de la double nationalité et un ministère de la Diaspora Camerounaise. Lequel serait chargé de converger toutes les initiatives et recenser pleinement les Camerounais de la diaspora en concertation avec toutes les initiatives sur place.

Pour ceux qui ont lu cette interview comment vous présenterez-vous?
Je suis âgé de 42 ans, un homme prolixe. Né au Sud du Cameroun à Lolodorf et après mes études primaires et secondaires au Lycée General Leclerc de Yaoundé je m’envole pour l’Allemagne de l’Est ou je fais des études de mathématiques. Après plusieurs années en Allemagne je m’intéresse à la promotion de la culture et la politique. Je suis élu membre du Conseil des migrants de Mannheim. Je me porte candidat à la Mairie de Mannheim d’abord pour le poste de Maire Adjoint en charge de la culture et du social et après je participe aux élections municipales dans la même communauté pour le conseil municipal. Je suis Président de l’ONG Africa Culture Rhein-Neckar, Directeur de l’Institut Culturel Africain de Mannheim. J’ai obtenu le Prix de meilleur auteur Africain 2007/2009 en Allemagne décerné par la Fondation Jeunesse Africaine www.ayf.de. Aujourd’hui je compte cinq livres. Et j’attends impatiemment la sortie de mon sixième livre bientôt.

André Ekama
Journalducameroun.com)/n


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