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Leonora Miano confirme son aura!

Elle vient de publier chez Plon un nouveau roman. Rencontre avec une femme du soleil!

Prix révélation de la forêt des livres en 2005, prix Louis Guilloux en 2006 pour son premier roman l’intérieur de la nuit, classé 5e au palmarès des meilleurs livres de l’année par le magazine lire. Leonora Miano, écrivain camerounaise publie chez Plon « Tels les astres éteints »

Pourquoi ce titre : Tels des astres éteints?
Parce que les personnages du roman sont, à mes yeux, trois soleils qui ne se lèvent pas. A force de macération dans une mémoire douloureuse, ils passent à côté de leur vie. Le roman expose les raisons de cela, tout en invitant à dépasser enfin sa douleur.

Après deux ouvrages où les scènes se déroulent quelque part en Afrique, vous décidez de porter un regard de l’intérieur de l’Occident. Y’a-t-il une raison?
Il se trouve que je vis en France depuis environ dix-sept ans. Cela me semble une assez bonne raison.

Amok, Shrapnel ou Amandla, les trois personnages principaux de votre roman sont des immigrés, mais vivent différemment cette réalité. Duquel de ces personnages vous sentez-vous le plus proche?
On ne peut pas considérer Amandla comme une immigrée, elle est originaire d’un territoire français d’outremer. Elle se sent étrangère en France, il y a des raisons à cela, mais elle est en principe dans son pays. Par ailleurs, l’immigration n’est pas du tout le sujet du roman. Ce dont il est question, c’est la conscience de couleur. Je suis proche des trois, d’un certain point de vue. Je les ai créés, et je les aime infiniment.

Vous soulevez un pan complexe des luttes pour la reconnaissance des immigrés. On a l’impression que pour vous être africain n’est pas un problème, mais c’est être noir, avoir la couleur de peau noire.
Comme je viens de vous le dire, il ne s’agit pas d’immigration ici, mais de conscience de couleur, de trois manières différentes de se penser Noir dans le monde actuel, de l’enfermement vécu par beaucoup, dans les représentations négatives qu’on a pu avoir du Noir en Occident.

Ce livre est un cri de c ur, un pamphlet ont même dit certaines critiques. Votre avis là-dessus?
Les critiques sont libres de leurs analyses. J’ai simplement voulu exposer des choses qui, habituellement, ne sont dites que dans l’entre soi des Noirs, pour les faire partager au plus grand nombre. Rien de pamphlétaire là-dedans, à mon avis.

Afro Blue d’Oscar Brown Jr. Mongo Santamaria, Straight Ahead d’ Abbey Lincoln et Waldron, Angel Eyes… Votre livre est structuré comme un album et conçu autour du jazz, de la soul. Pouvez vous nous expliquer pourquoi?
Sans doute parce que la musique tient une plus grande place dans mon travail que la théorie littéraire pure. C’est là que je tire les éléments qui structurent les textes, en général. Ici, j’ai simplement décidé de montrer cette ossature au lecteur, pour qu’il connaisse mieux ma sensibilité, mon esthétique.

Comment vous définissez vous ? Femme du monde, de l’Afrique, femme noire, immigrée?
Cela dépend du moment. Aucune de ces catégories ne me semblerait confortable si elle devait être unique et permanente.

On va parler un peu de vous : Vous avez reçu de nombreux prix (Goncourt en 2006, Louis Guilloux en 2006 révélation de la forêt des livres en 2005). Qu’est ce que cela représente pour vous, tous ces prix?
Et récemment, le Prix Grinzane Cavour, prix italien très important. Tout cela représente la reconnaissance d’un travail ardu et solitaire. C’est très gratifiant.

Quel est votre rêve aujourd’hui?
Je rêve peu. J’ai surtout des envies, des objectifs. Généralement, je ne les partage pas.

Appartenez vous à des associations ? des comités de lutte ? lesquels?
Non. Je suis une artiste, pas une activiste. Je ne suis pas à ma place dans les structures de cette nature, même si j’ai des convictions.

Etes vous féministe?
Tout dépend du sens que vous donnez à ce mot. Je crois que les sociétés du monde doivent atteindre l’équité en terme de représentation des sexes à tous les niveaux, mais je ne pense pas les hommes inférieurs aux femmes et ne suis pas en guerre contre eux.

Au Cameroun, avez-vous fait des campagnes de promotion?
Depuis l’année 2006 où je suis venue présenter L’intérieur de la nuit, je ne suis pas retournée au Cameroun. Et personne n’y a souhaité ma présence. Je vais là où on me réclame. Donc très peu au Cameroun, pour mon travail en tout cas.

Vous y retournez souvent?
Non.

Quel est le meilleur souvenir de votre enfance?
Il n’y a rien de spécial qui me vienne. Mon enfance n’est pas la période de ma vie que je préfère.

Quels sont vos hobbies, parlez nous de vos amis, vos passes temps?
Je n’ai pas de hobbies. Je me passionne pour la musique et pour la littérature. Je lis beaucoup, j’écoute beaucoup de musique. D’ailleurs, je prépare un spectacle pour le printemps prochain, qui me permettra de faire travailler des artistes sur ces deux axes.

Si on veut vous faire plaisir, on vous sert quoi à manger?
Je ne suis pas difficile si les produits son bons. J’aime beaucoup la sauce gombo aux crabes.

Quel est votre livre de chevet en ce moment?
Dites-nous comment survivre à notre folie, du Japonais Kenzaburô Ôé. J’ai aussi beaucoup aimé Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, de son compatriote Haruki Murakami, dont je conseille vivement les livres.

qu’écoutez vous comme musique?
De la soul, du jazz, de la nu soul. Ce genre de choses, principalement.

Cette interview est destinée au public camerounais. Avez-vous un message, un mot pour la fin?
De célébrer enfin ceux qui se sont battus pour la liberté chez nous, de faire édifier un monument à la mémoire de ceux qui ont quitté nos côtes lors de la traite négrière, de se fédérer autour des événements historiques qui ont forgé notre pays, d’apprendre à nous reconnaître les uns dans les autres, de préserver la paix au Cameroun. De vives espérances donc, plus que des messages.

Leonora Miano

Noiraufeminin.com)/n

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