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Les aventures de Faka Bilumba N° 59

«Oui, Le Canard disait que Barthélémy était un dictateur qui dirigeait son pays à mi-temps depuis les grands palaces européens.»

C’est en « chefs traditionnels », donc en princes ou rois africains que, du haut de leurs trônes, et en tenue d’apparat, Chaka Zoulou, Moro Naba, Ramsès II, Nefertiti, la Reine de Saba, la reine Pokou et les innombrables dignitaires de l’Afrique d’antan et contemporaine tiennent une assemblée extraordiaire. Vous vous en doutez, il faut, pour y assister, montrer patte blanche. Mais à quoi cela servirait-il que vous soyez notre lecteur, donc un privilégié, si je ne vous mettais pas au parfum de ces choses qui sont censées être ultra secrètes ?

C’est donc dans le Saint des Saints du fondamental de l’intelligibilité, au-delà de toute rationnalité, que les fondateurs, les concepteurs et gardiens de certaines valeurs essentiellement africaines se sont exprimés, se sont inquiétés, alarmant ceux qui ont la responsabilité de l’équilibre du monde.

« Je voudrais que les choses soient claires pour tous. Je sais que certains d’entre vous ici sont ignorants. Toi, La Fontaine, tu rappelais dans ta fable du « Loup et de l’Agneau » que la raison du plus fort est toujours la meilleure, et tu as dénoncé ce loup qui a dévoré l’agneau qui tout simplement voulait se désaltérer. Beaucoup de tes contemporains en ont fait leur devise, oui, de cette raison du plus fort, qui légitime aujourd’hui toutes les abominations des comportements impérialistes occidentaux. Il se trouve que nous, les ancêtres de grandes civilisations -et qui n’étions pas gaulois- nous avons établi des choses : les valeurs familiales -respect des anciens et des aînés-. et que tout cela est perdu. Au nom d’un idéal libertaire et révolutionnaire occidental, c’est l’anarchie : ni dieu, ni maître ! Les enfants tapent sur leurs parents, sur leurs instituteurs et sur leurs professeurs… Il ne faut plus faire beaucoup d’enfants, ou pas d’enfants du tout. Quant à la polygamie, n’en parlons plus, elle serait devenue obsolète ! Le partage et l’hospitalité sont même punis ; il existe des premiers magistrats et des ministres, au pays qui se prétend des droits de l’homme, qui punissent les mendiants, leur interdisant de glâner dans les poubelles, mettant même des amendes aux pauvres gens qui le font. Certains ministres encouragent la délation, et punissent tous ceux qui aident les étrangers sans papiers. Comprenez-vous quelque chose quand on préfère détruire la nourriture qui va être périmée et jamais vendue, la détruire plutôt que de la donner à ceux qui en ont besoin ?»

« Laisse tomber, Roi Moukoko, il y a longtemps que, sous le prétexte de moderniser les choses, certains ont imposé, mine de rien, des valeurs négatives qui pénalisent des peuples entiers. Là où la musique adoucit les m?urs, une blanche vaut deux noires. Voilà ce qu’on extrapole en politique, car un prisonnier israélien vaut mille-deux-cents prisonniers palestiniens. Et ça choque qui ? Tu parles de raison du plus fort ! Le combat n’est pas régulier. Il faut essayer de lutter à armes égales. Voilà que les banques et le système mondial économique bat de l’aile ! Essayez donc, juste pour une année, que le monde entier ait une monnaie unique, avec la même valeur pour tous les pays ! On verra qui va vraiment progresser, sans les tricheries manifestes de la Bourse, des spéculateurs et autres gangsters officiels en col blanc, traders et cie ! Je dis, moi, le Moro Naba, que vouloir honteusement mettre ses parents dans des maisons de retraite, ne pas vouloir s’en occuper en recrutant pour le faire des Africaines mal payées, c’est plutôt foncer à tombeau ouvert dans la médiocrité de l’incivilité et de l’immoralité. Il y a en ce moment, quelque part en France, une polémique sur l’évaluation d’un préjudice moral. Si Bernard Tapie a été indemnisé de 45 millions d’euros au titre de préjudice moral, à combien pourra-t-on évaluer les préjudices subis par les Africains volés depuis des siècles ? »

« Pourquoi toutes ces guerres de conquête économique ? On attaque pour voler, évoquant des mensonges manifestes, comme en Irak, en Lybie ! Puis, en dépit de tout bon sens ou de règles morales, on bombarde, on détruit, on pille et on met à mort des dirigeants qu’on avait auparavant contribué à maintenir au pouvoir. Enfin, comme ce triste ballet de la centaine d’industriels français en Lybie avant même la fin de la guerre, on va, comme des charognards, se partager ce butin puant et honteux. Qui va encore douter de la reconquête coloniale de l’Afrique ? Voilà Pierre Lellouche qui conduit cette délégation d’hommes d’affaires français, démontrant que les vraies raisons de cette guerre ne sont pas de délivrer le pauvre peuple lybien, qui, en fait, n’a jamais été pauvre. Les amis de B.H.L., les révolutionnaires et opposants formés en stage accéléré pour la circonstance, inquiètent tout de même, car ils déclarent que « nous ne manquons pas d’argent pour reconstruire notre pays ». Auraient-ils hérité des choses de Khadafi dans leur comportement ? Je continue, moi, Patrice Lumumba, de penser et de constater que, comme le disait mon bourreau Mobulée, le mot et le concept de « corruption » , ce n’est pas lingala, mais bien français. Vous n’avez qu’à prendre pour exemple cette Préfète française qui s’est servie dans sa résidence préfectorale : meubles, tableaux, etc., on évalue à plus de 24 000 euros ce qu’elle a volé, oui, volé ! Alors, je me demande ce qu’attendent les doungourous de Barthélémy, Bakary et le fameux Ndongo, pour dénoncer l’acharnement du Canard Enchaîné, ce journal satirique français. Oui, « Le Canard » disait que Barthélémy était un dictateur qui dirigeait son pays à mi-temps depuis les grands palaces européens. L’exemple vient d’en haut, Barthélémy a toujours dit qu’il était un bon élève, le meilleur même, de François Mitterand. Ce n’est peut-être pas faux. »

« Je voudrais nous rappeler que nous sommes là pour constater comment nos valeurs fondamentales africaines foutent le camp. Moi, Mamadou, je suis venu habiter l’Hexagone car on m’a enseigné que mes ancêtres étaient gaulois, et je suis venu partager les extases de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Après avoir essayé de franchir les barrières sociales, je suis passé du statut de balayeur à celui du pompiste dans une station d’essence la nuit. -Il faut dire quand même que j’ai décroché un doctorat en droit dans une université française-. Pour ce qui est de ma famille, c’est la catastrophe ! Il m’a fallu des années pour obtenir un regroupement familial. Et, dès que mon épouse, que tout le monde qualifie de malienne, est arrivée, tout s’est mis en marche pour nous séparer. Sa vie intime a été vilipendée, car on lui demandait de témoigner, dans des conférences, de son ablation du clitoris. On m’en rendait même responsable, comme si c’était moi qui inventait ces pratiques. Puis ce fut le tour de mes enfants, qui tous ont été placés dans des foyers appelés éducatifs. Et ceci parce que j’avais corrigé mes filles qui faisaient le mur pour aller en boîte de nuit… Résultat des courses, elles sont devenues filles-mères à 14, 15 et 16 ans et ce sont des éducateurs qui les suivent maintenant. Quant à mon fils, on me traite d’homophobe car, malgré ses vingt-deux ans, je l’ai bien corrigé en compagnie de mes cousins du foyer Sonacotra. Il prétend avoir une orientation sexuelle non conventionnelle, en vivant intimement avec un autre garçon ! »

Je croyais que cela allait changer le monde, comme chantait Joe Dassin, et quelqu’un crie dans la foule : « Wait and see, it is never toot late ». Fêterait-on donc le centenaire de la réunification du Cameroun ?


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