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Les aventures de Faka Bilumba N°16, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Le sultan Njoya a fait venir quelques sommités d’antan dans son palais, sommités contemporaines aussi, car l’heure est grave »

Le sultan Njoya a fait venir quelques sommités d’antan dans son palais, sommités contemporaines aussi, car l’heure est grave ; j’ai pu rencontrer beaucoup d’anciens rois noirs égyptiens, qu’on appelait des pharaons. Napoléon, que suivait comme un toutou Sarko, se faisait disputer par Khadafi ; ce dernier lui demandait de remettre à l’Egypte tous les trésors qu’il lui avait volés -l’obélisque de Paris, entre autres- et d’y ramener aussi les corps embaumés et leurs sarcophages, ces corps dont on a violé l’intimité de la dernière demeure, puisqu’ils sont exposés dans les musées occidentaux.

Il y avait aussi Kabila père et fils, Eyadéma père et fils, Bongo père et fils ; ils avaient constitué la dynastie des présidents-rois des nouvelles démocraties à l’africaine. Quelques apprentis et stagiaires les suivaient discrètement, parmi lesquels on pouvait malgré tout reconnaître Jean Sarko, Franck B., et le prince présidentiel sénégalais.

Le sultan Njoya a pris la parole, rappelant l’objet de la réunion : « Le monde ne tourne plus rond, la terre est fâchée, très fâchée. Tous ces tremblements de terre, ce volcan et son nuage qui paralyse les avions et les aéroports européens, ces saisons qui perdent leur rythme, leur cycle, ces tsunamis, bref, toute cette débandade de la nature, c’est très inquiétant, je dirais même que l’apocalypse est en train de se mettre en route. J’ai fait venir aussi les futurs dirigeants du monde, que nos contemporains ne connaissent pas encore, et bien évidemment toi, Faka Bilumba, pour diriger ce débat et surtout dire à tes lecteurs du monde entier ce qu’il en est ».

– « Je suis Géronimo, vieux roi indien au peuple décimé. Quand les Blancs nous envahissaient et nous détruisaient en Amérique, nous nous efforcions de leur dire qu’il y avait des équilibres naturels à respecter dans la nature et que cette dernière était souveraine, ils n’ont pas voulu écouter ! Nous avions et avons encore les connaissances, la science comme ils l’appellent, de certains phénomènes: les ouragans et les tempêtes, nous savons les éviter parce que nous savons quand ils arrivent. Avez-vous entendu dire que nos peuples furent décimés par une quelconque tempête ? ».

– « Et moi, le futur pape, moi qui suis africain et chrétien, je confirme ce que dit le roi indien. Les Ecritures aussi disent et établissent l’ordre des choses. Quand Dieu a créé le monde et l’homme, il a fait de ce dernier son maître, en établissant des lois. La connaissance nous a été donnée pour notre bien, et non pour jouer aux apprentis sorciers. Une poignée d’individus monopolise ce qu’ils appellent savoir, l’utilise pour des choses aussi négatives et destructrices que les armes atomiques ou les pesticides ; certains sortent de leurs laboratoires des virus, des maladies, qu’ils expérimentent, à l’instar du fameux sida. Et, non contents de ce diabolisme inventif, ils affirment des mensonges haineux et racistes : ces maladies viendraient d’Afrique, de certains grands singes que les Africains mangent ! Je vous avertis que, quand je règnerai, je me marierai, et j’autoriserai tout le clergé à faire de même s’il le veut; ce sera même obligatoire pour être consacré ! On en finira avec ces scandales de la pédophilie et de l’homosexualité. »

– « Sultan Njoya, tu as démontré de ton vivant par ta sagesse et ta puissance les valeurs de la civilisation bamoun, même si quelques uns aujourd’hui ne veulent y voir qu’un côté folklorique. Tu as tout de même inventé une écriture, comme tes cousins en Egypte et leurs hiéroglyphes ! Donne-nous les secrets des armes secrètes que vous aviez de votre temps ! Tes contemporains bantous savaient faire tomber la foudre là où ils voulaient, ils savaient arrêter la pluie et faire dévier les tornades et les tempêtes. Je voudrais, moi Khadafi, que nous ayons cette arme africaine qui dissuadera les autres nations du monde, surtout les puissances occidentales. »

– « Et moi, Patrice Lumumba, je te dis que ce n’est pas à un fougueux comme toi qu’on confie un pareil secret. Quand vous aurez compris, vous les actuels dirigeants du continent, que nous sommes riches, très riches, mais pas de la richesse à l’occidentale ! La stratégie de nos envahisseurs coloniaux jusqu’ici est de nous ruiner ; cette ruine est d’abord culturelle. Par lâcheté, ignorance, traîtrise et cupidité, la base de notre civilisation se meurt. Nous sommes un peuple de la parole, et cela ne signifie pas que cette oralité soit synonyme d’illettrisme ou d’analphabétisme. Les verbes lire et écrire existent bien dans beaucoup de langues africaines, ce ne sont pas des mots importés des langues occidentales. Monsieur Biya, vous les Boulous, vous dites bien « a lan, a tili », « lire et écrire », qui ne sont pas des mots comme « voundi », « la fenêtre », qui est une déformation de « window », le mot anglais. »

– « Vous êtes même comment ? J’avais demandé la parole la semaine dernière, et toi, Faka Bilumba, tu as promis que je l’aurais cette semaine ! Au lieu de cela, tu la donnes à mon successeur, le futur pape africain dont tu ne veux pas révéler le nom, te contentant d’annoncer qu’il sera noir et africain. Et moi, Benoît, je continue à me faire massacrer par les médias occidentaux ! Je maintiens que la capote, c’est pas bon pour légitimer les relations sexuelles extra-conjugales, que la Parole proclame la fidélité à son partenaire et condamne l’homosexualité, mais non pas le célibat des prêtres… J’ai la nette impression qu’au nom d’une certaine laïcité qui caresse l’athéisme, une croisade est lancée contre l’Eglise, surtout en France. On nous reproche même de faire des campagnes publicitaires pour recruter des prêtres : raison fondamentale du litige, ces mannequins, très beaux d’ailleurs, ne sont pas prêtres. Franchement, tout le monde utilise des mannequins et des comédiens pour les photos et les spots publicitaires -et ce sont les mêmes qui réclament une Eglise moderne ! »

– « Mais il y a aussi Kelman, le Bassa qui n’aime pas le manioc et les sans-papiers africains, qui a des problèmes. Son patron, Eric Besson de l’Identité, menace de se séparer de ce conseiller de Kelman. Selon certaines sources, il semble que parmi les avions cloués au sol par ce nuage volcanique, il y aurait des charters remplis de sans-papiers africains et afghans ; les services secrets ont révélé qu’une des causes de ce nuage néfaste, c’est la présence d’un prince africain sans-papiers dans l’un de ces charters : vu comme il a été ligoté, bousculé et maltraité pour le faire monter dans l’avion qui devait l’expulser, les esprits de ses ancêtres se sont fâchés et ont provoqué l’éruption du volcan, et ses nuages fatidiques. Besson est fâché contre Kelman car, en plus du fait qu’il l’emploie pour qu’en tant qu’Africain, il lui indique tous les trucs des Africains sans-papiers, il comptait aussi sur lui pour le protéger de tous les maraboutismes africains qui, tôt ou tard, sévissent sur ceux qui n’aiment pas l’Afrique. Quand on voit Pasqua et ce qui lui arrive et va lui arriver, on n’aimerait pas être à sa place, et c’est lui, Pasqua, qui aura les honneurs de notre prochain épisode, lui et sa bande de voleurs et ruineurs de l’Afrique avec leur P.M.U. africain ! ».

www.Ekilafrica.com

François Zo’omevele Effa
Journalducameroun.com)/n


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