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Les aventures de Faka Bilumba N°19, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Ce n’est pas souvent que l’on chante le deuxième couplet d’un hymne national »

Ce n’est pas souvent que l’on chante le deuxième couplet d’un hymne national. J’ai été réveillé par une belle mélodie fredonnée par un groupe anonyme d’anciens élèves d’une école normale d’instituteurs d’Afrique Centrale. Cette dernière a disparu. En chantant, ils s’employaient à une manifestation dite « artistique » ; ils faisaient savoir que dans certains pays, le nom et l’histoire des créateurs de cette chanson nationale, à l’instar du Comte de Rouget de L’Isle et de sa « Marseillaise », font aussi partie des épopées nationales. Il faut dire que si certaines phrases du premier couplet de cet hymne ont été changés comme « Autrefois tu vécus dans la barbarie… peu à peu tu sors de ta sauvagerie », ce second couplet est magnifique.

« Tu es la tombe où dorment nos pères,
Le jardin que nos aïeux ont cultivé,
Nous travaillons pour te rendre prospère,
Un beau jour enfin nous serons arrivés.
De l’Afrique, soit fidèle enfant,
Et progresse toujours en paix,
Espérant que tes jeunes enfants
T’aimeront sans borne à jamais. »

« Et c’est là que j’interviens très vite, Faka Bilumba. La semaine dernière, tu révélais au lecteur que je suis une femme mariée, moi, le futur Pape, que je suis noire et africaine. Je ne m’appelle ni Pancrace, ni Fête Nat, ni Proserpine, tous ces prénoms occidentaux ridicules, que le hasard du calendrier nous octroyait et qu’on appelait « noms de baptême », comme si les Ecritures demandaient ou recommandaient de s’affubler de noms comme cela. Tu sais, il y a des choses qui vont sans doute précipiter mon arrivée au Trône. Au lieu de ne se pencher que sur les scandales sexuels des prêtres, il est urgent de rappeler ce que nous sommes, nous l’Eglise Catho. : une institution de valeurs chrétiennes : ce week-end est celui de l’Ascension ; combien, particulièrement en France, savent ce que c’est ? Mais, dès qu’il s’agit de la légalisation pour l’Eglise de l’homosexualité, ou des préservatifs, alors là, tout le monde s’en va, enfants de la Patrie… »

« Les jours de gloire des cinquantenaires sont en train de se fêter dans ces pays où les présidents sont tous des Excellences, les députés des Honorables, les chefs traditionnels des Majestés, sans compter les Professeurs, les Docteurs, etc. ! Guillaume Oyono Mbia, dans une de ses pièces de théâtre, donnait à un villageois l’explication de ce qu’était un docteur en mathématiques : quelqu’un capable de compter toutes les feuilles d’un palmier. Je suis Germaine Ahidjo, la femme de l’autre, le premier président camerounais qu’on a banni. Et, comme par enchantement, son nom, celui de Um Nyobé, de Moumié, de Ouandié, et bien d’autres, reviennent très fort, à haute voix, dans les journaux, les télés et les radios officielles. Qui sait ? Peut-être va-t-on permettre que la dépouille d’Ahidjo soit ramenée au pays ? »

« Tu ferais mieux de t’écraser, toi la dame Habiba. C’est votre couple qui a ouvert toutes ces mauvaises habitudes ; et ton homme enterré à l’étranger, c’est l’arroseur arrosé. Combien de combattants et d’exilés upécistes morts à l’étranger -comme mon mari- se sont vus interdits d’inhumation chez eux par ton défunt mari ! L’épouse du président actuel a ses hôpitaux, ses centres, ses fondations, et on écrira peut-être bientôt ses mémoires, de son vivant. Cet exemple aussi tu l’as donné avec des fêtes nationales, dont les dates seraient vos anniversaires familiaux. Alors, quand on s’appelle comme moi Marthe Moumié, et que de mon au-delà je vois se perpétuer cette médiocrité, c’est terrible. Sékou Touré, qui m’avait aidée dans notre exil, me demandait encore hier ce que ces Africains allaient vraiment pouvoir fêter, avec un niveau de vie du peuple qui sombre dans la pauvreté, le FM.I. et la Banque Mondiale qui n’arrêtent pas de sucer les richesses du Continent, l’endettent, dénationalisent les entreprises et les bradent au franc symbolique. Non, l’Afrique n’est plus rien, certains de ses dirigeants continuent d’être à la botte et au service des grandes puissances ! Alors, on fête quoi ? »

« Marthe Moumié, on fait aussi des bilans. Un grand historien, ou économiste, je ne sais plus, en tout cas, il se prénomme Nicolas, a écrit un livre dans lequel il parle de « nazisme monétaire ». C’est à propos du franc C.F.A.. Il tient son origine de l’occupation allemande en France, pendant laquelle les Allemands, dans leur processus de colonisation, avaient mis au point un mark d’occupation qui n’avait valeur et utilisation qu’en France. Au sortir de la guerre, les Français ont fait la même chose à leurs colonies africaines. Le franc C.F.A. continue à soumettre les Africains dans une économie de domination. Et moi, Ellen Johnson qui vous parle, j’en sais quelque chose. Quand j’ai été élue présidente du Libéria, tout le monde a parlé et jubilé pour l’innovation ! Une femme présidente d’un pays africain ! Les médias occidentaux ne parlent plus de moi, et de mauvaises langues dans mon entourage prétendent qu’Obama m’a ravi la vedette. »

« Vous savez qu’on vient de célébrer le 10 mai ? Et la loi qui porte mon nom a entre autres établi cette date pour la mémoire de l’abolition de l’esclavage. D’aucuns prétendent que j’aurais poussé des gueulantes ces derniers temps à la télé ; j’ai tout simplement fait la remarque que Sarko n’a jamais mis les pieds, pas une seule fois, à l’une de ces commémorations. De son temps, Chirac y venait souvent. Mais sait-on jamais ? Peut-être qu’en 2012, l’année des élections présidentielles, on y verra Sarko ? En attendant, c’est le silence complet sur son fameux « 2010, année de l’Afrique ». Quant à Toubon, qui distribuerait des labels et des subventions pour organiser la fête de ces cinquante ans des « dépendances africaines », il se fait discret aussi. »

Avant de conclure, je voudrais dire à ce lecteur qui a réagi à l’avant-dernière aventure de Faka Bilumba, déplorant que je ne parle point du tribalisme africain qui gangrène le continent, que je lui propose de m’envoyer cinq lignes de son point de vue. Je m’arrangerai pour qu’il intervienne dans l’une des prochaines aventures.

Il reste moins d’un mois pour les débuts du Mundial du Football en Afrique du Sud. Une assemblée extraordinaire de marabouts et de Grimbateurs africains se tiendra bientôt, et il semble que beaucoup de joueurs et de pays, et même de spectateurs, comptent sur eux pour donner un peu plus de mystique aux équipes africaines. S’ils se réunissent, c’est que ces grands devins veulent être rémunérés ; par qui ? avant ou après les résultats ? J’en ferai écho la semaine prochaine, et si vous avez des tuyaux alléchants, n’hésitez pas à nous les communiquer.

Ekilafrica.com

François Zo’omevele Effa
Journalducameroun.com)/n
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