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Les aventures de Faka Bilumba N°23, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Comme une étoile qui descendait sur une verte colline, je regardais, assis comme un pâtre épuisé, et surveillant mon troupeau de loin… »

Comme une étoile qui descendait sur une verte colline, je regardais, assis comme un pâtre épuisé, et surveillant mon troupeau de loin, je rêvais de cette verte colline qui en fait devenait aride et sablonneuse, sableuse, désertique. Je ne me souvenais plus de ce poète qui appréhendait la mort de cette étoile du soir, disant :

« Ah ! Si tu devais mourir
Bel astre
Et si ta tête devait, dans la vaste mer,
Plonger ses blonds cheveux,
Avant de nous quitter, un seul instant,
Arrête !
Etoile de l’amour, ne descend pas des cieux ! »

Le téléphone sonna, me tirant de ce sommeil délirant, car, malgré mon intemporalité et mes capacités d’omniprésence, il m’arrive aussi à moi, Faka Bilumba, de dormir, de rêver… Ne me demandez surtout pas si ce rêve était prémonitoire ! Avec ce qui se passe dans les océans qui se fâchent en vomissant du pétrole brut, les volcans qui, furieux, crachent des choses qui clouent des aéronefs au sol avec pertes et fracas. C’est Engels et Karl Marx qui m’appelaient ; ils veulent s’indigner et demandent la parole pour une réunion extraordinaire par télépathie. Heureusement, chers lecteurs, que je suis là pour vous traduire tout cela dans le kongossa qui s’ensuit.

– « On parle de crise qu’on qualifie de mondiale ! C’est tout le temps la même chose ; les soi-disant puissants de ce monde commettent des erreurs chez eux. Pour se laver de la honte de leur barbarie, de leur sauvagerie alors qu’ils se disent la norme de la Civilisation, ils décrètent des guerres mondiales, des crises mondiales, et qui paye les pots cassés ? Tenez, les tirailleurs, qu’on qualifie tous de « Sénégalais ». Et c’est avec eux, cette chair à canon, qu’on a commencé la vraie crise monétaire ! Non, ne vous étonnez pas, elle a bien commencé là, et voici la preuve : les pensions militaires des Blancs qu’on appelle anciens combattants, c’est 7 500 euros par semestre ; et pour les Noirs et les Arabes, 420 euros seulement, et encore ! Heureusement, Sarko est arrivéééé ; il a décidé de remettre de l’ordre dans tout ça. Donc, en 2011, tous les anciens combattants africains, pardon, les tirailleurs, toucheront la même somme. Mais, combien vivront encore ? Aucune compensation rétroactive ou rappel n’est prévue. »

– «Karl Marx, toi, la grande référence en économie politique, est-ce là tout ce que tu as à nous dire et qui légitime que tu nous imposes ta conférence télépathique. Je croyais que tu allais nous parler de la crise énergétique, de la pollution du monde, ce monde qui va à vau l’eau, avec une industrialisation à outrance. Voilà les réalités. Il est temps que les populations sachent que notre destruction ne viendra plus des bombes atomiques ; elles ne sont plus l’arme redoutable. Tout le monde va d’ailleurs bientôt avoir sa bombe et ses missiles nucléaires, mais jamais personne ne tirera sur personne. C’est pourquoi, moi, Madiba, je vous le dit du haut de mes quatre-vingt dix ans, que le danger vient de ceux qui se croient au-dessus de tout. Souvenez-vous, combien de temps avait-il fallu que je passe dans cette prison de l’apartheid, un apartheid que soutenait toutes les grandes puissances ? Combien de temps a-t-il fallu pour que cela cesse ? Cette semaine commence cette Coupe du Monde de foot que nous organisons. Encore quelque chose de mondial ! Mais, je vous le demande, qui a noté que tout ce brouhaha pour cet événement n’est fait que pour le football masculin ? Les femmes jouent pourtant au foot aussi, et jamais, à part sur quelques télévisions africaines, on n’a vraiment jamais vu la retransmission d’un match de football féminin. Je vous assure, elles jouent bien, les filles, très bien même, et parfois mieux que certains garçons du même niveau. Dans les années 60, une jeune femme camerounaise du nom de Mademoiselle Mbango, jouait en première division au Championnat du Cameroun. Elle était avant-centre et marquait des buts, bien que les garçons cherchaient à lui faire toutes les basses lâchetés dans le style de lui presser les seins dans les cafouillages ; il y avait pas mal de mains baladeuses aussi. Cette équipe de football s’appelait le Léopard de Douala, et c’est vérifiable dans les archives. Allez demander au « Courrier sportif du Bénin », même le chroniqueur de « King for toly » en parlait.

C’est vrai que j’attendais que tu parles de crise énergétique car la nature en a marre d’être pompée, de son or, de son diamant, de son pétrole, bref, de tous ses minerais. Il y a longtemps que le respect de ces choses de la nature existe dans ce continent. Tes cousins ont appelé ça « animisme », et la science occidentale l’appelle « écologie ». Il suffit tout simplement d’utiliser l’énergie que la nature nous donne spontanément : le soleil, la lumière, les chutes d’eau, mais surtout le bon sens. »

-« N’exagère pas, Nelson Mandela ! Si tout était si simple, pourquoi ne retournez-vous pas à toutes vos méthodes ancestrales que tu prétends écologiques et sages ? Il est vrai, quand on y pense un peu, que vous n’avez pas vraiment le choix, mais je crois que vous devez à votre tour nous exporter une grande partie de votre savoir. J’en sais quelque chose car moi, Sigmund Freud, j’ai vendu beaucoup de vent dans mes théories fumantes de psychanalyse. J’ai inventé une nouvelle personne psychique et plus elle était bizarroïde, plus des snobs prétentieux et pédants s’évertuaient à me valoriser, se couvrant de ridicule, mais se faisant applaudir par un peuple niais pour qui le mot démocratie n’a toujours existé que pour ces intellectuels. Excusez-moi les amis, je me surprends à faire encore des théories dans mes envolées mais, de grâce, gardez-vous de m’imiter encore. Mon secret est que j’ai toujours été conscient de mon déséquilibre mental ; par ce concept de transfert, que j’ai inventé, je me suis déculpabilisé en faisant que chacun de mes lecteurs se reproche une débilité, une absurdité, bref, une maladie mentale qui allait faire ma fortune et celle de mes confrères. »

– « Voilà qui est bien parlé, parce que beaucoup n’ont jamais su le secret de ma propulsion, moi, Sarko, l’homme politique qu’on n’attendait pas. Mes aïeux ont des liens de parenté ethnique avec Sigmund, c’est donc un peu familial. Aussi, j’ai cultivé le non dit et, quand je n’y arrive pas, j’utilise le dire outrancier. C’est pourquoi, souvenez-vous, afin de vous rassurer, mes chers gouvernés, au moment de la grande crise, j’ai osé parler d’assainir et de moraliser le capitalisme. Il faut le faire, avec les amis que j’ai, mes goûts de luxe, bref, mon bling-blingisme ! J’ai parlé d’abolir les paradis fiscaux, je ne le ferai jamais, et les plus intelligents le savent. J’ai aussi affirmé lors de ma dernière campagne présidentielle que mon pays, la France, -même si mes ancêtres ne sont pas gaulois- n’avait nul besoin de l’Afrique pour sa splendeur économique. Pendant que je le disais, mon feu vieil ami Bongo, le seul président de la république qui était plus petit que moi, me faisait parvenir des valises pleines de dollars et d’euros pour financer cette campagne et garantir la Françafrique. Vous aurez donc compris que le dernier sommet de Nice était un vibrant hommage à ce regretté doungourou. Car il n’y en aura plus de comme ça, aussi fidèle, jouant le jeu, et pour lequel nous pérennisons la fonction présidentielle de façon éternelle dans sa famille. »

– « Monsieur Faka Bilumba, il me semble qu’on t’a tiré de ton sommeil alors que tu rêvais d’une pâle étoile du soir, d’une messagère lointaine, dont le front sortait, brillant, je ne sais plus d’où. Tu sais, Faka, ce poème est de moi, et je suis un peu fâché que tu aies oublié mon nom, mais je suis certain que beaucoup de tes lecteurs, reconnaissant quelque prose, saurant m’identifier. Et si cela ne se passe, sache-le, mon cher Faka, toutes tes nuits durant, je vais te hanter. Tu rêveras du phalène doré dans sa course légère, traversant les prés embaumés. »

Et moi je vous dis que je ne sais plus quoi faire, car j’ai bien envie de me replonger dans ce sommeil et de rencontrer, et surtout d’identifier ce talentueux poète. Mais en même temps, les coqs chantent, le jour paraît, et tout s’éveille dans ces villages africains que je vois au lointain. Pour que le bon couscous soit prêt, ces mamans africaines, leur bébé attaché sur le dos, pilent en rythmant et en chantant « Pilons pan pan, pilons pan pan, pilons gaiement ! Mais cette fois-ci, si je ne sais pas de qui est le texte, je sais qu’il est dans le grand « Mamadou » de André Davesne et d’un autre inspecteur colonial dont j’oublie le nom. A très bientôt.

François Zo’omevele
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