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Les aventures de Faka Bilumba N°29, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Ce cher Sarko m’a confié qu’il allait proposer un portefeuille ministériel à Calixte Beyala. Mais cette dernière ne s’accroche qu’à la Francophonie… »

J’ai rencontré Alfred de Musset. Il était, comme dit le poème, assis sous un portail, pendant le moment crépusculaire dont s’éclairait la dernière heure du travail. En fait de travail, il cogitait, et cogitait encore. Depuis que Senghor venait de le chambrer à propos de son poème de l’étoile du soir, il ne comprenait pas qu’on puisse ne pas imaginer et ne pas se représenter ce bel astre avec une tête blonde. Et il reprenait à haute voix son poème :

« Ah si tu devais mourir, bel astre, et si ta tête devait dans la vaste mer plonger ses blonds cheveux ; avant de nous quitter, un seul instant, arrête ! Etoile de l’amour, ne descend pas des cieux ! »

« Je confirme, cher poète tortionnaire, tu ne peux pas imaginer dans quelle situation de représentativité tu as mis les petits Africains que nous étions à t’étudier dans une absurdité absolue. Quelqu’un qui parle aux étoiles ! Nous, on savait que la magie et la sorcellerie, c’était pour les Noirs. Mais une étoile avec des cheveux blonds ! Ca devenait de la haute, super haute sorcellerie. Quelques instants après, c’est un philosophe, qu’on appelle Descartes, qui vient nous raconter l’hellénisme de la raison ; à quoi j’ai ajouté la passion du rythme et du tam-tam, ce qui me vaut jusqu’à aujourd’hui des moqueries à n’en plus finir, malgré mon passage à l’Académie Française… »

Chers lecteurs, je dois vous avouer que j’avais failli prendre mes jambes à mon cou en écoutant ces masturbations intellectuelles, mais, bien m’en a pris, à l’arrivée du pasteur Kibanga. Il a calmé tous ces esprits savants qui s’échauffaient, expliquant qu’il fallait savoir adapter les concepts aux réalités de l’époque. Il invitait ainsi à un débat des valeurs que l’on veut universelles par rapport aux réalités de la vie quotidienne de tout un chacun, où qu’il se trouve sous le soleil.

« Je ne comprends toujours rien à ce que vous racontez, dit Akumamba en s’énervant. Dans mes épopées, il est très difficile, pour un Indien d’Amérique, de se représenter mon monde africain. Et toi, Kibanga, tu ne devrais pas être fier car tu as donné de drôles d’idées à de prétendus théologiens qui font une drôle d’interprétation de leur Bible à l’africaine. Certains prétendent que si Jésus avait institué la Cène dans la forêt équatoriale, ce repas aurait été composé de bâtons de manioc à la place du pain, et de vin de palme à la place du vin. Ceci a tendance à faire croire à certains Bantous qu’ils font partie du peuple élu, et qu’ils seraient la treizième tribu d’Israël. D’ailleurs, il y a tant de ressemblances entre les pratiques d’antan du peuple hébreu et celles de certains Bantous : la polygamie, celle des rois en particulier comme David et Salomon, le droit d’aînesse, le partage des veuves par les frères à la mort du mari, la liste est longue. »

« Et moi, Lumumba, je vous dis qu’il y décidément un drôle d’héritage théologique dans les nouvelles églises congolaises. On va prier pour enrichir le pasteur, qui s’est autoproclamé. En général, ces soi-disant pasteurs prétendent qu’ils n’ont pas besoin d’entrer dans une formation théologique, littéraire ni même générale. Ils auraient été touchés par le souffle de l’Esprit à la façon des disciples à la Pentecôte. Leur signe particulier est un parler en langues qui prête plutôt, quand on est novice dans ces églises, à éclater de rire. Aussi, comme les disciples, faute d’aller dans les écoles et les facultés de théologie, certains sont Apôtres, d’autres Prophètes, avec des dons, des miracles divers, dont le plus caractéristique reste l’escroquerie. »

« Ils oublient, ces faux bergers, ces malins qui se déguisent en princes de lumière, ces mauvais pasteurs, que moi, Desmond Tutu, je pourrais donner des exemples de dignité africaine dans le service du Seigneur. Le prix Nobel qui m’a été octroyé n’était pas pour ma gloire mais un signe du Très-Haut pour annoncer la fin de l’apartheid qui sévissait honteusement dans notre pays. Et, loin de faire ami-ami avec les dirigeants, nous dénoncions ce fait honteux dans nos prêches et dans notre vie de tous les jours. Et Dieu a répondu. N’est-ce pas cette Afrique du Sud qui vient d’organiser l’une des plus belles coupes du monde de football ? »

« Ce n’est pas moi qui vais te contredire, j’ai aussi moi, Martin Luther King, décroché ce prix Nobel de la Paix. Nous avons, dans la force de nos prières, dans la conviction que nous demandions la justice, mis fin à la ségrégation raciale telle qu’elle était pratiquée aux États-Unis. Nous avons marché, et Dieu nous a accompagnés car Il fait chaque chose en son temps. Je n’irai pas plus loin, Obama est là aujourd’hui pour concrétiser cette vision que Dieu m’avait donnée dans ce rêve que je faisais et que je continue de vous exalter à poursuivre. Mais au lieu de cela, c’est des sectes bizarroïdes qui se créent dans les diasporas africaines du monde entier, sans oublier le désordre sans nom qui envahit les églises africaines. Heureusement que le futur Pape qui, comme Faka Bilumba vous l’a déjà révélé, sera une femme noire et mariée, me fait des confidences et me parle de son futur règne spirituel. Je peux tout simplement vous dire que les faux pasteurs et prêtres exorcistes n’auront plus de fastes jours devant eux. »

« Et moi, Sarko, je vous dis que je viens de faire la paix avec le Pape. Je ne suis pas à une contradiction près, car si je ne suis pas Juif pratiquant, je suis pour un oecuménisme qui me fera gagner les prochaines élections présidentielles. J’ai eu très peur quand ce curé du Nord de la France avait annoncé qu’il priait pour que j’ai une attaque cardiaque ! Je ne le montre pas comme ça, mais je me méfie beaucoup des pouvoirs surnaturels, qu’ils soient divins ou occultes. Certains prétendent que mon arrogance avec les Africains lors du discours de Dakar m’a apporté une malédiction, un maraboutage à effet lent, qui ferait diminuer dès ce jour ma cote de popularité. Je croyais sincèrement que Bongo avait laissé quelques uns de ses pouvoirs mystiques à son fils Ali Ben Bongo. J’ai contribué à son élection présidentielle truquée dans le but qu’il me donnerait des « grimbas », ces pouvoirs magiques qui me blinderaient de tout maraboutage ; mais ce nigaud n’a rien du tout car, en fait, il semble que c’est sa s ur qui ait hérité de tout cela. Il faudrait que je songe à l’épouser, instituant forcément la polygamie en France par ce fait, et le tour sera joué. D’ailleurs, je me suis secrètement converti à l’Islam. »

Ce qu’il a oublié de vous dire, notre cher Sarko, c’est qu’il est assez amer ces derniers temps, non à cause des histoires politiques des retraites, des grèves auxquelles se mêlent les jeunes, mais il devait faire partie, avec le président chilien, de ceux qui serraient la main des mineurs sortis de leur prison souterraine. Il aurait envoyé des millions, que dis-je, des milliards, pour aller y faire son « Zorro ». Hélas, son copain Lulla n’est plus aux affaires, et Hugo Chavez y a mis son grain de sel. Ce cher Sarko m’a confié qu’il allait proposer un portefeuille ministériel à Calixte Beyala. Mais cette dernière ne s’accroche qu’à la présidence de la Francophonie. Il faudrait pourtant qu’elle accepte et qu’elle demande le Ministère de la Culture. Elle pourra régler ses comptes avec Michel Drucker, Assouline et Zémour.

François Zo’omevele
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