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Les aventures de Faka Bilumba N°3, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Napoléon le conquérant, ce petit homme devenu si grand, avait appelé Sarko, dont les grandes ambitions s’efforçaient de marquer l’Histoire »

Napoléon le conquérant, ce petit homme devenu si grand, avait appelé Sarko, dont les grandes ambitions s’efforçaient de marquer l’Histoire. La nouvelle de cette rencontre avait fait, vous vous en doutez, tellement de bruit que plusieurs personnalités s’y sont invitées. Et moi, Faka Bilumba, j’étais de la partie ! Vous ne pouviez ni ne deviez, chers lecteurs, manquer ni rater ce sommet de l’intelligibilité pour lequel je suis votre ambassadeur au-delà du temps et de l’espace…

– « Pourquoi veux-tu te comparer à moi, Sarko, tu connais pourtant la fin que j’ai eue, moi le grand Empereur, le grand Stratège. Nous n’avons pas en commun que nos tailles, pas très grandes. Moi, Napoléon, je suis Corse et toi, je crois bien que tu descends d’un de ces pauvres pays de l’Est qui ne devaient pas exister quand tu régnais ; donc, nous avons conquis l’Hexagone, pris, moi Joséphine, et toi, une Italienne. Pourquoi veux-tu t’encombrer d’identité nationale, alors que tes racines étrangères, dans ton patronyme, t’empêchent de chanter cet hymne culturel d’Henri Salvador : « Nos ancêtres les Gaulois » !!! Et puis, tu sembles vouloir mettre en exergue une valeur que l’Hexagone foule aux pieds depuis belle lurette, la religion. La nouvelle religion qui règne est la laïcité qui, comme autrefois le catholicisme luttait contre les Protestants, combat, elle, le christianisme dans son ensemble. Fais attention à ne pas devenir la risée de l’Histoire et que ton règne n’efface à jamais ces notions classiques de liberté, d’égalité et de fraternité qui font encore l’éclat de notre Empire ! ».

– « Non, de notre République, car nous n’avons plus de colonies -enfin, on ne les appelle plus comme ça. Il nous reste toutes ces îles, dont la tienne; il nous reste aussi cette vache à lait, nos anciennes colonies africaines, où nous pompons encore quotidiennement et presque à l’oeil nos matières premières. Ah ! si tu n’avais pas cédé nos possessions américaines… ».

– « Je te vois venir. Mais je voudrais plutôt que tu me parles de cette vision de l’identité nationale ! Figure-toi que c’est Bokassa, cet empereur d’opérette, qui est venu, furibond, me réveiller en brandissant sous mon nez tes analyses et ta vision de l’identité nationale, qui, selon lui, seraient électoralistes ? ».

– « Oui, je persiste et signe, moi, Bokassa, que vous continuez à ridiculiser. Empereur d’opérette ! C’est bien les conseillers de Giscard qui m’ont soufflé l’idée et organisé mon sacre, quand je pense que c’était pour mieux escroquer nos diamants ! ».

– « Ca suffit, reprit Sarko. Voici, je vais donner quelques explications de mon texte. C’est vrai, j’ai blâmé les Français pour avoir critiqué et vilipendé les Suisses, pour leur votation à propos des minarets. »

– « Attention, je suis, moi, Soundiata Keïta, un Empereur africain glorieux, et je voudrais te rappeler, Sarko, que vos églises et vos temples fleurissent en Afrique, et personne n’a eu l’idée d’interdire qu’on y mette des clochers. Demande à Houphouët Boigny : là-bas, il a même fait bâtir une réplique de l’Eglise papale dans son village ! »

– « Je dis bien que ça suffit ! reprit Sarko. J’ai dit que : « Les peuples d’Europe sont accueillants, sont tolérants, c’est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relation sociale soient dénaturés. »

– « Pourquoi tu t’énerves, Sarko ? répliqua Aimé Césaire. Il y a belle lurette que nous l’avons compris. L’accueil et la tolérance des peuples d’Europe est légendaire. Il suffit de voir le bel accueil et la tolérance réservés aux esclaves noirs qu’ils ramenaient d’Afrique ! Cela a donné lieu à un recueil dont la référence est éclatante : LE CODE NOIR. Aujourd’hui, cet accueil et cette tolérance sont toujours en vigueur, avec les réfugiés qui campent dans les forêts françaises, les jeunes Africains dans leurs bateaux ou sur les barbelés… de l’immigration. »

– « Mais il ne faut pas mal analyser tout ce que j’en ai dit, Monsieur Césaire ! J’ai aussi dit que « respecter ceux qui accueillent, c’est s’efforcer de ne pas les heurter, de ne pas les choquer, c’est respecter les valeurs, les convictions, les lois, les traditions et les faire au moins en partie siennes ».

– « Bravo, bravo et bravo ! interrompit Sekou Touré, en applaudissant intempestivement. Bravo encore car tu as, toi, Sarko, montré l’exemple à Dakar, dans ton fameux discours. Alors, tu as respecté ces Africains qui t’accueillaient en leur disant qu’ils n’étaient « pas entrés dans l’Histoire », que « la colonisation n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux, elle n’est pas responsable des dictateurs… ».

– « C’est quoi même ! Laissez l’enfant d’autrui ! Comme ça, vous n’avez qu’à appliquer dans vos pays africains les mêmes choses qu’il applique chez lui. Moi, Bongo père, j’aime ce jeune garçon. C’est le premier président français à copier nos dictatures africaines. D’ailleurs, dès qu’il a été élu, sa première visite africaine a été pour moi, et je lui ai donné un peu de mon gri-gri ancestral, c’est cela qui fait qu’on parle de lui tout le temps… mais il faut qu’il ajuste l’emploi du gri-gri, on devrait parler de lui tout le temps… mais en bien. »

– « Tu peux toujours parler, répondit Eyadéma. Pourquoi faut-il que ces combines de la Françafrique viennent pourrir la vie de mon royaume togolais, que j’ai légué à ma progéniture ? Pourquoi d’ailleurs un ancien ministre français se présenterait à la présidence de ma royauté ? »

– « Moi, Kadhafi, je dis que rien ne va plus en France. Quand j’y étais, lors de ma dernière visite officielle, j’ai planté ma tente à Paris, mais à présent il y a des députés, une centaine, qui ne veulent plus qu’on arbore des drapeaux étrangers lors des mariages en France, ni qu’on pousse des yous-yous ou l’oyenga, ces cris de joie sauvages africains. Je viens d’écrire « Le petit livre blanc de la décolonisation », et j’ai invité Faka Bilumba qui pourra en parler. »

Et moi, Faka Bilumba, je vous promets, la semaine prochaine, de vous faire un autre compte rendu, celui que m’ont confié certains héros de la dignité africaine. Il y avait Ouandié, Malangu, Sankara, Moumié, Lumumba et bien d’autres. Des dents vont grincer…

François Zo’omevele Effa
Journalducameroun.com)/n
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