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Les aventures de Faka Bilumba N°30, la chronique de François Zo’omevele Effa

« C’est Francis Bebey qui chantait qu’il était venu chercher du travail, espérant qu’il en aurait… »

C’est Francis Bebey qui chantait qu’il était venu chercher du travail, espérant qu’il en aurait, il était venu de son lointain pays africain pour travailler au pays de Blancs. Aussitôt, un attroupement de sans-papiers s’est formé autour de lui ; reprenant en forme de contestation, il entonne un autre refrain ; ils chantent qu’il était très difficile de travailler en hiver sur les chantiers : la morale leur interdit de voler, et ils préfèrent se porter candidats volontaires aux charters d’expulsion, plutôt que de demander l’aumône comme le font les Roms qui, eux aussi, sont expulsés.

Le tohu-bohu s’est amplifié : c’étaient les membres du gouvernement de Sarko qui manifestaient en chantant comme Salif Keïta : « Nous pas bouger, nous pas bouger, pas moyens bouger, nous pas bouger ». Le président, ému par le soutien populaire de ses ministres, se congratule, proclamant qu’il a réussi à être le président de la rupture parce que ses ministres le soutenaient en manifestant dans la rue. C’est alors que moi, Faka Bilumba, ne voulant pas le laisser à ce rêve chimérique, lui ai dit que ses ministres, qu’il entendait manifester, ne le soutenaient pas du tout sur la réforme de la retraite. Seulement, ils ne voulaient pas bouger du gouvernement, car ils appréhendaient le futur remaniement qui faisait trembler d’avance plus d’un. Je ne l’avais jamais vu si mal en point, ce pauvre Sarko, que j’affectionne un peu à ma façon. Aussi, lui pris-je la main, le conduisant dans ce monde de l’intelligibilité, à la rencontre de certaines sommités, de certains anonymes, et de quelques grands esprits d’antan, contemporains et du futur.

« Tu as une chance énorme, Sarko, c’est moi, Louis XVI, qui te le dis, car si quelqu’un avait été là pour me faire écouter le peuple, je n’aurais pas fini sous la guillotine avec ma dulcinée. Fais très attention à ceux à qui tu fais du pied en vue de ta popularité électorale. On murmure que tu veux, dans ta politique d’ouverture, nommer aux affaires Marine, la fille du borgne fasciste ! Moi, à ta place, je réfléchirais car elle a envie de rétablir la peine de mort -donc la guillotine aussi-. Vu la rue qui ne cesse de gronder, tu risques d’être la première nouvelle victime ! ».

« Je trouve qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, car je sais tourner ma veste du bon côté, comme chantait l’autre. Cette réforme de la retraite, il ne faut pas s’en faire, puisque je déclarais déjà lors de ma campagne électorale à la présidence que je n’allais pas toucher à la retraite à 60 ans. Ce qui m’inquiète, c’est une dérive communautaire. Certains me traitent de grand communautariste, sous prétexte que je privilégie beaucoup plus la communauté juive à laquelle j’appartiens que les Noirs, les Arabes et les autres. Il est vrai que j’ai déclaré qu’en touchant à un Juif en France, c’était à toute la France qu’on touchait ! C’est vrai que les crimes crapuleux contre les Noirs -comme les incendies, il y a quelques années, d’hôtels et d’appartements où ils logeaient- sont restés impunis. Aucun ministre de l’Intérieur ou de la Justice n’a boosté les siens pour que les fautifs soient trouvés et condamnés. Quant aux Arabes, n’en parlons pas : c’est de la racaille que je nettoie à coup de karcher ! Et puis, je pourrai aussi, avec mon nouveau gouvernement, tourner ma veste du côté qui me sera favorable ! »

« Mais favorable à quoi, nous te le demandons, moi, la femme qui se voulait ni pute ni soumise, et Rama Yade. Tu nous as utilisées en nous ridiculisant. Les nôtres voulaient voir dans notre participation à ta gouvernance une reconnaissance identitaire valorisante. Que nenni, celle que tu as mise à la Justice a fait le sale boulot, le boulot d’immigré, les réformes de la justice. Et, malgré son excès de zèle à renoncer à son congé de maternité, tu l’as jetée comme une vieille chaussette. La voilà tellement traumatisée qu’elle fait des lapsus érotiques dans ses interviews ! J’ai avalé des couleuvres, j’ai renié les miens et ma banlieue native, reprenant à mon compte le nettoyage au karcher. J’envisage une opération chirurgicale esthétique quand tu m’éjecteras de ton futur remaniement. »

« Je le confirme, Fadela. Moi, Rama, je suis la risée des miens. Quand on m’a nommée aux « Droits de l’Homme », c’était sans me préciser que c’était aux « Droits de l’Homme blanc ». Je n’avais le droit de critiquer que les Africains : Khadafi et les dirigeants soudanais ou tchadiens pendant l’affaire de l’Arche de Zoé. Motus et bouche cousue pour ce qui était de Bush fils et de sa boucherie en Irak, pas un mot sur la démocratie en Chine, interdiction d’acclamer Obama. Jamais je n’ai fait allusion à mes origines sénégalaises, africaines ; le but est d’enseigner aux jeunes Blancs et Beurs à renier leur africanité en s’intégrant à la nation. Même chose pour ma collègue antillaise, ministre des DOM-TOM. Qui se souvient même de son nom, qui l’a déjà entendue faire une seule déclaration ? L’ancien secrétaire d’État limogé était connu et il parlait. »

Vous n’êtes pas « les Africains qui reviennent de loin » mais des écoliers laborieux, qui vont avec joie à leurs ouvrages. Vous n’êtes pas ces élèves sans courage « qui partent à l’école avec des larmes dans les yeux », comme du temps de Mamadou et Bineta, pas celui de Meiway, mais celui de Toto qui tire Nama, et de Nama qui tire Toto. Alors, faisons silence, les jeux sont finis, mes petits amis. Voilà les élections présidentielles qui s’avancent, en Guinée, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, en France : sans perdre de temps, mettons-nous au diapason des campagnes électorales dès la semaine prochaine.

Ekilafrica.com

François Zo’omevele
Journalducameroun.com)/n
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