Les aventures de Faka Bilumba N°39, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Alors, à nous deux, pygmée blanc ! Tu as déclenché le courroux des ancêtres africains »

Tam tam, tam tam, écoutez mon appel, je parle !
Réveillez-vous, vaillants guerriers, réveillez-vous, preux chevaliers,
Tam tam, tam tam, aux vivants je parle,
Réveillez-vous ! Réveillez-vous, frères de sang, frères d’honneur,
L’heure est grave, l’heure est grave, c’est bientôt l’horreur.
Tam tam… tam tam… tam tam…

Ainsi se répandait dans la perception de l’intelligibilité ce message de détresse. Seuls les initiés pouvaient le recevoir et le percevoir. C’est un signe d’antan, et c’est un signe du temps car les conjonctures culturelles, économiques et surtout diplomatiques laissent présager de terribles choses. René Balthazar, André Melchior et leur copain Gaspard n’en revenaient pas. Pour les célèbres rois mages qu’ils étaient, ils n’avaient pas pu prévoir cela, ils n’avaient pas su lire cette hécatombe qui venait à la vitesse d’un ouragan, s’abattant sur le paysage politique et diplomatique africain. Il se préparait des choses graves, tellement graves que la tenue d’un sommet extraordinaire de l’intelligibilité s’imposait. Vous vous en doutez, chers amis, je ne pouvais manquer pour vous ce rendez-vous ! Il y va de mon essence fakabilumbienne.

« Ai-je besoin de me présenter ? Mais je le fais quand même car il y a belle lurette que ne s’est tenue pareille assemblée. Je suis Akouma-Mba l’invincible, l’invisible, l’imprévisible, bref le prophète et le héros vivant des épopées de l’Afrique mystique. Pour quitter mes voyages intergalactiques, et vous honorer de ma présence, il faut vraiment que ce soit grave. Je suis venu voir avec mes propres yeux ce téméraire de bout d’homme qu’on appelle Sarko. Alors, à nous deux, pygmée blanc ! Tu as déclenché le courroux des ancêtres africains. Il ne te suffit plus d’injurier tout un continent, annonçant à tue-tête qu’ils ne sont jamais entrés dans l’histoire ! Tu ne te contentes plus, à l’instar de tes prédécesseurs, d’utiliser leur trésor, leur argent, la fortune africaine à tes fins électorales et pour engraisser par des contrats pharamineux tes amis, comme les Bouygues et les Bolloré. Voilà que tu es sur le point de déclencher une guerre, guerre que vous n’allez pas tarder à appeler guerre économique mondiale. »

« Il serait peut-être temps, honorable Akouma-Mba, que tu m’expliques concrètement ce que tu me reproches, et dont la gravité légitimerait cette agitation. »

« Tu ferais mieux de t’écraser, pauvre Sarko. Moi, De Gaulle, le mémorable Général, je suis fatigué de justifier tes inepties, tes idioties et tes caprices. C’est un secret de polichinelle, l’Afrique a toujours été notre vache à lait. J’avais mis au point un infaillible système, qui consiste à mettre au pouvoir des benêts qui nous obéissent au doigt et à l’oeil. Mais depuis mai 68, un vent de révolte et de révolution a soufflé sur toutes les institutions, mais aussi sur les conceptions et les représentations de la Démocratie. L’Afrique se réveille. Les Africains ont compris que les notions de démocratie, de droits de l’homme, toutes ces valeurs que nous estimons être le privilège de l’Occident, sont universelles. Donc, concrètement, tu es en train de creuser ta tombe, et de signer la fin de ton histoire politique. Souviens-toi, Giscard d’Estaing n’avait pas pu être réélu à cause du scandale des diamants de Bokassa. D’ailleurs, ce Giscard vient d’avouer publiquement que ton ami le feu Bongo finançait toutes vos campagnes électorales. Alors, un peu de tact. En Côte d’Ivoire, tu continues d’allumer le feu, de soutenir un gouvernement dans un hôtel. Dis à ton ami, Alassane Ouattara, que j’avais lancé mon appel du 18 juin dans un hôtel de Londres, il est vrai, mais que nous étions déjà en pleine guerre et non en période électorale, alors que ces guerroyeurs que tu veux installer de force cessent de se référer à moi ! »

« Monsieur Sarkozy, je suis quant à moi un doyen d’une certaine politique africaine. On m’appelle toujours le Vieux, car je suis le premier président de cette Côte d’Ivoire qui, de mon vivant, était le miroir, le symbole et le « pays témoin », bref la vitrine de l’impérialisme français en Afrique. J’y ai fait construire les premiers plus beaux gratte-ciel de l’Afrique francophone. Et, il y a dans mon village, Yamoussoukro -que j’ai transformé en capitale politique-, la réplique exacte de la cathédrale Saint-Pierre de Rome. Pour un bon élève, on ne peut pas dire mieux ! Cependant, je ne peux cautionner la façon par laquelle vous répandez la guerre et la mort en Côte d’Ivoire. Tes déclarations injurieuses, toi, Sarko, celles de ton ministre de tous les postes, Alliot-Marie, tout cela fatigue. Et voilà que tu te mêles de nomination d’ambassadeurs du pseudo-gouvernement de Ouattara. Moi, je vais te le dire tout haut, Monsieur Sarko, tu as creusé ta tombe, et celle de la France en Côte d’Ivoire et en Afrique. Comme vient de le dire De Gaulle, ce que tu fais en ce moment va t’empêcher d’être réélu l’an prochain à la présidence de ton pays ! Tu as sonné le glas de la Françafrique. »

« Et voilà qu’à cause de toi, mon cher ami perfide, Sarko, tu vas faire de ton pays, riche et référentiel, un pays pauvre. Bientôt, toutes les matières premières de l’Afrique te seront fermées, inaccessibles, car tu es trop méprisant. Le pétrole que tu ne produis pas mais qui fait de Total ta première entreprise à bénéfice de milliards, tu ne l’auras plus. Quant à l’uranium, et ton entreprise Areva, c’est bientôt la fin, avec ce qui se passe au Niger. Ce pays, que tes journalistes et tes politiques présentent toujours comme le plus pauvre du monde, est pourtant celui qui, par son uranium, fait de la France une puissance nucléaire redoutée. Il serait temps que tu expliques à tes compatriotes le véritable enjeu politique et économique qui les relie à l’Afrique. Moi qui te parle, je suis Cheik Anta Diop, le savant volontairement ignoré par l’Occident.
Et tant que nous y sommes, ton mépris va très loin. Le drame qui vient de se passer avec les otages abattus au Niger, mérite d’être mis au clair. C’est toi qui as ordonné à ton armée, que tu as déployée en Afrique, d’intervenir pendant cette prise d’otages, et ce n’est pas la première fois que des otages meurent pendant l’intervention de ton armée africaine, et l’on se demande si elle est vraiment efficace pour délivrer ses otages ? Des hélicoptères, et des avions venant du Burkina Faso, entrant dans le territoire nigérien, pour attaquer les preneurs d’otage entrés au Mali ! On dirait vraiment un cours théorique dans une école militaire, mais c’est la réalité, car ton armée fait ce qu’elle veut en Afrique. Pourtant, elle échoue, elle échoue même lamentablement. Ceci ne date pas d’aujourd’hui et tu as la mémoire courte. Pour gagner les deux dernières guerres, vous avez dû faire appel aux soldats africains. Et maintenant que vous opérez chez eux, et sans les consulter, ne serait-ce que stratégiquement, il est normal que vous fassiez chou-blanc ! Un peu de logique, Sarko, un peu de logique. »

« Et moi, Mitterrand, le vrai Mitterrand et pas le ministre-clown qui porte le même nom, je dis que c’est dramatique. Quand je pense qu’avec ce qui se passe en ce moment en Tunisie, mon écervelé de neveu ose affirmer que le président tunisien est loin d’être un dictateur ! Alliot-Marie devrait se taire chaque fois qu’il faut faire une déclaration sur l’Afrique. La Tunisie s’enflamme et Sarkozy, plus que jamais, se réclame du côté de son dictateur le président. Quelle est l’étincelle qui va faire flamber ce continent qui bout d’impatience dans les injustices qui le mine ? »

Et moi, Faka Bilumba, je te propose, honorable Akouma-Mba, que nous donnions la parole, mais vraiment entièrement au peuple, afin que la semaine prochaine, leurs réactions soient le fruit de cette chronique. La balle est dans votre camp, chers amis internautes.

www.ekilafrica.com


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