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Les aventures de Faka Bilumba N°4, la chronique de François Zo’omevele Effa

Martin Paul Samba me racontait hier encore les vraies raisons pour lesquelles les colonisateurs allemands l’avaient fusillé au Kamerun. Douala Manga Bell confirmait en effet que ces « Albinos fantômes », comme on appelait les Blancs dans le temps, avaient fait signer nos chefs. Signer, alors qu’ils ne savaient ni lire ni écrire les langues dans lesquelles le texte les soumettait à ces étrangers. C’est alors que Haïlé Sélassié prit la parole pour expliquer que cette réunion n’était pas un contre-sommet de Copenhague, mais un rassemblement informel pour une mise au point sur certaines vérités. Et moi, Faka Bilumba, égal à moi-même, j’étais là pour vous, chers lecteurs, au bon moment, au bon endroit.

– « C’est curieux, continue Haïlé Sélassié. On nous associe pour un problème concernant l’avenir du monde ! Si on nous avait demandé notre avis en 1884, quand, à Berlin, vous autres, Occidentaux de l’impérialisme, vous vous partagiez l’Afrique, quand vous avez décidé les créations et dissolutions de la Société des Nations (S. D. N.), de l’O. N. U., du fameux Conseil de Sécurité avec votre anti-démocratique droit de veto. Bref, à quoi rime cette comédie à grands frais ? »

– « Vous comprenez, répondit Chaka, pourquoi mon peuple zoulou et moi avions si violemment combattu ces colons anglais. Afin de légitimer l’impérialisme, les vols et les exactions commis pendant ces invasions guerrières occidentales, ils ont expliqué honteusement dans leurs livres d’histoire qu’ils sont venus ici pour pacifier des peuples barbares africains ! Or, sortir de la barbarie afin de se mettre à la mode de la civilisation occidentale, voilà que cela met la planète en danger, et qu’il est urgent de trouver des solutions ! »

– « Je suis confus et honteux, éclate en sanglots Livingstone, cet explorateur qu’on qualifie de grand. C’est que j’étais convaincu que notre civilisation devait être universelle ; je ne savais pas que nous allions exporter les effets de la pollution de notre industrialisation ! »

– « Reprenez-vous, et posez le vrai problème : qui pollue et pourquoi ? Vous allez encore dire que c’est Bokassa l’excessif ! Non, regardez les choses en face, appelez-les par leur nom. Il y a des folies qu’il faut savoir et pouvoir soigner. Regardez-moi ces Occidentaux qui viennent s’occuper de nos gorilles, de nos éléphants, de nos fauves ! Qui est friand des défenses d’éléphants ? Et le bois de nos forêts ? Où va-t-il ? Qui l’exploite ? Et on se plaint du déboisement sans condamner une seule société qui le fait. Laissez-moi aller au bout de mon raisonnement, s’il vous plaît. Comme le disait tout à l’heure le Négus, vous avait-on appris que de grandes épidémies terrassaient les Africains au secours desquels seraient venus vos héros, comme ce grand Blanc de Lambaréné, ce triple docteur alsacien, prix Nobel de la Paix ? Voilà qu’il y a le sida, le paludisme, et toutes les autres maladies de la civilisation : le diabète, les poisons lents, les courtes maladies. »

– « Nous t’avons compris, Bokassa, et, tu vois, tu deviens encore excessif alors que tu dis des vérités. Moi qui te parle, moi Sarko, je me sens nettement bien dans ma peau en compagnie des dictateurs africains ; vous êtes, Bokassa et les autres, mes modèles. J’ai réussi à faire un parti de la majorité comme nos anciens partis uniques. Ici, dans mon parti, tout le monde m’obéit, mais alors ce qu’on appelle obéir ! Quand il y a une récalcitrante comme ma petite Sénégalaise, je lui ferme le caquet en la nommant à un ministère où elle n’y connaît rien. Mais je dois vous avouer que j’ai des problèmes avec certains des miens qui font de l’excès de zèle. Il y a des dérapages, comme avec celle qui s’occupe de la famille. Déjà, elle en veut à ma Sénégalaise qu’elle a longtemps agressée -cela frisait le racisme-. Maintenant, elle veut que les jeunes musulmans français ne parlent pas verlan et qu’ils ne mettent pas leur casquette à l’envers ! »

– « Mais oui, c’est ça, réplique Chirac, elle suit ton exemple, ta petite Moréno : il faudrait que les jeunes musulmans français portent le béret basque, qu’en langage de jeunes, ils parlent le javanais, avec un accent bien évidemment auvergnat. Non, cher petit homme, tu te laisses aller et, de notre Hexagone, tu fais une terre de non droit pour les étrangers. Comment peux-tu légitimer un deuxième charter d’Afghans au motif que ce serait en accord avec un gouvernement socialiste anglais ! Il n’y a pas eu de laisser-passer consulaire : tu as fabriqué un laisser-passer européen bidon, c’est honteux pour nous ! Et, pour couronner le tout, un de tes députés déclare des inepties sur ces expulsés ! »

– « C’est peut-être la fin du monde, ou la fin d’un certain monde avec un ordre certain. Il me semble bien, ajouta Jean-Paul II, que les vieux acquis foutent le camp. J’étais pape polonais, le présent est allemand, vous verrez, le futur sera africain. Ce qui m’inquiète, avec un futur pape africain, c’est que les dirigeants de ce continent ont une tendance ces derniers temps à léguer leur pouvoir à leur progéniture ! Oui, j’ai bien dit leur progéniture, et, là-bas, ce n’est un secret pour personne que certains d’entre eux ont des enfants… connus. C’est aussi bientôt, à mon avis, la fin du monde des valeurs injustes car, comme la fin du communisme que je je prônais, c’est aussi la fin du vol organisé, des vols manifestes des cols blancs, des traders, des conventions monétaires comme le franc C. F. A…. »

Et moi, Faka Bilumba, je vous dis que c’est la fin de l’aventure d’aujourd’hui, car je n’arrive pas à enlever de ma tête ce poème de NDjala pour Salomon Malangu :

« Dans cette boue de sang
Où gisaient les têtes de mes frères
Coupées par l’impérialisme en bloc
J’ai dessiné un soleil
J’ai dessiné un flambeau… »


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