Les aventures de Faka Bilumba N°50

« Chantant et dansant la farandole, Sarko et les siens fêtaient l’humiliation interplanétaire qu’ils faisaient subir à Gbagbo »

Elles sonnent, les fanfares triomphales.
Car en Côte d’Ivoire, car en Lybie
Les canons tonnent.
Supprimez les minarets et que nos cloches de cathédrales
S’ébranlent, s’ébranlent.
Gbagbo est tombé, et bientôt plus de Lybie.

Chantant et dansant la farandole, Sarko et les siens fêtaient l’humiliation interplanétaire qu’ils faisaient subir à Gbagbo. Pour qui se prenait-il, celui-là ? N’avait-il pas compris que Lumumba, Sankara, et tous ceux qui voulaient jouer à libérer l’Afrique étaient voués à la mort ? Moumié, Um Nyobé et les autres, où sont-ils ? Alors survint Jean-Jacques Rousseau qui, interrompant dans leurs danses les nouveaux conquérants du colonialisme contemporain, leur rappela ceci :

« Quand, depuis Genève, j’écrivais « Du contrat social », j’avais bien stipulé qu’il n’avait jamais existé de véritable démocratie et qu’il n’en existera jamais. J’avais donné quatre conditions pour que puisse s’établir cette démocratie. Dans cette perspective, toi, Sarko, tu es loin du compte. C’est même certain que tu n’as jamais lu « Du contrat social » car, parmi les conditions que je pose à l’établissement d’une démocratie, il y a l’absence de luxe. Alors, ton « bling bling » ne fait pas exactement de toi un ambassadeur de la démocratie. »

« Gbagbo est tombé bien bas !
C’est la faute à Sarko,
Ouattara guerroie, le tient et l’abat,
Aux ordres de l’ONU et de Sarko ! »

« Ça, c’est ce qui devait se chanter et se danser dans le scénario initial. C’est moi, le Premier Ministre guerrier, colonel des anciennes Forces Nouvelles, des rebelles sécessionnistes réhabilités par les accords de Markoussi, moi le Caméléon qui bouffe à tous les rateliers gouvernementaux. Oui, il était prévu qu’on décapite Gbagbo et sa femme. Moi, Sorro, je devais chanter et danser cette chanson en tenant à bout de bras les têtes du couple présidentiel. Mais la femme d’un président occidental, très sensible dans son âme d’artiste, a menacé son président de mari de divorcer immédiatement si on exécutait ce plan qui excitait son homme. Ce dernier, qui avait déjà connu pas mal de « ruptures » sentimentales, et les élections approchant, y a renoncé. »

« Oui, renoncé, mais ce « Pygmée blanc » -que tu ne peux nommer ainsi car tu es son esclave, Guillaume, tout comme ton maître ADO et comme votre mentor burkinabé qui a pris du galon pas très démocratiquement en exécutant son ami et frère Sankara-, qu’en penses-tu ? Le problème de Sarko est qu’il déclarait que l’Afrique n’était pas entrée dans l’Histoire. Il parlait de son histoire à lui, car -ce n’est un secret pour personne- il est très fâché avec les activités intellectuelles, il n’aime pas lire. Se prenant souvent pour Napoléon, et sentant qu’il ne sera pas réélu comme président dans son pays, il laissera dans l’Histoire la bataille d’Abidjan. Et, dans les croisades -qu’il a mises à l’ordre du jour-, il a déjà gagné la croisade contre les minarets, les mosquées, les burqas, et bientôt il espère vaincre Kadhafi et ses tentes bédouines. Pour faire bonne mesure en vue de sa campagne présidentielle prochaine, les kippas juives et les croix chrétiennes seront proscrites en public, comme signes distinctifs religieux. Je n’exagère pas du tout, je sais de quoi je parle. Il a osé dire hier, ce Sarko, dans une réunion de son parti, que ce qui arrive à ceux qui renient leur parti politique, c’est qu’ils n’ont plus d’avenir politique. Regardez moi, Kouchner, qui se souvient encore de moi ? Regardez Rama Yade, et les autres. Que Besson ne se fasse pas d’illusion, il sera jeté aux orties dès qu’on l’aura utilisé. »

« Je voudrais, moi, Bongo fils, revenir sur la définition occidentale de la démocratie selon Voltaire et ses quatre points… Quoi ? Pas « Voltaire » mais « Rousseau » ? Je suis comme mon adoubeur Sarko, mes références ne sont pas très littéraires, je voulais faire un peu de rap, je me suis planté à ce niveau ! Bref, puisque la démocratie dépend de celui qui l’institue et des intérêts de celui qui la soutient, nos formes démocratiques électorales de père en fils sont soutenues par la France et les Nations-Unies. Tout le monde sait que c’est l’autre Fang qui a gagné les élections ici, au Gabon et pas moi. Mais au nom de notre pétrole, notre bois, nos matières premières, et de ma soumission à la France, aux Francs-Maçons, aux Rosicruciens et aux sorciers, je suis maintenu. Quel journaliste occidental connu, quel philosophe à la chemise blanche, qui, oui, qui, peut oser dénoncer cet impérialisme de l’Occident et le soutien que nous apportons nous-même à la mondialisation ? »

« En tout cas, ce n’est pas moi, Sassou Nguesso, qui te dirait le contraire, ni mon collègue Barthélémy du Cameroun, ni le jeune Kabila, ni les présidents togolais qui règnent aussi de père en fils. Nous sommes nombreux à nous soumettre à la volonté de Sarko, et de celui qui le remplacera, quelle que soit sa couleur politique. Vous croyez que la Gauche en France fait peur à la Françafrique ? C’est elle qui a dégommé Sankara, c’est elle qui a été complice avec les machettes au Rwanda ! L’accord est simple. Ils pillent notre continent, et ferment les yeux sur nos exactions, nos biens mal acquis. De vous à nous, est-ce que les matières premières que l’Occident exploite en Afrique sont « bien ou mal acquises » ? Ce commerce est loin d’être équitable ! »

« C’est vrai que nous vivons, comme dirait Faka Bilumba, la continuité, la réalité de la guerre et de la conquête coloniale permanente. La mise à exécution de la fin du règne de Gbagbo et les bombardements de la Lybie en sont la preuve. Alors, continuez, Africains soumis, à trouver normal et dans l’ordre des choses d’appartenir au continent le plus riche mais aussi le plus pauvre, là où le franc CFA règne pour mieux ruiner, là où l’on vous dit, avec démonstration à l’appui, qu’il est normal, oui, normal, qu’Air France vende un aller-retour Paris-New York 400 euros, et un Paris-Yaoundé, 1 600 euros, et d’être appelés en Europe « travailleurs immigrés » alors qu’on appelle « coopérants », « expatriés », les Européens qui sont en Afrique. Je me tais. Je ne suis qu’une chanson, un refrain de Francis Bebey :

Je suis venu chercher du travail,
J’espère qu’il y en aura.
Je suis venu de mon lointain pays
Pour travailler chez vous.

Ekilafica.com

François Zo’omevele
Journalducameroun.com)/n



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