Les aventures de Faka Bilumba N°55

«Monsieur Faka Bilumba, j’aimerais, moi, Aimé Césaire, que tu remettes en mémoire aux vivants, aux Africains, aux Nègres…»

« Monsieur Faka Bilumba, j’aimerais, moi, Aimé Césaire, que tu remettes en mémoire aux vivants, aux Africains, aux Nègres ce que je disais déjà de mon vivant ; j’estimais que mes compatriotes antillais étaient colonisés jusqu’à la moelle des os ; mais, ceci est valable aussi pour une grande majorité de Nègres et d’Africains. Il y a cette Négraille qui se renie, qui a honte de ses origines, qui ne parle plus de négritude et de négrité et qui imite, qui chinoise, qui singe, pour tout dire, certains comportements occidentaux. »

Pour une fois que je m’accordais un peu de sommeil, un peu de répit, pour une fois que mon esprit et mon âme se mettaient à la contemplation justement de ces choses que le poète prophétisait : belles ! Voilà que le grand Césaire vient ouvrir une tribune ! J’ai laissé la parole à ceux qui la voulaient, car le sujet est on ne peut plus d’actualité.

« Une mise au point est effectivement nécessaire, car j’ai appelé Malcolm X afin qu’il vienne nous donner son point de vue sur les attitudes du président Obama. Quand j’ai fait mon rêve, de ces prophéties Révérend, et si la référence de Martin Luther King, mon patronyme, est synonyme de paix et de non violence, c’est que l’exemple me venait du Messie. Tandis que toi, Malcolm, tu prônais la loi du Talion ; tu disais même, parfois, que l’attaque est la meilleure défense. Quand nous voyons aujourd’hui que les injustices ne font que croître, que les droits civiques des Noirs sont devenus une catastrophe, en Europe aussi et, qu’en Afrique, notre peuple subit sans broncher le pire des esclavages : celui d’une minorité de parvenus et d’imbéciles au service d’une autre minorité de vrais dictateurs qui sont les dirigeants occidentaux,… »

« N’en dit pas plus, Révérend ! Moi, Malcolm, j’ai toujours prôné notre africanité. Je devrais normalement m’appeler Malcolm Abeme, ou Malcolm Mamadou, ou Malcolm Nkomo. Mon « X » est la dénonciation de la dépersonnalisation qui nous a été imposée en nous affublant des noms de nos maîtres. Césaire a raison, car beaucoup de frères antillais ont honte de leur africanité. Nous autres, Nègres d’Amérique, crions haut et fort notre appartenance africaine : nous continuons à affirmer que nous sommes des Africains d’Amérique. Pour ce qui est des frères africains qui singent les Occidentaux, ils sont plus ridicules que le ridicule. Ils ne parlent plus leur langue à leurs enfants. C’est la langue du colon qui prédomine. Je me demande même si, en élisant Obama comme président des Etats-Unis, beaucoup de grands électeurs américains n’avaient pas tout simplement envie d’un alibi. Il leur fallait, à l’instar des soi-disant présidents africains, un doungourou. Je sais que c’est choquant pour certains, mais, dites-moi, depuis qu’il est président, qu’est-ce qu’il a fait de spécifique pour les Noirs en Amérique ? »

«Moi, je dirais qu’en ce moment il a envoyé sa femme, sa belle-mère et ses filles en Afrique du Sud. C’est à se demander si ce n’est pas un petit stage pratique qui est imposé à Michèle Obama, car le président sud-africain Zuma est polygame. Il est donc possible qu’Obama envisage de passer à la polygamie pour affirmer son africanité. Il faut de tout pour faire un monde ! Je ne dis pas que ce n’est pas sérieux, mais ce qui est inquiétant, est de s’apercevoir comment les gens qu’on appelle « de couleur », une fois nommés ou élus à une grande responsabilité mondiale, deviennent Blancs dans leur tête. Quand Koffi Annan dirigeait l’O.N.U., on n’a pas vu sa part d’africanité pendant ses deux mandats. Tout le monde espérait qu’il allait mettre à l’ordre du jour la place d’un pays africain au Conseil de Sécurité. Que nenni ! Il s’est appliqué à tenir le discours des grandes démocraties à l’occidentale. Et moi qui vous parle, j’ai vu tout cela car, d’un regard attentif, je surveillais, espérant de bonnes nouvelles innovantes pour l’Afrique. Je n’ai eu que l’écho des injures traditionnelles à la Sarko, à la Chirac, sans oublier les inepties de Zemmour et les litanies racistes des autres prétendus philosophes, et guerriers à la chemise blanche. Non, je ne vous dirai pas mon nom, car je ne suis pas une référence connue ; je suis un travailleur immigré, celui qu’on ne voit pas, qui construit des maisons qu’il n’habitera jamais, qui travaille dans les maisons de retraite, dans lesquelles il ne veut même pas rêver de résider. C’est trop civilisé tout ça pour moi. »

« Boubacar, arrêtes de pleurnicher. Tu nous déranges avec tes radotages. Nous savons que tu es frustré depuis que ta femme africaine, que tu es parti acheter au pays avec une grosse dot a divorcé. Tu n’arrêtes pas de dire que c’est la faute aux assistantes sociales d’ici, dont l’un des objectifs premiers est, selon toi, d’encourager les couples africains et arabes à divorcer dès qu’ils ont un problème. Il est vrai qu’une fois le divorce prononcé, on t’a foutu dehors, et que tu te promenais, tête basse et la queue entre les jambes, comme un chien battu. Ceci t’a permis de connaître les réalités des foyers d’immigrés africains. Nous en parlerons une autre fois. Mais je crois que ce qui t’a le plus traumatisé, c’est que ton ex s’est émancipée à l’occidentale. Elle est coiffée avec des cheveux blonds, elle a de faux ongles si longs que tu te demandes si elle peut encore tenir la houe pour planter les arachides dans votre champ au village, là-bas, au pays. Quant à tes enfants, elles sont plus Blanches que les Blanches. Elles ont été voir l’assistante sociale de leur collège. Elles lui ont raconté que ton ex et toi les traumatisiez, car elles n’avaient ni argent de poche, ni permission de minuit. Cette assistante sociale les a placées dans un foyer pour adolescentes en difficulté. Elles faisaient le mur tous les soirs pour aller en boîte de nuit. Alors, on les a changées de foyer car elles sont devenues des filles-mères et mineures. C’est pour ça que tu en veux tant aux assistantes sociales et aux travailleurs sociaux ! »

«Tu peux toujours causer, toi ! Tu es le plus lâche, le plus peureux et le plus ignorant des travailleurs immigrés africains. ! Tu as toujours peur d’aller tout seul à la préfecture, au service des Etrangers. Vas donc faire cette grande gueule à ces dames du service des Etrangers qui te menacent tant ! Je comprends que ta peur vienne de cette administration française qui te rappelle le temps colonial. Mais tu éprouves le même sentiment de peur quand il faut aller renouveler ton passeport à ton ambassade à Paris. Il est vrai, je te comprends, elles ne sont pas commodes, ces dames qui travaillent dans nos ambassades. Il paraît qu’une grande majorité serait là par une promotion « canapé ». Certaines seraient carrément des femmes de ministre, des deuxièmes et troisièmes bureaux des gens d’en-haut. Et moi-même qui te parle, je vais bientôt prendre ma carte du parti politique au pouvoir et briguer un gros poste à responsabilité dans le parti ; c’est pourquoi, moi non plus je ne dis pas mon nom. »

« Je ne comprends pas pourquoi Faka Bilumba vous donne la parole. Vous croyez que ce genre de problème intéresse qui ? Il faut sauver les apparences, continuer à faire croire que la vie en France est une vie de paradis, même si on nous méprise, même si on nous injurie, il ne faut surtout pas dire la vérité à nos frères qui sont restés là-bas au pays. Les péripatéticiennes, qu’on appelle au pays Wolowos, ou Maboya, elles ont tout compris. Le Mignonciteur a tout compris, il les caresse dans le sens du poil. Mais, de poil, elle n’en ont plus beaucoup. Elles s’épilent de partout. Elles portent aussi des perruques. Et puis, qu’est-ce que vous croyez ? Il y a aussi beaucoup d’hommes parmi ces prostitués africains exotiques. Il n’y a pas très longtemps, l’un d’eux, que dis-je, l’une d’elles, avait perdu son fils au pays. Et pour la veillée mortuaire sans corps, ils ont fait venir un Pasteur blanc… A la fin de la cérémonie, il a demandé s’il ne s’était pas trompé car il avait l’impression que ces femmes trop maquillées avaient des voix d’homme en chantant et en pleurant. Qu’importe ! Des photos et des films ont été envoyés au pays, pour montrer que la veillée, ce n’était pas du n’importe quoi. D’ailleurs, quand il faudra aller faire les obsèques au pays, on a déjà prévu les services d’au moins deux archevêques : ça coûtera deux millions ; et par les temps qui courent, il est possible de payer en nature. »

Avant de clore les aventures d’aujourd’hui, je me dois de vous dire que les Sarko, les Bongo, les Barthélémy, et autres fameux Ndongo que nous avons l’habitude d’épingler, se sentiront un peu soulagés. Ca, c’est ce que vous croyez ! La vérité est qu’ils se plaignent quand on ne parle plus d’eux. Il va falloir que nous pensions à une petite cagnotte dans laquelle ils devront verser des sommes certaines afin de participer aux confessions publiques que nous allons bientôt instituer.

François Zo’omevele
Journalducameroun.com)/n



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