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Les aventures de Faka Bilumba N°60

«Une écrivaine, Léonora Miano, discutant avec un journaliste, a demandé à celui-ci pourquoi, eux, les aînés du continent noir, n’ont pas écrit sur l’histoire»

Une talentueuse écrivaine, Léonora Miano, discutant avec un journaliste en vue d’une interview, a demandé à celui-ci pourquoi, eux, les aînés du continent noir, n’ont pas écrit sur l’histoire, le vécu de leur pays. C’est vrai que ceux qui sont nés avec et après l’indépendance n’ont pas beaucoup de témoignages. Je vous en parle, moi, Faka Bilumba, car je n’ai pas pu m’empêcher de m’inviter à cette conversation.

Je voyais Léonora qui se tordait de rire ; notre homme était en train de lui raconter comment, en octobre 1961, le 1er octobre exactement, le petit écolier de l’école principale de Lolodorf qu’il était, était fier de chanter en anglais l’hymne national de son pays. Cela ressemblait cet anglais- à la scène des enfants d’une école coloniale que relate Ferdinand Oyono dans « Une Vie de boy » : des négrillons qui, pendant une tournée de l’administrateur colonial dans un village indigène, chantaient dans une langue que les Blancs prenaient pour une langue locale et les indigènes pour le français ; mais tout le monde a applaudi. C’est que, c’était plein de promesses d’avenir, car ce pays de Barthélémy qui, en ce temps-là, était celui d’Ahidjo, de Foncha et de Charles Assalé, fêtait le 1er janvier son indépendance et sa réunification le 1er octobre. C’étaient des jours fériés pendant lesquels les enfants chantaient, en défilant sous le soleil, ces promesses dans des poésies dont on ne pouvait mesurer la portée et le sens ô combien prometteur.

« Sonnez, fanfares triomphales,
Tonnez canons, battez tambours,
Et vous, cloches des cathédrales,
Ebranlez-vous comme au grand jour.
En ce moment, la patrie toute entière
Est debout avec ses enfants,
Pour saluer comme nous la bannière
De l’union de ses enfants.
Etendard de la délivrance,
A la victoire tu menas nos aïeux.
A leurs enfants tu prêches l’espérance.
Fils de ces preux, chantons comme eux.
VIVE LA REUNIFICATION. »

« Quelle poésie, quel bel hymne pour chanter cette réunification qui, hélas, est allée aux oubliettes dans l’histoire du pays. Quand moi, Amadou Ahidjo, que vous appeliez jadis «Père de la Nation », j’ai institué ces fêtes nationales, et surtout celle de la réunification, c’était beau ! Regardez autour de vous dans le monde, il y a d’autres pays qui continuent à entretenir leur histoire par le souvenir de leur réunification : l’Allemagne, l’Italie, le Vietnam, le Japon et même en France, avec le Jura ! Et c’est moi que vous avez banni dans l’histoire du pays. Mais sachez que du haut de mes tribunes présidentielles, j’écoutais avec admiration et tendresse ces chansons d’espoir de ces élèves qui, comme toujours à Lolodorf, disaient :

« A Lolo, ô ô ô,
On vit heureux, eu eu eu
Sur la Lokoundjé, é é é
Dans la fraternité et dans l’union.
Dans ce pays, il y a du café et du cacao
En abondance.
L’administration fait grande chasse
Et des criminels et des oisifs. »

« C’est vrai que, vu ta grande culture de l’Ecole Primaire Supérieure, comme aimait te le rappeler Mongo Beti, tu ne pouvais retenir que des plagiats comme celui-là. Mais ils avaient le mérite de donner le sens de la nation à ces petits écoliers qui chantaient laborieusement cela. Cependant, n’oublie pas que c’est toi-même, Birax, comme te surnommaient les militants du vrai Manidem, celui de Woungli Massaga, celui qui signifiait « Manifeste pour l’Instauration de la Démocratie », bref, toi, Birax, tu fus le premier à supprimer ces fêtes nationales, les vraies, pour instaurer les tiennes : le 11 février et le 20 mai… et tu te délectais en écoutant les artistes de la place comme Malap Paul qui chantait ceci à ta gloire :

« Cameroun, ô mon pays,
Je ne t’oublierai jamais, é é é !
Depuis le premier janvier soixante,
Chantons l’indépendance, la réunification.
Et l’U.N.C., notre cher parti,
Notre parti national é é !
Vive l’Afrique nouvelle, oyé !
Vive le Cameroun indépendant ô !
Vive Aladji Amadou Ahidjo,
Notre président héros national é ! »

Comment peux-tu continuer à te plaindre qu’on t’ait banni de l’histoire du pays, de ton pays ? On n’a fait que continuer ce que tu avais toi-même mis en place. Hier, c’était toi le Père de la Nation. Aujourd’hui, c’est ton élève qui t’a dépassé, le futur vainqueur de ces élections présidentielles, que tout le monde connaît d’ailleurs. Le temps d’attente de ces résultats est aussi court que celui de la campagne électorale. Hein ? Quoi ! Ce n’est pas aussi court mais aussi long, me dit-on, et c’est moi, Assalé Charles, ton ex-mentor de l’ombre qui te rappelles ceci : en refusant de rapatrier ton corps pour être inhumé au Cameroun, Barthélémy a suivi exactement à la lettre ce qu’il t’a vu faire. Qu’en est-il de la dépouille de Félix Roland Moumié et de tous ses innombrables camarades morts à l’étranger ? »

« C’est vrai que moi, John Ngu Foncha, acteur de cette réunification dont on a oublié de fêter solennellement le cinquantenaire, because l’appel du peuple et les élections présidentielles primaient ; j’ai moi aussi la nostalgie de l’espoir que chantait ces enfants en défilant, tout de blanc vêtus, ces jours de fête, sur ces places baptisées « de l’Indépendance et de la Réunification ».

« L’indépendance camerounaise
Qu’en dis-tu ? La voici, la voici.
Que chacun de nous chante la gloire
A travers cette terre chérie.
La réunification camerounaise
Qu’en dis-tu ? La voici, la voici.
Car c’est elle qu’on attendait
Depuis, depuis des années. »

Et comme beaucoup ne le savent sans doute pas, ce référendum, qui devait rattacher tout l’ex-Cameroun britannique au Cameroun du levant, a été truqué, d’où ce refrain, cette complainte :

« Cameroun du levant, celui du couchant,
Mais ne disons plus Cameroun sous tutelle,
Frères d’outre-Mungo, entonnez ce chant,
Réunification, ô bonne nouvelle !
Ce tronçon resté ne sera pas perdu
Malgré la ruse de notre ami perfide.
Réunification souhaitée,
Te voilà enfin réalisée.
Frères, unissons-nous par les coeurs,
Bâtissons ce pays sans rancoeur. »

Et moi, Faka Bilumba, je vous dis que c’est avec beaucoup d’émotion que ces instituteurs de cette fameuse Ecole Principale de Lolodorf, au pays des Lions Indomptables, ont réécouté ces chansons, leurs chansons. Messieurs Benjamin Ndong Ndong, Madame Ndigui, Monsieur Samuel Nko’o, Monsieur Gaston-Pierre Atouba, Monsieur Effa Etienne et bien d’autres regardent encore aujourd’hui de l’outre-tombe et avec tendresse cette nation qu’ils ont contribué à construire.

Ce n’est pas pour autant que nous avons fermé les yeux sur la naissance de la petite Sarko, ni bouché nos oreilles à ce qui se passe à Mayotte. Ah ! ce pauvre préfet de police parisien ! Des pick-pocket lui ont subtilisé son superbe téléphone portable à la gare de Lyon à Paris. C’est l’oeuvre d’un original qui, j’en suis certain, va se signaler le moment venu afin de réclamer son embauche dans le corps du métier : la police ; il aura à l’appui sa discrète dextérité et le chantage de révéler le contenu du portable de ce super-flic. Quant à François Hollande, nous attendons surtout qu’il se positionne ; sera-t-il dans la continuité une nouvelle variante ou donnera-t-il un nouveau visage à la Françafrique, s’il est élu président ?

Il faut vraiment qu’il prenne position, car on annonce à l’instant même la mort de Khadafi. Le roi est mort, vive le roi ! Déjà, comme nous vous le disions la semaine dernière, ses ennemis d’aujourd’hui et amis d’hier se congratulent pour cet assassinat. Il semble, nous dit-on, que la nouvelle démocratie mise en place en Lybie par l’Occident et ses bombardements continus vient de poser son premier acte. Ce serait donc TRES DEMOCRATIQUEMENT que, sans jugement, ce dictateur sanguinaire a été exécuté, et hop ! Qu’on sable le champagne, cher Sarko !

www.ekilafrica.com

François Zo’omevele
Journalducameroun.com)/n


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