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Les aventures de Faka Bilumba N°7, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Afrique, Afrique, Tu as dix ans, Afrique, Afrique, Va de l’avant! »

Et c’est toujours toi, Manu Dibango, qui, en 1970, chantais au rythme de ton saxo endiablé ce dixième anniversaire des indépendances. Que reste-t-il de ces amours ? Que reste-t-il aujourd’hui de tant d’espoirs mis sur l’avenir de ce continent, le plus vieux, le plus basiquement riche, mais le plus pauvre aujourd’hui ? Et tu me renvoies pour toute réponse à ce poète et chanteur gabonais, Hilarion Nguema, qui, dans sa chanson « Espoir », nous parle de ce jeune homme désabusé qui commence à perdre espoir car, depuis cinquante ans déjà, il attend les promesses mielleuses de sa dulcinée, l’Afrique !

« Quand je revendique ma part d’héritage, toi, tu me réponds par la répression. Et dans ton cynique chantage tu me dis « Bien, garde patience, »…

– « Non, Monsieur Faka Bilumba, c’est une parodie de la chanson que tu fais là. Je n’ai pas tout à fait écrit ni chanté comme cela. Tu m’as dit qu’un ministre d’Afrique Centrale de la Communication excellait en salamalecs ! ».

– « Mon cher Hilarion, je savais que beaucoup d’artistes africains, pour des raisons de « gombo », font l’éloge des dictateurs présidentiels et de leurs épouses afin que les animateurs et journalistes flatteurs aient des ouvertures auprès de leurs chefs et de leurs ministres de tutelle qui, eux, vont cirer les bottes présidentielles, et le tour est joué. L’artiste passe dans les radios et les télés et sa chanson du griot fait un tabac. Il arrive même qu’il devienne l’artiste officiel des galas, avec un cachet qui aura été au passage grignoté par le ministre et les chefs ! Tu avais chanté dans le temps, dans les années 60, « Le Président Léon Mba a décidé, et le peuple a approuvé… Albert Bernard Bongo, toi le père de la nation… et patati et patata ! ».

– « Tu veux faire comment ? Ce ministre de la communication doit être du pays des Lions domptés; c’est un vrai griot qui, pendant une conférence de presse sur la corruption de son pays, médaillé plusieurs fois comme champion et vice-champion mondial de la corruption, s’est évertué à démontrer par des absurdités à nulles autres pareilles que son président de patron était parfait, rétablissait la paix non corruptrice du pays par un article 66, dont le décret d’application n’était jamais paru, et qui ne s’appliquerait de toute façon pas au président. »

– « En tout cas, rien de tout cela ne nous dit comment la France va fêter l’année de l’Afrique. C’est tombé aux oubliettes, et Monsieur Toubon, qui est censé l’organiser, on ne le voit pas ! Le Général de Gaulle m’a dit qu’il faudrait intituler l’événement : « 2010, année de l’Afrique, 50 ans d’exploitation, de vol et d’arnaque légaux ». Quand j’ai dit au Général que ça risquait de choquer, il m’a répondu qu’il n’y avait rien de choquant, que cet intitulé résumait bien la situation actuelle ! D’ailleurs, Sékou Touré, toujours derrière Houphouët, qu’il continue de traiter de gros hippopotame, et de Senghor, qu’il appelle encore « crocodile », même dans l’au-delà, ce fameux Sékou s’entretenait avec Sankara afin d’évaluer ceux des dirigeants africains qui, après eux, ont pu ou su dire non à la France et sa Françafrique. »

– « Vingt ans déjà que moi, Madiba, ai dit à ma façon non à l’apartheid, vingt ans que je suis sorti de prison. C’est vrai que toi, Faka Bilumba, tu me reproches d’avoir accepté le prix Nobel de la Paix qu’on m’a donné avec De Klerk. Tu as même poussé le bouchon assez loin en comparant notre prix Nobel de la Paix à celui qu’on aurait pu donner à Hitler et De Gaulle en même temps ! C’est vrai quelque part, qu’en regardant bien, nous sommes le seul pays émergeant africain, nous organisons la Coupe du Monde de foot, donc, selon toi, nous devons bientôt siéger au Conseil de Sécurité, penser à nous doter de la bombe atomique et, surtout, monopoliser le commerce de l’uranium africain. Mais tu me fais peur quand tu proposes que des compagnies comme Total, qui font leur chiffre d’affaires, et le plus gros en France, avec le pétrole africain, que ces entreprises soient tenues à verser 30 % de leur bénéfice aux pays africains fournisseurs de ces matières premières ! ».

– « Quant à moi, Obama, je te signale, cher Faka, que tu ne me donnes jamais la parole, car j’ai des choses à dire à Sarko, et à cet Italien qui me traite de bronzé, et des propositions pour rappeler les cinquante ans de vol organisé en Afrique ! ».

François Zo’omevele Effa
Journalducameroun.com)/n
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