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Les aventures de Faka Bilumba N°74, la chronique de François Zo’omevele Effa

« Nous donnerons la parole aux prisonniers politiques et aux otages. Alors, Enoh Meyomesse demande à Marafa s’il se considère comme un prisonnier politique »

Il y a longtemps que je ne vous donne plus les échos des réunions secrètes, ces réunions dans lesquelles de façon plus ou moins informelle on parle, on discute, on décide de nos avenirs. Or, tout récemment, des vivants, des « ayant-vécu » et des « à vivre » ont soulevé d’épineux problèmes existentiels, car, selon certains, le monde allait à vau l’eau. J’étais là, évidemment, et je vous en rends compte.

« Je suis Bob Denard, le mercenaire officiel français, officiel, car nul ne peut croire que tout le bordel que j’ai foutu en Afrique, avec tous les coups d’état auxquels j’ai participé, je l’aie fait de mon propre chef. J’étais un soldat de l’armée de l’ombre française, au même titre que Betchel, cet espion qui a assassiné Moumié Félix, en l’empoisonnant à Genève ! Je n’ai pas eu d’hommage de la nation à ma piteuse mort ! Je suis écoeuré car je ne comprends pas pourquoi, dans une guerre comme celle de l’Afghanistan -guerre où il n’est pas question que ce pays ‘attaque le nôtre et d’où le président Hollande a décidé de retirer les soldats français-, pourquoi faut-il que, chaque fois qu’un soldat tombe au front là-bas, un hommage de la nation soit rendu, avec chef d’état et tout le tralala ! Je n’ai rien contre ces valeureux soldats qui ne font que leur travail de soldat ! Mais ce sont ces hommages, qui sont destinés à légitimer des morts de soldats français pour des causes qu’on ne comprend pas bien qui me choquent.

J’en parle car, nous, les mercenaires et les soldats de l’ombre, tombons pour les intérêts de la France, et personne n’en parle ! Pendant la guerre du Tchad, dans les années 70 et 80, beaucoup de nos soldats sont morts ! Pas d’hommage national. Pendant la guerre que nous avons fomentée en Côte d’Ivoire contre Gbagbo pour installer notre Ouattara au pouvoir, croyez-vous que nous n’ayons eu aucune perte dans nos troupes ? Même dans cette guerre, que nous appelions scientifique, que nous avons menée en Lybie contre Khadafi et les siens, croyez-vous vraiment qu’aucun soldat ne soit tombé ? »

« Et moi, je suis Ali, soldat résistant en Afghanistan. Je trouve qu’il serait normal, quand nos ennemis disent leurs pertes en vies humaines, qu’ils disent aussi le nombre de victimes qu’ils causent chez nous. On dirait dans tout ceci que nous serions là à tirer ces pauvres soldats français désarmés comme des lapins ! C’est la guerre, et il y a des victimes de chaque côté. »

« Mon pauvre Ali, tu mets le doigt dans la plaie ! Le vrai problème, c’est que l’Occident est en train de se ternir, de s’épuiser, et de vieillir ! Dans son système dominateur, où sa raison, celle du plus fort, a toujours été la meilleure, la réalité et les contextes contemporains ne permettent plus certaines choses. Moi, Charles de Gaulle, qui parle, j’en sais quelque chose ! J’ai vu venir cette échéance, celle de notre déchéance ! D’abord, les guerres coloniales : Algérie, Indochine, Cameroun. Puis nos prétendues révolutions, sexuelles, égalitaires et je ne sais plus quoi, de Mai 68 ! Nous avons essayé depuis le temps de colmater une brèche qui ne fait s’agrandir ! C’est simple, nous avons guerroyé, envahi et assujetti les autres afin de les appauvrir. Pour assurer sa propre richesse et sa puissance, il faut savoir organiser et entretenir la pauvreté et la dépendance de ses sujets. N’allez pas chercher des exemples très loin, regardez notre Afrique. Nos années glorieuses, qui sont plus de trente, existent tout bonnement parce que nous avons envahi ces sauvages, que nous les piétinons toujours politiquement, économiquement et, surtout, culturellement. Nous leur avons imposé une monnaie de singe, le franc CFA. Dans notre culture et civilisation à l’occidentale que nous leur avons imposée, c’est nous qui leur avons enseigné et permis de développer chez eux le concept de corruption. C’est simple, il suffit de prendre les plus idiots, les parvenus, bref, nos pantins, de leur donner le pouvoir tout en les maintenant sous la tutelle de nos conseillers techniques, qui sont en réalité des conseillers « toxiques ». Vous croyez que je rigole. Souvenez-vous des Bokassa, Amadou Ahidjo, Bongo, Houphouët Boigny, pour ne citer que ceux-là. Ils ont cultivé la médiocrité, la corruption et, comme nous l’avions prévu, l’ont érigée en système de sous-développement et les transmettent de père en fils ! Nous avons même encouragé et orchestré le couronnement d’un empereur. C’est nous qui avons, par le biais de nos conseillers toxiques, imposé les partis uniques ; c’est nous aussi qui exigeons des Africains un modèle de gouvernance démocratique à la française ! »

« Tu as raison, mon Général, tu as même oublié de dire que votre truc consiste toujours à les présenter comme des pays pauvres ! C’est bizarre que vous ne parliez plus ces derniers temps de la dette du tiers-monde, de leur dette ! C’est une dette au nom de laquelle vous les avez ruinés et appauvris, ces Africains, avec la complicité de votre fonds monétaire international. Vous n’en parlez plus parce que vous êtes, vous, les pays occidentaux, des milliers de fois plus endettés que les Africains. Maintenant que tout le monde connaît le montant de vos milliards de millions de dette, maintenant que le système F.M.I., que vous avez inventé, se retourne contre vous, comme il a commencé à le faire en Grêce, puis en Espagne, au Portugal et, bientôt, en France, c’est la débandade. Moi, Thomas Sankara qui vous parle, je jubile ! »

« Et moi, Madiba -oui, je suis Nelson Mandela-, j’ai été consulté pour préparer un rempart à l’hécatombe économique, politique, culturelle et morale occidentale qui a commencé. La condition première que je pose concerne le Conseil de Sécurité de l’O.N.U : qu’il ne soit plus représenté que par un pays de chaque continent, pays qui sera changé tous les cinq ou sept ans au suffrage continental ! Que la monnaie soit unique, et les salaires les mêmes, sur les mêmes bases, dans tous les pays, car la valeur du travail est la même ! »

Et moi, je vous dis que la semaine prochaine, nous donnerons la parole aux prisonniers politiques et aux otages. Alors, Enoh Meyomesse demande à Marafa s’il se considère vraiment comme un prisonnier politique.

François Zo’omevele Effa
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