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Les aventures de Faka Bilumba N°9, la chronique de François Zo’omevele Effa

« J’ai reçu cette semaine un appel d’outre tombe. Il se tenait, en effet,un sommet extraordinaire »

J’ai reçu cette semaine un appel d’outre tombe. Il se tenait, en effet,un sommet extraordinaire; nos ancetres communs, africains, gaulois et les autres, s’inquiétaient des chemins catastrophiques que prenaient leurs différentes civilisations. Aussi, jouissant de mon intemporalité et de mes facultés d’omniprésence, je n’ai pu m’empêcher, chers lecteurs, de vous en faire part. C’est l’une des caractéristiques du FAKABILUMBISME.

Ce fut Cheick Anta Diop qui, le premier, prit la parole, invectivant les autres savants et historiens. Il leur reprochait une falsification honteuse et organisée de l’histoire du monde, mais surtout la surévaluation des valeurs occidentales.

« C’est une manie chronique que vous avez de manipuler les réalités historiques. Il m’a fallu du temps et des recherches pertinentes pour prouver par des thèses scientifiques, que la grande civilisation égyptienne des pharaons était nègre. Oui, tous ces célèbres pharaons, leurs palais, les sarcophages, les pyramides et même les hiéroglyphes, c’est notre culture ! Je démontre tout cela dans mon ouvrage « Nations nègres et culture ». Oui, Monsieur Sarko, ne secouez pas la tête de façon dubitative, car c’est bien les nations nègres qui ont inventé cette écriture égyptienne ; j’ai porté une preuve incontestable par des correspondances qu’entretenaient Champollion, le déchiffreur français de ces hiéroglyphes, avec son frère qui était à Paris et auquel il envoyait les résultats de ses recherches pour leur publication ! C’est vrai, cher Sarko, qu’il affirmait dans cet échange épistolaire que la civilisation égyptienne était vraiment nègre. Et toi, tu as osé aller affirmer à Dakar, dans une université qui porte mon nom, que les Africains n’étaient jamais entrés dans l’histoire. »

« Je voudrais, moi, Paul Ateba, futur et premier pape africain, apporter des éclaircissements sur l’impérialisme culturel des valeurs occidentales dans la religion chrétienne, par le biais de certains de ses dogmes d’aujourd’hui. Il semble que Moïse, ce patriarche biblique, était noir. C’est Sigmund Freud qui le révèle aussi dans son livre « Moïse et le monothéisme ». Ainsi, notre Moïse serait en fait un prêtre dissident égyptien qui aurait créé la première religion monothéiste dans cette Egypte ancienne où les divinités étaient légion. Ce même Moïse avait d’ailleurs beaucoup de femmes, une tradition qui a perduré dans l’Ancien Testament. Des rois, comme David ou Salomon, grands amis de Dieu, n’étaient pas pour autant dans le péché, malgré leur polygamie flagrante ! C’est pourquoi je vais restaurer la polygamie et le mariage des prêtres dans le règne papal qui approche. »

« Nous avons fait croire par notre production cinématographique et surtout dans les westerns que les Indiens d’Amérique étaient les méchants, des méchants sauvages qui attaquaient les bons colons blancs ; j’en sais quelque chose, moi, John Ford, celui qui a fait établir dans mes films qu’un bon Indien était un Indien mort. Demandez aujourd’hui aux spectateurs moyens du monde entier, ils vous diront que les Indiens sont vraiment très mauvais, ce qui légitimerait qu’on les ait parqués dans des réserves et que parler d’Amérindiens aujourd’hui équivaudrait à parler d’extra-terrestres. »

«Ce système continue à marcher aujourd’hui car pour légitimer les dominations, les exploitations et l’avilissement des peuples qu’on exploite, il faut présenter ce peuple sous son aspect le plus noir possible, surtout quand il s’agit des Noirs . Moi, le grand Général, je l’ai expérimenté. En ce qui concerne l’Afrique, c’est édifiant ce que nous continuons de faire. Il faut dire que, quand nous avons entamé nos conquêtes coloniales, il fallait légitimer la chose en prétendant que notre but était de PACIFIER ces tributs sauvages. Lorsque nous avons imposé l’indigénat, les travaux forcés et les autres maltraitances, il s’est bien agi de les civiliser afin qu’ils puissent bénéficier de routes, de chemins de fer, et de toutes les infrastructures par lesquelles nous évacuions chez nous cette manne des matières premières gratuites. Nous avons poussé le bouchon assez loin, faisant même croire que ces colonies ne nous rapportaient rien, qu’on y perdait notre argent, puis, il a bien fallu qu’ils viennent participer aux guerres, nos guerres, que nous avons qualifiées de mondiales et, là encore, ils n’étaient pas des soldats mais des tirailleurs… »

« Mon Général, ça ne sert à rien, ces réminiscences inutiles, alors que rien n’a changé. On a célébré un peu partout le 11 février dernier -date de ma sortie de prison il y a vingt ans, qui a déclenché la fin de l’apartheid-. Mais il existe encore aujourd’hui des tas d’apartheids qui ne disent pas leur nom dans ce monde. Je suis Madiba, un témoin vivant du pardon et de la tolérance . Ce que nous avons fait en Afrique du Sud, pouvez-vous non seulement le concevoir mais aussi le faire ? Imaginez que vos occupants allemands aient demandé, après la libération, à continuer à vivre en France, qu’ils occupaient ! Ne levez pas les bras au ciel ! Nos colons et esclavagistes, nous ne les avons pas foutu à la porte, et pourtant nous aurions pu. Regardez Mugabé, si vous le détestez, c’est en grande partie parce qu’il a arraché les terres des riches colons blancs et les a distribuées au peuple. Car, il n’est pas plus dictateur que vos amis présidents africains au pouvoir depuis plus de vingt ans, trente, quarante, sans compter que vous encouragez leurs fils à hériter de ce pouvoir. »

« Monsieur Mandela, s’il vous plaît, laissez ça comme ça ! Vous êtes dans un pays qu’on qualifie d’émergent. Mais qu’attendez-vous pour nous fabriquer la première bombe nucléaire africaine ? Ca ne devrait pas coûter cher parce que c’est nous qui produisons l’uranium. Mais si je comprends bien, ce sommet s’est encore transformé en éternelle jérémiade africaine. Alors, c’est quoi les chemins catastrophiques que prendraient les différentes civilisations ! »

« Mais, tout de même, Faka Bilumba, l’Amérique n’est plus la plus riche des puissances, car c’est la Chine qui paie ses dettes. Quant à la Chine, qu’on ne veut plus ou qu’on ne peut plus qualifier de communiste, elle s’implante partout en douceur dans le monde, partout, Tiers-Monde et Occident. Je ne sais pas si moi, Karl Marx, je n’avais pas prédit avec mon camarade Engels, un certain stade suprême du communisme ! Je ne peux même plus pousser les prolétaires du monde entier à se réveiller car la révolution ne paie plus et ne fait plus rêver. »

« Enfin, j’ai entendu parler d’un contre-sommet qui se préparerait afin de souligner l’incongruité du futur 14 juillet à Paris où les chefs d’états africains viendraient le cinquantenaire de leur indépendance. Ca va se passer, semble-t-il, dans un village africain pauvre et représentatif des bienfaits des cinquante ans d’indépendance. Je sais pas encore où c’est, mais si vous avez l’info, faites circuler ! »

François Zo’omevele Effa
Journalducameroun.com)/n
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