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Les Camerounais sont complices du système Biya

Par Boris Bertolt

Le pouvoir de Paul Biya ne repose pas simplement sur son « pouvoir du décret », sa capacité à redistribuer la rente politique, la corruption ou encore les appuis diplomatiques. Il s’appuie fondamentalement sur un ensemble de ressources imagées et imaginaires au sein de la population qui permettent la perpétuation de manière consciente ou inconsciente du système. C’est-à-dire que s’appuyant sur la théorie de Simone de Beauvoir selon laquelle on ne naît pas femme on le devient, le régime de Paul Biya ne se perpétue que parce que les camerounais dans leur grande majorité y contribuent. Pourtant sont les principales victimes de l’aliénation. Ils n’ont pas d’eau, d’électricité, de soins de santé, de routes, d’universités, sont mal payés, clochardisés, paupérisés, mais vous disent en journée que tout va mal et dans la nuit autour d’une bière insultent le système. Le problème c’est donc le système.

Mais le système résiste parce que depuis la guerre d’indépendance de l’UPC, un ensemble de techniques de contrôle qui entre dans la criminalisation des luttes politiques ont été construites et entretenues. Des représentations du pouvoir ont été construites, la peur instituée. Y compris la peur du changement.

Dire que Paul Biya a amené le tribalisme au Cameroun ne résiste à aucune analyse sérieuse de l’histoire. Paul Biya n’a fait qu’instrumentaliser une donnée ancrée dans l’acte de naissance de ce fruit de l’imbécilité des portugais, allemands, français et britanniques qu’est le Cameroun. Les ethnies ont été construites par les colons afin de séparer les groupes et détruire le ferment d’unité culturelle pouvant constituer un facteur de résistance l’oppression. Par la suite, a été utilisé pour tuer la lutte de libération nationale.

Souvenez-vous des propos d’André Marie Mbida sur les Bassa, Lamberton sur les Bamilékés. Puis, s’est construite au fil des années des représentations autour du pouvoir selon lequel certaines tribus étaient aptes à gouverner, d’autres à faire le commerce. Là encore il s’agissait simplement de contrôler les dynamiques de pouvoir au sein de l’Etat postcolonial. En fait, ils ont été fracturés. Et aujourd’hui le paroxysme de cette fracture se matérialise autour du problème anglophone où certains dénient à leurs compatriotes leur  » nationalité ». On peut aujourd’hui aisément parler de l’effondrement du Nation (Si elle l’a été un jour. On pourrait encore en débattre).

Le Cameroun permet de comprendre comment la colonisation peut se poursuivre au 21ème siècle sans que cela ne puisse heurter quiconque. Car les colonisés sont devenus complices. Il n’y a pas et n’a jamais eu de complot contre le Cameroun, il y a une alliance entre les hommes politiques camerounais, les hommes politiques occidentaux et les hommes d’affaires camerounais et occidentaux, pour exploiter le peuple et les ressources comme les colons l’ont fait à l’époque coloniale. En fait la colonisation a pris une nouvelle forme. Elle n’est pas raciale, mais multiethnique. Une bourgeoisie compradore en coaction avec les milieux d’affaires et politiques étrangers oppriment impunément le peuple. La division des camerounais à tous les prix est leur bras armé.


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