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Les dérives de la diaspora camerounaise: Quand les groupements villageois défient le patriotisme.

Richard Gatchoko

Dans les plus larges débats autour de la problématique d’une diaspora consciente et participative aux changements en cours dans notre pays, la position de notre diaspora s’est toujours illustrée par une pluie de divergences à l’image des partis politiques qui poussent comme des champignons dans notre pays. La diaspora camerounaise a du mal à se faire entendre. Elle est surtout inexistante dans les actes créatifs de la construction de la nation, mais visible dans les discours des leaders politiques. Ce visage muet de la diaspora n’est pas digne de la fiabilité professionnelle, intellectuelle dont nous, membres de la diaspora, regorgeons. Cette manière de nous voir est une honte pour nous et pour notre nation car dans tous les Etats en voie de développement, la force d’une diaspora est incontournable. Mon analyse personnelle m’a conduit vers la recherche des fléaux qui fragilisent notre Diaspora. Le premier fléau qui me revient de plus en plus à l’idée est la concentration des communautés villageoises au détriment de la nation.

Diaspora camerounaise : villageoise ou patriote ?
Les associations des ressortissants Dschang, Bafang, Baganté, Batié et bien d’autres tribus ravissent la vedette à tout ce qui se dit association camerounaise. Le pays revient en second rang. Les associations des villages regorgent davantage de membres et deviennent plus importantes que l’association des camerounais de la ville. À Ludwigshafen (Allemagne) où je suis résidant, les associations fortes et concentrées sont des groupements villageois et amicaux. Elles mènent des luttes sans merci contre le regroupement général de leurs frères au sein de la communauté dite camerounaise. Cette communauté d’ailleurs et partout en Allemagne n’existe que lorsque les moments de malheurs ou de bonheur s’installent. Elle est muette sur des questions d’ordre moral, éthique et même humain. La faiblesse de notre diaspora vient du fait que les associations villageoises prennent de plus en plus d’ampleur au moment où la communauté camerounaise se dégrade davantage. À qui profite ce dérapage? Posez-vous même la question. Notre cour est véritablement aux alarmes des préjugés qui se dressent chaque jour devant nous pour nous empêcher d’aider notre patrie. Un peuple est sa patrie, le tribalisme est un fait médiocre qui non seulement éloigne le peuple des idées nobles de la nation mais aussi renferme des individus dans des boîtes aux idées limitées et aberrantes. Des dignes fils de notre Nation, détenteurs d’une très bonne formation intellectuelle, favorisent de nos jours le tribalisme au détriment du patriotisme qui est sans aucun doute le socle primordial du changement à opérer dans notre pays. La diaspora camerounaise a plus commenté par exemple l’affaire Gbagbo-Ouattara que celle du bébé volé de Vanessa Tchatchou. Elle a encore mille fois célébré l’installation d’un chef traditionnel dans un village que la fête de l’Unité. Ce qui est regrettable. Au moment où nos divergences culturelles devraient servir de base à la solidification de notre force patriotique, elles se trouvent malmenées à des fins purement égoïstes. « Avant de faire partie de l’association de ton village, tu devrais d’abord être membre de l’association des camerounais de ta ville », car lorsqu’on est à l’étranger, on est d’abord une Élite et un Ambassadeur pour sa patrie avant d’être un espoir pour sa tribu.

Associations camerounaises de la Diaspora : discorde et prévarication
Le deuxième fléau réside au sein des communautés camerounaises qui constituent souvent elles-mêmes des problèmes à l’épanouissement de leurs Membres. Les programmes de la plupart des associations camerounaises, surtout en Allemagne, se limitent à des activités de divertissement (organisation de tournois sportifs, défilés de mode, bal de fin d’année) et rien de plus. Les dirigeants, dans la majeure partie des cas, ronronnent à des fins personnelles autour du budget et des aides alloués par les bienfaiteurs. D’autres, dans la mesure du possible, font des problèmes personnels des frères de la communauté un carrefour de commentaires. Tout cela est symptomatique de malaise dans une communauté qui se revendique intellectuelle.
S’il y a une chose dont on ne doute pas, c’est la contribution de la diaspora camerounaise dans les forums à visage couvert. Tous veulent être président de la République. Tous veulent diriger le pays. Mais comment? posez-vous-même la question. Non, Non mes frères, Aucun changement n’interviendra sous cette forme. Le Cameroun ne gagnera en rien si nous continuons à nous éloigner de lui. On ne vous demandera jamais ce que vous avez fait pour votre village, on vous interrogera sur les nombreuses prouesses que vous avez réalisées pour votre patrie car votre village est une partie intégrante de votre patrie. Le mettre au-dessus de votre patrie serait vous éloigner du cadre positif qui caractérise notre « cogito ergo sum »
Donnons à la Diaspora une seule main patriote et changeons ensemble notre pays. Nous en sommes capables. Il suffit de rabaisser notre ego, notre tribalisme pour construire notre Nation, car notre pays reste l’un des plus précieux bien que la nature nous a légué et son avenir, et notre devenir en dépendent.

Richard Gatchoko Youaleu
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