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Les diasporas camerounaises et la mondialisation

« Il y n’a pas une diaspora camerounaise, mais des diasporas camerounaises »

Je sais qu’un certain nombre d’entre vous ont fait une lecture attentive et minutieuse de l’article «Migraines de la diaspora!» qui est paru dans le journal La Nouvelle expression du 23 août 2010. Les nombreuses réactions des internautes (193 réactions en date du 1er septembre 2010) témoignent de l’intérêt accordé à cet article. D’autres Camerounaises et d’autres Camerounais plus nombreux encore ont choisi de se «taire» pas parce qu’elles ou ils n’avaient rien à dire, bien au contraire.Je voudrais avec votre permission re-parcourir cet article avec vous pour savoir qui en est le récepteur ou qui en sont les récepteurs. J’interrogerai aussi la diaspora ou plutôt les diasporas sur le rôle qu’elles peuvent jouer dans un monde globalisé. Mais avant toute chose, je voudrais d’abord définir succinctement ce terme, puis relever et discuter trois idées de cet article. Ce choix est dicté par l’espace de cette modeste contribution au débat.

La diaspora, terme botanique signifiait dispersion des graines. Du grec ancien Î´Î¹Î±Ï Ï€Î¿Ï Î¬ (diasporá, «dispersion») construit avec le préfixe διά, dia- et Ï Ï€Î¿Ï Î¬, (sporá, «ensemencement») issu du verbe Ï Ï€ÎµÎ¯Ï Ï (speíro, «semer») qui a aussi donné «spore» en français. On pourrait donc retenir de l’idée de diaspora, celles de dispersion et d’ensemencement. De par cette dispersion les diasporas comme les graines se sont constituées en multipolarité en fonction de plusieurs facteurs. J’y reviens dans la suite de mon propos. Dès son origine, le mot diaspora signifiait ensemencement, dispersion. Pris dans un contexte général, le mot diaspora est problématique et difficile à cerner. C’est pourquoi je soutiens au regard des idées développées dans cet article qu’il n’y a pas une diaspora au Cameroun, mais des diasporas. La justification est contenue dans l’article: «Camdiac, Code, CDD. «Ils ont l’impatience de ceux qui voient que leur temps est passé et qu’il leur sera difficile de prétendre gouverner le Kamerun, à l’âge de soixante ans.. Ceux qui manifestent un discours prompt à nier le travail des acteurs politiques sur le terrain, en se posant comme les sauveurs du combat révolutionnaire.Mais de ce groupe qui s’autoproclame diaspora, comme un parti politique engagé dans un projet collectif et de société . On pourrait reprendre un à un chacun de ces leaders d’opinion, et retracer leur trajectoire en politique. Leur implication dans les luttes sociales de ces dernières années et ce qui pourrait être mis sur leur actif, au sens des avancées.». Il est désormais clair à mon sens que c’est de la diaspora politique dont il est question dans un premier temps.

Mais force est de reconnaître qu’une allusion est faite aussi à une deuxième frange de la diaspora constituée de «ceux qui finalement ont choisi d’y fonder une famille, de faire carrière et qui vers la retraite se décident à revenir en s’étonnant que le pays n’ait rien prévu pour eux». Ces deux premières catégories des diasporas sont constituées «des « has been » ? Dont le palmarès politique, en termes d’efficacité n’est pas très reluisant ?». Il est donc clair que la diaspora dont il est question ici, est la diaspora politique. C’est donc à tort que d’autres composantes de la diaspora se sont senties visées? Mais là où le texte devient flou et peut-être volontairement équivoque, c’est lorsqu’il fait allusion à certaines actions: «Beaucoup sont implantés et comme ils disent souvent ont fondé une famille, acheté une maison n’attendant plus que leur retraite pour rentrer au pays en préparant le retour par des incursions régulières d’affaires et des projets de « co-développement », jetant ici et là, des ponts, construisant quatre puits ici, deux maisons en carabote là-bas et un pont de pierre plus loin. Puis elle retourne là-bas, devient aphone à force de crier des slogans prophétiques et des incantations pathétiques, accumulant des formules toutes faites.» Au terme d’une relecture de cet article, il apparaît que malgré le distinguo que veut opérer le texte; il amalgame et loge toutes les diasporas à la même enseigne.

Les critiques adressées aux actions des diasporas camerounaises me permettent d’affirmer qu’il y n’a pas une diaspora camerounaise, mais des diasporas camerounaises dont les actions à la construction du chantier national dépendent de plusieurs paramètres. À mon sens, les diasporas camerounaises comprennent aussi bien des hommes, des femmes d’affaires, des intellectuelles et des intellectuels, des étudiantes et des étudiants, des lettré-es et des moins lettré-es, les partisans et les militants de plusieurs partis qui ont pignon sur rue au Cameroun… Bref, les diasporas camerounaises sont composites voire hétéroclites. Elles dépendent ou se justifient par les raisons pour lesquelles ces Camerounaises et ces Camerounais se retrouvent en dehors du triangle national. Certaines Camerounaises et certains Camerounais sont sorti-es pour raisons politiques, économiques, d’autres pour des raisons sociales ou pour des études, d’autres encore pour des raisons que nous pouvons étaler ici. Car cela relève de la vie privée des uns, unes et autres. Mais pourquoi ne pas le dire pour la feymania, chercher qui une femme, qui mari ou pour exercer le plus vieux métier du monde.Il va de soi que pour toutes ces raisons, on ne saurait parler d’une diaspora camerounaise. Compte tenu de ce qui précède, ces différentes diasporas ne peuvent pas percevoir le Cameroun tel qu’il est, mais telles qu’elles sont composées. Car le Cameroun est une intentionnalité pour parler comme les philosophes. Il faudrait prendre en compte cette diversité de la diaspora camerounaise lorsqu’il s’agit d’analyser l’apport de la contribution des Camerounaises et des Camerounais à l’ uvre d’édification du Cameroun.

Sans vouloir jeter du discrédit aux différents apports ou contributions des Camerounaises et des Camerounais de l’étranger n’ayant pas la même vision du Cameroun; leurs différents apports sont aussi fonction de l’importance qu’ils ou elles accordent à ce pays. Peut-on demander à un ancien boursier ou à une ancienne boursière de l’État camerounais désormais installé (-e) en Europe, en Amérique ou ailleurs dans le monde d’avoir le même attachement au Cameroun qu’un compatriote qui n’a jamais bénéficié du même soutien? Peut-on demander à une Camerounaise ou à un Camerounais à qui on n’a jamais ou presque pas parlé du Cameroun d’avoir des frissons lorsque retentit l’Ô Cameroun berceau de nos ancêtres? Bien plus, tous les membres et tous les membres des diasporas camerounaises ne gagnent pas les mêmes salaires et ne sauraient donc pas être logés à la même enseigne lors qu’il s’agit de parler de leur apport au développement du Cameroun. Toutes les Camerounaises et tous les Camerounais de l’étranger sont loin d’avoir le même caractère, comme d’ailleurs ceux restés au pays.Mais chacune et chacun, en fonction de l’importance sa fortune, de ses capacités intellectuelles, matérielles, financières et de ces réseaux apporte au Cameroun ce qu’il a de meilleur, sa substantifique moelle. À l’image des abeilles dans une ruche chaque membre des diasporas apporte ou apportera au le chantier de l’édification du Cameroun ce qu’il ou qu’elle a de meilleur.

Le Cameroun grâce aux membres de ses différentes diasporas a et aura ses butineuses, ses soldats, ses faux bourdons comme le Cameroun de l’intérieur. Comme dans une ruche chaque abeille joue sa tâche, chaque composante des diasporas camerounaises doit jouer à fond la caisse sa partition pour l’édification du Grand Cameroun. C’est pourquoi nous devons méditer ces deux vers d’Alfred de Vigny dans le poème «La Mort du loup»:


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Hélas! Ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes, Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes! Avant de terminer, je voudrais revenir sur ces trois idées contenues dans l’article de La Nouvelle Expression du 23 août 2010. (1) l’agitation fébrile qui anime certains de nos compatriotes à l’étranger à travers les acronymes : Camdiac, Code, CDD, (2) revendication d’un statut spécial et nouvelles catégories de privilégiés, (3) le décollage économique du Cameroun par les membres des diasporas.

Certaines Camerounaises et Camerounais de l’intérieur et de l’extérieur n’ont toujours pas encore intégré une vérité toute simple et triviale, chaque Camerounaise ou Camerounais est libre de choisir et de développer sa pensée. L’intégrer c’est passer à une autre étape de l’intégration nationale. Refuser de l’accepter ou de l’admettre, c’est se mentir à soi. C’est certainement ce qui fait dire ou qualifier : « [d’] agitation fébrile qui anime certains de nos compatriotes à l’étranger. ». Le dire c’est prendre position dans un débat à l’issue incertaine. Car cette posture exacerbe les passions au lieu de les atténuer. Les Camerounaises et les Camerounais du triangle national et de l’étranger ne sont pas deux entités qui s’opposent. Ils sont les deux faces de Janus. Leurs différentes actions positives sont des forces qui concourent à la recherche de l’amélioration de leurs conditions de vie personnelles et celles de leurs compatriotes restés au pays. C’est, sauf à être démenti, leur désir, leur amour du Cameroun, leur patriotisme à bâtir le Grand Cameroun qui les pousse à agir avec plus de courage à la place publique, tandis que d’autres Camerounaises et d’autres Camerounais plus discrètes et plus discrets, dans l’ombre uvrent aussi avec amour et zèle pour le rayonnement du même Grand Cameroun. Seules les méthodes, les démarches, les théories, les idéologies et les École de pensée des uns, des unes et des autres diffèrent. Mais la finalité demeure la même : le devenir du Grand Cameroun, honoré et respecté. Pour l’avenir du Cameroun, de grâce évitons l’invective, la stigmatisation et l’amalgame. Discernons. Débattons. Recherchons le consensus. Soyons tempérantes et tempérants. Dans nos propos et nos comportements, évitons l’invective et la calomnie. Combattons nos ressentiments d’hier et d’aujourd’hui pour le Cameroun de demain soit meilleur. Il est vrai que lorsqu’il s’agit de postes, les hommes deviennent pervers, mais de grâce, pour l’amour du Cameroun, imposons de la retenue et de la tenue.

Les diasporas et Mondialisation
Je me souviens encore comme si c’était hier des propos de M. Yang Philémon – alors Haut Commissaire du Cameroun à Ottawa – lors de sa dernière visite à la communauté camerounaise de Québec dans une salle du pavillon De Koninck de l’Université Laval: «Chers compatriotes disait-il, ne croyez pas que nous ne serons et vous ne serez utiles à votre pays qu’en travaillant au Cameroun.». Je fais totalement miens ces propos du Premier Ministre. Le pays dont la capitale économique se fait appeler, Cameroontown, à l’ère de la mondialisation doit s’organiser pour tirer profit de sa diaspora! Plusieurs données structurantes militent dans ce sens! Ce n’est pas un simple slogan. C’est une réalité désormais incontournable.

Selon Jacques Attali dans le livre collectif Le sens des choses (Éditions Robert Laffont, 2009), nous prévient : «avec l’extraordinaire développement des moyens de communication et de la liberté, il est presque certain qu’au moins un milliard de gens, dans trente ans, vivront dans un autre pays que celui où ils sont nés». On voit bien qu’au siècle du téléphone portable – selon Xavier Colin, animateur de l’émission Géopolis, il y aurait un peu plus de 4 milliards de mobiles dans le monde (émission du 28 septembre 2009) – et de l’Internet, le nomadisme sera une caractéristique essentielle de la société humaine. Comment les nations, les États et singulièrement le Cameroun devra-t-il en profiter?

Pour ma part, je pense que notre pays devra dans un premier temps se saisir de cette réalité et ensuite collaborer avec ses diasporas, pour déterminer la meilleure façon d’effectuer des transferts d’argent, de savoir,. et d’effectuer des investissements davantage structurants. Je dois dire au vrai, que c’est un mouvement – espérons que le contexte pré-électoral n’y est pour rien – qui semble commencer à émerger. En témoigne la récente cet article de Pierre Célestin Atangana qui est paru dans Mutations. «Les suites du forum organisé par le gouvernement à l’intention des membres de l’élite camerounaise résidant à l’étranger, s’annoncent profitables pour les deux parties. Prenant le relais des échanges et des débats qui ont marqué la grand-messe du 13 août à Yaoundé, Henri Eyebe Ayissi, ministre des Relations extérieures (Minrex), s’est concerté avec trois éminents membres de la diaspora camerounaise en Europe et aux États-Unis. Jacques Bonjawo, ancien de Microsoft, Séverin Kezeu opérateur camerounais résident en France, et Ariel Ngietedem, enseignant aux États-Unis, ont discuté des acquis et des perspectives du forum de la diaspora avec le Minrex.».

Le capital intellectuel, financier, managérial et simplement l’envie de servir le Cameroun des ces personnes ne doivent-ils pas pris en compte dans la construction du Grand Cameroun? Alors que nous nous aurons de plus en plus de diasporés de ce niveau, n’est-il pas venu le temps d’imaginer comment les faire contribuer à l’avènement d’un Cameroun émergent?


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