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Les Nations unies et la France nous doivent la vérité pour la justice au Kamerun

Par Le Collectif Mémoire 60

Déclaration du Collectif Mémoire 60 au sujet des déclarations du président Hollande
Nous, membres du «Collectif Mémoire 60», prenons acte du courage politique et de l’honnêteté du président François Hollande, exprimés ce 3 juillet 2015 à l’occasion de sa visite au Kamerun, car après de multiples dénis de ses prédécesseurs, il est le premier chef d’Etat français depuis l’installation de la Ve République, à reconnaitre les massacres politiques perpétrés par l’Etat français au Kamerun lors de notre quête de l’unification et de l’indépendance totale. Il est heureux qu’aujourd’hui, la France entame le chemin qui lui permettra de regarder en face les Nationalistes kamerunais qui ont toujours assumé avec dignité et courage leurs responsabilités de Combattants révolutionnaires et leurs devoirs vis-à-vis de leur pays.

Au fait que s’est-il passé? L’Union des Populations du Cameroun (Upc), le premier parti politique au Cameroun créé le 10 avril 1948 à Douala revendiquait l’unification et l’indépendance. La France, puissance tutrice du Cameroun qui devait accompagner notre pays vers sa souveraineté nationale et internationale refusa de négocier ce passage avec l’Upc, qui fut taxée d’organisation «communiste». Afin d’installer le néocolonialisme au Kamerun, l’Etat français choisit d’écarter brutalement l’Upc de la scène politique nationale en perpétrant les mémorables massacres de Mai 1955. L’Upc interdite dès juillet 1955, ses militantes et militants pourchassés, subiront une répression sanglante et féroce. Dès lors l’Upc se sentit obligée, dans l’impréparation totale, de revendiquer l’unification et l’indépendance totale du Kamerun, les armes à la main. Même dans les maquis, Um Nyobé le leader de l’Upc, ne cessa d’appeler la France à la paix et aux négociations.

Les Nations unies demeurèrent tout autant silencieuses aux appels pacifistes des nationalistes. La France refusa tous ces appels allant jusqu’à assassiner Um Nyobè le 13 septembre 1958 à Boumnyebel. D’autres assassinats politiques de leaders kamerunais suivront. Notamment, Félix Moumié mourut, empoisonné au thallium à Genève en Suisse le 03 novembre 1960 par un agent de la «Main Rouge», organisation mafieuse émanant des services secrets français.

Ainsi, dans le souci de briser radicalement le Mouvement nationaliste kamerunais, la France plus tard, sous le couvert d’Ahmadou Ahidjo, pourchassa et tua des milliers de militantes et militants, de combattantes et combattants nationalistes dans les maquis, les villages et les villes du Kamerun de mai 1955 jusqu’aux premières années post-indépendance. Durant cette entreprise-obsession macabre anti-nationaliste abusivement baptisée «anti-communiste», la France confisqua plusieurs documents de cette période de notre pays, qui doivent aider à former aujourd’hui notre Mémoire historique, dont la fameuse serviette blanche d’Um Nyobe. Tout cela engendra un Contentieux historique entre la France et le Kamerun.

Cependant et indubitablement, la reconnaissance par le président François Hollande, d’une (répression) guerre injuste au Kamerun contre les indépendantistes, clôt définitivement le faux débat, de savoir qui était pour l’indépendance et qui était contre. En conséquence, d’autres qualificatifs collés aux nationalistes Kamerunais deviennent dorénavant insensés et caduques.

Fort de cela, le Collectif Mémoire 60 assure l’Etat français de sa disponibilité patriotique à uvrer à l’avancement de cette heureuse et nouvelle donne. Naturellement et avec d’autres compatriotes, nous l’encourageons vivement à poursuivre, dans les meilleures formes et les meilleurs délais le règlement de ce Contentieux historique entre la France et les patriotes kamerunais.

Le Collectif Mémoire 60 appelle donc les gouvernements français et kamerunais ainsi que les Nations unies:
. à la déclassification totale des archives liées à la période de lutte (de 1955 aux années 1970) en vue de connaître toute la vérité sur le rôle des personnes et des institutions intervenant dans la guerre d’indépendance et notamment l’assassinat de Ruben Um Nyobe, père de la nation;
.à la mise sur pied d’une commission mixte d’Etat franco-kamerunaise, d’historiens et chercheurs et des patriotes de divers horizons afin de faire un état des lieux (nombre de morts, liste des opérations, recensement des combattants nationalistes, etc.) de la période en question.

Le Collectif Mémoire 60 invite également les Kamerunais, les Africains et toute personne de bonne foi à se pencher sur cette question au c ur des luttes d’émancipation en Afrique et inscrite au patrimoine de l’Humanité du mouvement mondial pour la justice et la liberté.

Ont signé:
Ekambi Dibonguè David, président, ancien détenu politique à Tcholliré
Nono Théophile, secrétaire général.


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