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Les promesses de lutte contre le plomb arrivent trop tard pour les victimes

Frissonnant sous le chaud soleil kĂ©nyan, Irene Akinyi Odinga, atteinte de saturnisme, n’a pas d’argent pour se soigner. Pour elle comme tant d’autres, l’engagement de l’ONU Ă  lutter contre l’intoxication au plomb arrive trop tard.

« Je me sens trĂšs mal », lĂąche la jeune femme de 25 ans, en marge d’une confĂ©rence de l’ONU sur la pollution Ă  Nairobi. « J’ai des migraines continuelles. Je ne peux pas marcher sur de longues distances, je ne peux mĂȘme pas cuisiner pour mes enfants ».

Cette mĂšre de deux enfants fait partie des dizaines d’habitants du bidonville de Owino Uhuru prĂšs de Monbassa, qui disent avoir Ă©tĂ© empoisonnĂ©s par une usine recyclant des batteries au plomb utilisĂ©es dans les voitures.

« Mon pĂšre, mon frĂšre, mon mari travaillaient tous dans la fonderie. Je lavais leurs vĂȘtements », explique-t-elle, estimant avoir Ă©tĂ© intoxiquĂ©e de cette façon.

L’AssemblĂ©e des Nations unies pour l’environnement rĂ©unie cette semaine Ă  Nairobi s’est penchĂ©e sur l’ampleur de la pollution au plomb, danger qui touche particuliĂšrement les pays les plus pauvres.

« L’exposition au plomb, notamment la peinture au plomb et les batteries au plomb usagĂ©es, peut provoquer des dommages graves tout au long de la vie, surtout chez les enfants, comme des pertes de QI et des problĂšmes de comportement », dĂ©clare la rĂ©solution adoptĂ©e mercredi par les ministres de l’Environnement.

– Un demi-million de morts par an –

« L’exposition des femmes enceintes Ă  des hauts niveaux de plomb peut provoquer des fausse couches, des bĂ©bĂ©s morts-nĂ©s et des malformations », ajoute le texte, assurant d’une « forte dĂ©termination » pour rĂ©duire l’exposition Ă  ce mĂ©tal toxique.

Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la SantĂ©, le plomb est responsable de prĂšs d’un demi-million de morts chaque annĂ©e.

Phyllis Omido a travaillĂ© Ă  l’usine de Owino Uhuru il y a environ sept ans. Sans solution de garde pour son fils qu’elle allaitait, elle l’amenait avec elle. AprĂšs deux mois, Kingdavid Jeremiah Indiatsi est tombĂ© malade.

« Mon fils Ă©tait un bĂ©bĂ© facile dĂšs la naissance (…) Mais subitement, il pleurait toute la nuit », raconte-t-elle. FiĂšvres, diarrhĂ©es, incapacitĂ© Ă  manger… « Il s’est dĂ©shydratĂ©. Il Ă©tait gravement anĂ©mique ».


AprĂšs des mois d’allers-retours Ă  l’hĂŽpital et de tests, le diagnostic tombe: saturnisme.

Omido s’est alors lancĂ©e dans une campagne pour obtenir la clĂŽture de l’usine et le nettoyage du site qui a finalement fermĂ© en 2014. Trop tard pour de nombreux membres de cette communautĂ© de 3.000 personnes.

Plus de 150 d’entre eux et 22 ouvriers de la fonderie ont Ă©tĂ© testĂ©s positifs au plomb jusqu’Ă  prĂ©sent, assure la militante qui assistait Ă  l’AssemblĂ©e de l’ONU en tant que dĂ©lĂ©guĂ©e. Des dizaines sont morts, dont des bĂ©bĂ©s.

– ‘Ca me brise le coeur’ –

Sans accĂšs Ă  la chĂ©lation, technique pour Ă©liminer ce mĂ©tal du corps, l’intoxication de Kingdavid a malgrĂ© tout Ă©tĂ© rĂ©duite par un traitement au calcium et au zinc, explique sa mĂšre, qui craint pour l’avenir du garçon.

« Les mĂ©decins m’ont conseillĂ© de lui faire passer un test de QI (…). Mais je ne l’ai pas fait pour l’instant, parce que ça me brise le coeur et j’ai peur que si on lui dit +cette chose a affectĂ© ton QI+ il se sente infĂ©rieur aux autres enfants ».

« Il a plein d’amis, mais on peut voir une diffĂ©rence Ă©vidente. Il ne rĂ©agit pas aussi vite que les autres enfants et (…) il ne peut pas se concentrer trĂšs longtemps », poursuit-elle.

Phyllis Omido s’inquiĂšte aussi pour son amie Irene Akinyi Odinga, qu’elle a fait venir Ă  l’AssemblĂ©e pour raconter sa bataille contre la maladie.

« Je suis trĂšs surprise et reconnaissante envers Dieu qu’Irene soit encore en vie (…). Mais j’ai peur que si nous ne faisons rien, elle meure aussi. Elle a besoin d’une chĂ©lation », insiste la militante qui a reçu le prix Goldman pour l’environnement.

De tous les salariĂ©s de l’usine testĂ©s, Omido est la seule avec un niveau de plomb relativement bas. « J’imagine que c’est parce que je travaillais dans les bureaux et pas dans la fonderie. La plupart de ceux qui sont morts travaillaient directement dans la fonderie. »

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