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Les urgentistes de l’économie africaine

L’Afrique a attendu 50 ans pour atteindre sa puberté économique. Aujourd’hui, ses gardiens ont les racines africaines, la rigueur allemande, le soft power étasunien

L’Afrique a attendu 50 ans pour atteindre sa puberté économique. Aujourd’hui, ses gardiens ont les racines africaines, la rigueur allemande, le soft power étasunien et la puissance de travail des ouvriers chinois. Ils ne traitent que l’urgence.

Une demi-douzaine d’années de sensibilisation intensive, adossée à d’intéressants chiffres de la croissance, ont permis de tourner les radars des décideurs économiques mondiaux vers l’Afrique. Ce ne fut facile tant les perceptions ont la peau dure. La dernière conférence annuelle de Bank of America-Merrill Lynch, le 28 janvier à Paris, n’a pas cité une seule fois l’Afrique… Mais les analystes ne marqueront pas de temps d’arrêt pour digérer ces premiers résultats, car un phénomène se fait jour : l’entrée en scène de nouveaux « spécialistes des marchés africains ».

Les nouveaux experts de l’Afrique
Des stratèges aux rapaces, en passant par les bras cassés, et ceux qui ont échoué en Asie, en Amérique et en Europe. ils sont nombreux à se ruer sur l’Afrique, « continent de tous les possibles », « nouvelle frontière de la croissance mondiale », « marché vierge», etc. Ces nouveaux « experts de l’Afrique » vous accompagnent sur le continent, depuis leur smart phone, grâce au génie de Google Actualité, au grand désarroi de leurs clients. Mais pour combien de temps ? « Le mensonge donne des fleurs, mais pas des fruits », prévient la sagesse africaine.

50 ans pour atteindre la puberté
L’Afrique a attendu cinquante ans pour atteindre sa puberté économique. On ne traverse pas plusieurs décennies d’esclavage pour se faire avaler par des opportunistes à la petite semaine. C’est principalement pour cette raison qu’une certaine Afrique restera dangereuse pour les personnes physiques et morales qui estiment qu’il faut puiser en Afrique parce que la corde est au puits… La dure réalité du terrain, ou plutôt la destruction créatrice de Schumpeter, à la sauce malawite, leur rappellera toujours que « celui qui désire la pluie doit aussi accepter la boue ».

Ils ne traitent que l’urgence
Aujourd’hui, les gardiens de l’économie africaine existent. 7j/7, ils répondent aux demandes de notes de conjoncture, d’études de marché, de due diligence, de recherche de partenariats ou de lobbying international. A quoi les reconnait-on ? Ils ont les racines africaines, la rigueur allemande, le soft power étasunien et la puissance de travail des ouvriers chinois. Ils ne traitent que l’urgence. Ils ont uvré pour que l’Afrique soit aujourd’hui le centre des attentions mondiales. «Si tu vois une tortue posée sur un mur, c’est qu’on l’a posée là», disent-ils.

N’allez pas les distraire
Leur capacité à traiter efficacement les dossiers africains n’attire pas que les clients sérieux. Elle attise aussi la convoitise des nouveaux « experts » cités plus haut. Mais «Si tu lèches la langue du lion, il te dévore», avertissent les Massaï. En français facile, on paraphrasera l’avertissement du professeur Ababacar Mbengue, Ancien de HEC Paris et Agrégé en sciences de gestion, dans son propos du 1er mars 2014 : « ne venez pas nous distraire. Malgré l’humilité, il y a ici des experts pointus et reconnus, chacun dans son domaine. On ne nous la raconte pas. »


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