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Lesbos, l’île aux migrants, veut reconstruire son tourisme

Première porte d’entrée migratoire en Europe en 2015, l’île grecque de Lesbos est devenue plus connue pour son camp surpeuplé et ses plages jonchées de gilets de sauvetage que pour ses eaux turquoises. Au grand dam de ses habitants qui rêvent de voir revenir les touristes.

L’île proche de la Turquie a accueilli plus d’un demi-million de migrants au pic de la crise. Les touristes choqués par les images de naufrages et de corps échoués sur les côtes se sont massivement détournés de Lesbos, lui préférant les îles égéennes et cycladiques voisines.

« 2015 était une très bonne année pour le tourisme et puis, soudain, ils ont commencé à arriver », se rappelle Maria Dimitriou, commerçante à Molyvos, un village médiéval du nord de Lesbos où convergeaient nombre d’embarcations chargées d’exilés.

« Ils ont commencé à arriver à la mi-juillet, les hôtels étaient pleins de touristes, il y avait des réfugiés partout, et puis le tourisme s’est arrêté », explique-t-elle à l’AFP.

Sur le port de ce village coquet, des enfants inanimés et des dizaines de rescapés d’un naufrage avaient été ramenés en octobre 2015, se souvient un photographe de l’AFP.

« Nous ne voulons pas nous remémorer les mauvaises images mais seulement la beauté de l’île », souligne Vangelis Mirsinias, président de la chambre de commerce de Lesbos. Les touristes « n’ont pas cessé de venir à cause de la vague (de migrants) mais à cause d’une mauvaise image, qui est complètement injuste », fustige-t-il.

Et d’insister sur les trésors de l’île: ses vertes oliveraies, sa forêt pétrifiée, monument naturel protégé, ses villages pittoresques, la forteresse médiévale de Molyvos, la plage d’Eressos très prisée des homosexuelles en mémoire de la poétesse antique Sappho ou encore l’ouzo de Plomari…

De fait, après une chute vertigineuse (-60% en 2016, à 32.000 visiteurs), le tourisme montre des signes de reprise. « Depuis 2018, nous assistons à une remontée progressive, les gens ont vu la beauté (de l’île), ils devraient revenir », estime le maire sortant de Lesbos, Spiros Gallinos.

– Timide reprise des croisières –

Mais à quelque 63.000 visiteurs en 2018, la fréquentation touristique ne retrouve pas son niveau de 2015 (de 75.000 visiteurs) et reste en majorité grecque et turque.

Et si les charters recommencent à relier Lesbos aux grands aéroports européens, le retour des croisières demeure timide: seules huit devraient y faire escale cette année, contre 94 en 2011 (mais une seule l’an dernier).

« Nous avions des clients hollandais avant 2015 et ils nous ont dit que ce n’était plus possible de venir, ils ne se sentaient pas de voir toute cette misère », raconte Paris Laoumis, qui a activement participé aux sauvetages de migrants depuis sa petite taverne au bord de la plage à Skala Sykamnias.

« Les gens ne veulent pas se baigner où d’autres se sont noyés », tente d’expliquer Vato, une mère de famille de Mytilène, le chef-lieu de l’île. Et puis « il y a toujours beaucoup de stress autour du camp (de Moria) avec la prostitution, la drogue, les vols », ajoute cette bénévole qui aide les enfants migrants.

Les habitants de Lesbos « en ont marre, surtout ceux qui ont des commerces, car les touristes ne viennent pas », dit-elle, « les gens sont en colère contre le gouvernement et l’Europe, on nous avait dit, ne vous inquiétez pas, les camps ne dureront pas ».

Mais avec encore plus de 4.000 personnes, le camp de Moria reste le plus important d’Europe. Au total quelque 6.000 migrants sont confinés sur l’île en raison d’un accord UE-Turquie qui prévoit de les retenir le temps d’instruire leur demande d’asile.

Et si toutes les plages de l’île ont été nettoyées, au creux des collines verdoyantes, subsistent des stigmates de la vague migratoire: une décharge géante de vieux gilets de sauvetage.

– Aide de l’UE ?-

« Le problème, c’est l’image que les réfugiés ont donnée à cette île. Les dégâts viennent des médias, et le tourisme en pâtit », fulmine Michalis Michilakellis, qui a vu son chiffre d’affaires divisé par trois dans sa boutique de souvenirs de Mytilène.

« L’argent va aux nouveaux business, pas à nous », se plaint-il. L’aéroport sera agrandi, de nouveaux hôtels vont fleurir ainsi qu’un « glamping », sorte de camping de luxe, qui doit ouvrir l’an prochain à l’ouest de Lesbos.

« Nous avons besoin d’aide de l’Europe, la crise migratoire a affecté le tourisme au moment où les gens à Lesbos tentaient de développer ce secteur », observe Lena Altinoglou, qui a ouvert un restaurant pour faire travailler les migrants.

Pour Vangelis Mirsinias, « l’économie paye toujours l’impact de la crise, tandis que les passeurs continuent d’envoyer des (migrants) par mauvais temps ».

En compensation, le président de la chambre de commerce demande aussi une aide de l’Europe, estimant à « un demi-million d’euros » la somme nécessaire « pour changer l’image » de Lesbos, à travers une campagne publicitaire destinée à faire revenir les touristes du nord de l’Europe.

« Il nous faudra du temps et de l’argent pour changer cette image », soupire-t-il.

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