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L’Etat camerounais a-t-il démissionné devant ses jeunes?

Cinquante ans après l’indépendance, le concept de «jeunesse fer de lance de lance de la nation» est devenu un slogan; pourtant les jeunes veulent y croire

44 après, une situation préoccupante
De nombreuses expertises s’accordent à dire, que la situation des jeunes demeure un réel problème pour toutes les perspectives de développement proposées par le gouvernement camerounais. L’instauration d’une fête nationale de la jeunesse en 1966 avait été justifiée par le besoin de célébrer cet important instrument de développement. 44 ans après, une bonne partie des jeunes est inquiète. Le gouvernement a pris une série de mesures ces dernières années. Création d’un ministère de la jeunesse, d’un autre en charge de l’emploi et de la formation professionnelle, d’un Conseil National de la Jeunesses, le renforcement des budgets dans les ministères en charge ses enseignements de base et les enseignements secondaires, l’instauration de la gratuité de l’école primaire, la mise sur pied de quelques projets en faveur des jeunes. Ces quelques mesures sont constamment reprises par le président de la république, dans son traditionnel discours à la jeunesse. Les chiffrent restent constants cependant, face à ces réalisations la réalité est toute autre. Mortalité infantile, travail des enfants, avenir incertain, absence d’idéal, perte d’identité culturelle et personnelle, SIDA, chômage demeurent des problèmes de tous les jours pour les jeunes.

Chômage: le problème constant
Les dernières décennies ont été marquées par une augmentation significative du nombre de jeunes de 15 à 35 ans au Cameroun. Selon la deuxième enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM II), cette tranche d’âge représente 30,3% de la population totale du Cameroun, soit environ 4 689 505 individus pour une population totale estimée à 15,5 millions. Selon la même source, 47,2% de cette population vit en zone urbaine contre 52,8% en zone rurale. D’une manière générale, cette jeunesse est particulièrement touchée par la pauvreté. À l’échelle nationale, en référence aux données d’ECAM II, ce sont 36,68% de l’effectif global des 15-30 ans qui en souffrent. Les jeunes sont la catégorie sociale la plus touchée par le chômage. Ce taux de chômage, notamment dans les villes, résulte non seulement de l’exode rural, mais aussi de la réduction des offres d’emplois dans le secteur moderne alors qu’on assiste, avec la démographie galopante, à une forte offre de main d’ uvre plus ou moins qualifiée. Selon des observateurs avertis, cette situation traduit l’étroitesse des capacités d’embauche des secteurs public et privé. Elle marque également les insuffisances du dispositif actuel d’insertion socio-économique des jeunes à travers l’absence de mécanismes appropriés et intégraux de promotion de l’auto-emploi en faveur des jeunes.

La plus petite jeunesse déjà exposée
Pour une autre catégorie de jeunes, la prise de conscience des difficultés de la vie arrive parfois trop tôt. Dans un rapport rendu par l’Institut National de la Statistique (INS) au Cameroun, on a appris au début du mois de février qu’environ 28% des enfants camerounais, soit 1,6 million de mineurs de 5 à 17 ans, sont soumis au travail interdit. L’enquête effectuée sur l’ensemble du territoire entre septembre et décembre 2007 donne des précisions inquiétantes. En tout, «le travail des enfants concerne 41% des enfants de 5 à 17 ans», soit plus de 2,4 millions d’enfants, révèle l’enquête, mais tous ne sont pas soumis à un travail interdit. Au Cameroun, l’âge minimum à l’embauche est de 14 ans. L’essentiel des enfants qui travaillent n’est pas rémunéré. La gratuité des enseignements de base promulguée par le chef de l’Etat se heurte à d’autres préoccupations (frais associatifs, coût élevé du matériel scolaire). Dans le nord du Cameroun par exemple, la scolarisation de la jeune fille reste une préoccupation constante. Lors de son voyage au Cameroun l’actrice américaine Mia Farrow, ambassadrice de l’UNICEF, a souligné l’importance de la malnutrition des enfants dans cette région, principalement au sein de nombreuses populations réfugiées. Enfin, le principe international qui classe dans la catégorie d’enfance les individus de 0 à 18 ans est très relativisé dans les campagnes camerounaises. De nombreux jeunes, entre 15 t 18 ans sont parfois incités à travailler pour subvenir aux besoins des familles et pour les filles la réalité est plus brutale, avec les mariages forcés et parfois un proxénétisme de fait.

Un nuage épais sur l’avenir
Le gouvernement pour l’avenir semble n’avoir toujours pas compris les enjeux en présence. Début 2010, il a adopté un nouveau document cadre pour l’économie. Un document qui lui-même rentre dans une stratégie globale dont les résultats seront effectifs en 2035. Alors les jeunes se demandent aujourd’hui s’ils pourront accorder ce nouveau délai à un régime qui en 28 ans n’a trouvé pour eux aucune solution. «Pour relever ce défi, les autorités entendent jouer pleinement leur rôle tout en comptant sur le dynamisme du secteur privé, l’implication de la société civile, la mobilisation des populations et l’appui des partenaires économiques, techniques et financiers» a déclaré Paul Biya, commentant ce nouveau projet. Aucune invitation de la jeunesse à laquelle on promet des emplois sans dire comment, ni expliquer pourquoi le document promet la création de centaines de milliers d’emplois, sans préciser pourquoi aucun plan d’augmentation d’offre de formation supérieure approprié n’a été annoncé.

Images d’illustration
www.integration-centralafrica.info)/n


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