Opinions › Tribune

Lettre aux artistes camerounais

Par Hector Flandrin Nombo, Chroniqueur

«2015» frappe à la porte du grand Nord habillée en couleur rouge vif du sang de pauvres innocents qui n’ont jamais demandé à naître mais qui soudain, deviennent la cible de la maladresse de quelques meurtriers. Le sang coule et Satan, le malin, sourit. Les munitions noir†sombre transpercent les chairs, la mélancolie colonise les c urs, les enfants regardent papa, chevalier du Bataillon d’intervention rapide (Bir), soldat martyrisé en guerre, qui ne reviendra plus, sinon dans un linceul estampillé vert†rouge†jaune pour retourner poussière.

Et lorsque les bruits sinistres des kalachnikovs rugissent dans le grand Nord, les compatriotes du grand Sud jouent parfois au sourd†muet. Qui sont ces concitoyens insensibles et glaciaux aux cris de larme de leurs compatriotes qui gémissent le châtiment satanique? Qui sont ces Africains qui soudain,deviennent «Charly» pour une douzaine de morts de l’outre†mer mais qui sont non†voyants aux milliers de têtes rendues poussière dans les Républiques bananières?

Peut†être faudrait†il compatir du fait de l’humanité et de l’humanisme, mais il ne faudrait tout de même pas oublier que la calamité guette les voyageurs qui font tellement le tour du monde au point d’oublier de faire le tour d’eux†mêmes. Qui sont ces esclaves qui n’ont plus rien, qui ont perdu leurs libertés et même leur propre servitude? Qui sont ces captifs qui s’adonnent incessamment à leur maîtresse, madame ignorance, qui ne deviendra jamais bonne?

Où sont nos artistes musiciens?
La course affolée vers les canaux d’or et le canal d’or les a†t†il rendus insensibles aux complications et aux tourments du maintenant et de la circonstance? Charles Maurras ne disait†il pas que les artistes apportent au monde une liste de doléances et un plan de reconstruction? En ces moments moroses et d’agonie, la musique camerounaise ne pourrait†elle pas se passer du vide pour crier ne serait-ce qu’une seule fois l’angoisse, pour entonner le chant de l’espoir et pour aspirer à la liberté comme ce fut le cas dans les Antilles ou encore dans Harlem ségrégationniste et conflictuelle? Le livre saint n’est†il pas assez lucide pour expliciter la parabole des talents?

Qui sont ces compositeurs et ces arrangeurs manifestes qui soudain, deviennent inféconds et stériles lorsqu’il est question de penser une seule seconde à des chants de ralliement, des cris d’union et des appels de compassion pour ceux qui ressentent la douleur de la colombe blessée? Malheur à qui prend ses sandales, lorsque la belligérance et le scandale tourmentent le grand Nord agité, honte au chanteur qui se mutile et s’en va, chanteur inutile par la porte de la cité.

Où sont les artistes acteurs de cinéma et de théâtre?
Les voilà qui s’en vont, acteurs déboussolés, en quête de scènes horribles de fornications abondantes. Les voilà isolés, humoristes individualistes qui s’accaparent maladroitement des scènes de chagrin pour se faire propriétaire de fric. Ne sont†ils pas embarqués dans la même douleur que ceux du septentrion qui dorment un oeil ouvert par crainte de l’ennemi qui surgit? Le film sacrificateur et attristant qui prend les peuples du grand Nord comme des figurants sacrifiés, n’est†il pas une source d’inspiration pour produire? Ne sont†ils pas comme Paul Dakeyo, les inlassables rebelles, les amis, les frères et les amants des hommes qui meurent dans les brousses (septentrionales)? Où sont nos artistes de cinéma et de théâtre? Ne savent†ils pas qu’ils sont des artistes et que l’art (comme chez André Gide) n’aspire qu’à la liberté que dans des périodes malades? Où sont†ils? Seraient†ils dans l’aisance et dans la suffisance, sceptiques face à la masse endolorie qui ne demande plus qu’à écouter la chanson à l’unisson des voix de la commisération? Ne savent-ils pas que la colombe, symbole de la paix, est agonisante et n’attend plus qu’à être ravivée par les chants en c ur des compatriotes qui compatissent? L’art permet le désarmement, parce qu’avant de porter une arme, les hommes sont des hommes, dans la condition humaine.


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