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Lettre d’un jeune universitaire au pape Benoit XVI

« L’abstinence, la fidélité, la chasteté et la virginité sont des principes normatifs frappés de désuétude »

Tout d’abord, daignez recevoir mes salutations!

En partant de Rome en Italie pour Yaoundé au Cameroun le 17 mars dernier, des journalistes postés à l’arrière du Boeing B777, qui vous a transporté, vous ont posé six questions. Parmi ces questions, figurait la cinquième, intitulée comme suit : « parmi beaucoup de maux qui tourmentent l’Afrique, il y a, en particulier, celui de la diffusion du sida. La position de l’Eglise catholique sur la manière de lutter contre lui est souvent considérée pas réaliste et pas efficace. Affronterez-vous ce thème pendant le voyage ?»

Sans reprendre, in extenso, la réponse du St père, voici, du moins, l’essentiel : « on ne peut pas surmonter le problème du sida seulement avec l’argent, qui, aussi, est nécessaire, s’il n’y a pas une âme qui sait appliquer une aide. Et on ne peut pas surmonter ce drame avec la distribution de préservatifs, qui, au contraire, augmentent le problème. La solution peut être double, une humanisation de la sexualité et une vraie amitié envers les personnes souffrantes, la disponibilité, même avec des sacrifices personnels, à être avec les souffrants ».

Il apparaît, à la lumière de cette réponse, la remise sur la sellette de l’une des méthodes contraceptives, en l’occurrence celle liée au port des préservatifs ; c’est une méthode de lutte contre le VIH /SIDA, qui est, d’ailleurs, répandue dans les champs national et supranational , et promue, depuis des années, par les pouvoirs publics, l’ONU- Sida, le CNLS (Comité National de Lutte contre le Sida), les ONG et autres mouvements associatifs de lutte contre cette pandémie planétaire.

Le procès des préservatifs que fait le Chef de l’Église catholique romaine aujourd’hui est, à mon humble avis, un paradigme normatif et dogmatique, qui a été, depuis des décennies, voire depuis des millénaires largement répandu et inculqué aux catégories sociales appartenant à l’ancienne génération, à savoir les grands-parents et les parents. Beaucoup d’entre ces personnes ont déjà rendu l’âme. Paix à leur âme !

Mon père, je comprends manifestement que la position de l’Eglise catholique consiste à promouvoir, en permanence, l’abstinence, la fidélité des conjoints, la chasteté et même la virginité. Ces pratiques constituent, d’ailleurs, l’armature des valeurs qui solidifient la dignité, l’honorabilité et l’amour sincère des partenaires. C’est très bien. C’est un idéal à atteindre.

Seulement mon père, si l’abstinence, la fidélité, la chasteté et la virginité ont fait leur preuve antérieurement et, singulièrement, à l’époque de l’ancienne génération, et dont le corollaire a été et est, jusqu’à présent, la durabilité des mariages, aujourd’hui, ces principes normatifs sont frappés de désuétude et d’obsolescence. En effet, dans un contexte social caractérisé essentiellement par les dynamiques sociales, il est difficile d’opérationnaliser ces fondements normatif et dogmatique à cause de l’influence prescriptive, massive et coercitive des « dynamiques du dedans » (facteurs internes) et des « dynamiques du dehors » (facteurs externes) sur les manières d’agir, de penser, de sentir et de faire des acteurs sociaux. Au rang de ces variables endogène et exogène qui exercent une contrainte, mieux une puissance coercitive sur les mentalités individuelles, figurent, entre autres, l’implantation des mass media-radio, presse et surtout la télévision, l’émergence croissante des technomédias-Technologies de l’Information et de la Communication-, la floraison des salles de cinés clubs, où sont diffusés des films érotique et pornographique, la transplantation des trajectoires, des modèles de vie et des idéaux occidentaux, l’invasion des formes de liberté individuelle et collective, corollaire de l’avènement, au début des années 90, de la démocratisation et de la libéralisation de la vie politique et la crise des processus et des schèmes socio-éducatifs dont sont responsables les agents de socialisation primaire et secondaire.

L’énonciation précédente de ces facteurs de changement social participe à dé-construire, au sens bourdiensien, l’idéal de pensée que vous préconisez mon père, car continuer à insister sur l’abstinence, la chasteté et la virginité est une démarche qui fait tabula rasa des variables d’un contexte systémique qui est, par essence, voire par excellence, globalisant ou totalisant. Ce sont, malheureusement, ces facteurs auxquels la jeune génération voue un culte.

Par exemple, mon père, avec la diffusion récurrente, voire permanente des films érotique et pornographique par les chaînes satellitaires, les télévisions nationale et locale et les vidéos clubs, avec la porosité des circuits commerciaux à l’appropriation et à la captation des CD, DVD et VCD érotiques, supports pour lesquels les catégories sociales ont une préférence outrée, voire exagérée, il n’est pas possible de rencontrer 70% de filles et de garçons qui respectent singulièrement le paradigme normatif et dogmatique que vous prônez, mais qui est, somme toute et personne ne le récuse, légitime, honorable et recommandable.

En conséquence, mon père, abstinence, fidélité, chasteté et virginité restent et demeurent des idéaux à atteindre et sont purement théoriques. Or, la réalité des schèmes comportementaux des jeunes et des autres catégories sociales témoigne, ne soyons pas hypocrites, du contraire. Mon père, faire, ainsi, le procès des préservatifs en promouvant l’abstinence, la chasteté, la fidélité et la virginité est un leurre ou une gageure eu égard à l’incidence des facteurs interne et externe de changement social sur les comportements des populations camerounaises, voire africaines. Cette incidence est même à l’origine des excroissances sexuelles contemporaines auxquelles se livrent moult individus. La sexualité transgénérationnelle, la pédophilie, l’homosexualité, le lesbianisme, la gérontophilie, la scatologie, la copographie sont, et l’énumération n’est pas complète, des exemples.
J’ose croire, mon père, que je ne vous ai pas offusqué, mais je vous ai, tout simplement en tant que modeste chercheur en Sociologie, fourni l’expérience des mentalités individuelles et collectives qui prévaut à l’heure actuelle. La réalité est bien présente. Il ne faut pas la outrepasser.

Veuillez agréer, mon père, l’expression de mon plus profond respect.
Bon séjour en Angola !

Serge Aimé BIKOI, Doctorant en Sociologie à l’Université de Yaoundé I.
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