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Lettre ouverte Ă  Emmanuel Macron

Olivier Bilé, homme politique camerounais. ©Droits réservés

Monsieur Le Président,

Faisant suite à votre tournée africaine, et particulièrement au discours à la jeunesse prononcé au sein de l’université Joseph Ki-Zerbo  de Ouagadougou, je voudrais, en ma qualité de jeune leader politique camerounais et africain, vous faire savoir que votre message a bel et bien été entendu. Je voudrais ensuite, après le temps de l’effervescence lié à ladite actualité,  vous adresser la réponse ci-dessous.

Monsieur le Président, je voudrais d’entrée de jeu vous dire sincèrement que malgré le scepticisme rattaché depuis quelques décennies aux discours et déclarations d’intention de vos prédécesseurs sur les mutations de la relation franco-africaine,  vous nous donnez l’impression, en raison de la nature singulière et des fondements historiques de ladite relation, d’incarner une belle opportunité de modification positive de la trajectoire africaine.

Dans votre propre pays, vous avez suscité une espérance nouvelle et considérable. Votre jeunesse physique et votre fraîcheur idéologique et intellectuelle constituent depuis votre candidature et votre élection, un puissant motif d’espoir, voire de régénération. Nous en sommes plutôt heureux pour ce pays, vieil ami du mien qu’est la France.

Considérant la grande influence de cette France sur la scène africaine et internationale, pourquoi votre volontarisme pour votre pays et pour l’Europe n’aurait-il pas d’écho favorable sur nos Etats africains ? Pourquoi ne pas accorder du crédit aux velléités  transformatrices qui transparaissent de votre message à Ouagadougou ? Faut-il toujours voir les choses en noir ? Je ne le crois pas. Bien que conscient que « la fourniture de l’électricité et autres commodités de bien-être dans nos pays n’est point de votre responsabilité », je considère néanmoins que votre engagement et votre appui, sans réserve ni condition, aux efforts et initiatives endogènes de libération et de mutation positive des pays francophones d’Afrique ne pourraient être que déterminants et salutaires.

En ma qualité de leader politique œuvrant avec beaucoup de peine pour l’affranchissement de son pays d’une multitude de facteurs d’obstruction à l’épanouissement de sa jeunesse et de toutes ses populations, je veux vous encourager à aller dans le sens de cette amitié constructive et mutuellement bénéfique à laquelle vous avez fort opportunément fait allusion à Ouaga. Une amitié revisitée et renouvelée entre la France et l’Afrique francophone peut, en effet, être l’occasion historique d’un nouveau départ. Je suis persuadé que nous en avons la belle opportunité aujourd’hui.

Monsieur le Président,

Vous n’ignorez rien de la réalité socio-politique et socio-économique de nos Etats africains. Vos services diplomatiques et consulaires vous en font quotidiennement l’économie. L’actualité médiatique alimentée par les drames épouvantables de l’immigration et de la traite d’Africains subsahariens par d’autres Africains est au centre des préoccupations de la communauté africaine et internationale. La pauvreté et la misère, nourries par le chômage de masse des jeunes africains, est le quotidien de l’écrasante majorité de nos populations. Les Africains sont profondément fatigués d’une situation de moins en moins supportable. L’insoutenabilité de cette réalité sociale brise chaque jour les rares ressorts de résistance éthique et morale qui nous restaient. La corruption se généralise, les mentalités se dégradent davantage, les déviances et autres contre-pratiques sociales de toute nature se démultiplient.

La rareté et les pénuries diverses sont le lot quotidien de nos concitoyens. Cet environnement de rareté, il faut le dire ici, est tributaire de la mal gouvernance en vigueur, d’un système d’éducation et de formation inadapté, mais aussi et surtout des effets considérablement atrophiants de la mécanique du Franc CFA, symbole significatif, s’il en est, de la survivance de la françafrique et plus généralement, du pacte colonial. Le déficit abyssal en matière de mobilisation de nos forces productives est en grande partie lié à ladite mécanique. Nous avons en cette matière, vitalement besoin d’appliquer les prescriptions de deux savants faisant depuis longtemps unanime autorité en la matière : Jacques Rueff qui nous rappelle que « le destin de l’homme se joue sur la monnaie », lorsque dans la même veine, Joseph Tchundjang Pouémi nous instruit de ce que « la superstructure monétaire précède l’infrastructure économique et sociale ». Mais alors, quel destin, quelle infrastructure économique et sociale pouvons-nous construire sans une monnaie créée à cet effet ?

Dans un autre registre, nos dispositifs politiques et électoraux viciés, nos constitutions sans cesse profanées, nos velléités de pouvoir perpétuel au bénéfice des mêmes clans mafieux, de successions dynastiques, voire conjugales, confirment que « nos démocraties sont en effet  mal parties ». Nos sociétés rentrent chaque jour dans des processus de déréliction et de chaos nourris par le défaut de Visions politiques, pertinentes, originales et enthousiasmantes pour nos populations.


Monsieur le Président, plus que jamais, nos Etats ont besoin d’un leadership macronien. J’entends par là un leadership incarnant à la fois rupture, jeunesse, liberté,  renouvellement, audace et courage,  consistance idéologique et intellectuelle, pragmatisme et  sagesse, bonnes valeurs et  projection résolue vers la modernité. Permettez-moi de le dire sans flagornerie ni ruse, mais en toute sincérité. Vous êtes, en réalité, une belle source d’inspiration et une véritable matrice d’espérance pour la jeunesse africaine !

Je vous suggère par conséquent, une seule chose en conclusion de la présente lettre : « Investissez le maximum d’efforts, dans les méthodes qui vous conviendront, en faveur d’une contribution volontariste à l’émergence d’une classe de nouveaux dirigeants des Etats africains s’inscrivant dans votre modèle ci-dessus esquissé ». C’est le meilleur et le plus grand service que vous rendriez à notre continent. Nous avons noté que vous avez choisi de ne pas venir en Afrique centrale lors de votre tournée. La signification politique d’un tel choix ne nous échappe pas. Nous la comprenons parfaitement.

Monsieur le PrĂ©sident, au cas oĂą, sincèrement et uniquement soucieux de l’avancement et du progrès de l’Afrique – qui, assurĂ©ment, ne manquera pas d’avoir quelques rĂ©percussions bĂ©nĂ©fiques pour la France – vous vous engagez rĂ©solument dans la voie de ma suggestion ci-dessus, sachez que vous pourrez compter sur le soutien de nombre de jeunes Africains dont nous sommes. Bien que la majeure partie du travail nous incombera toujours Ă  nous autres, futurs dirigeants africains qui ne nous dĂ©roberons jamais de notre part de responsabilitĂ©, l’histoire retiendra de vous la figure marquante de ce dirigeant français qui aura contribuĂ©, Ă  son niveau, Ă  l’affranchissement de nos Etats des divers facteurs qui, hier et aujourd’hui encore, hypothèquent leur plein Ă©panouissement. Vous aurez ainsi Ĺ“uvrĂ© au dĂ©clenchement d’une vĂ©ritable dynamique d’autodĂ©terrmination, condition d’une vĂ©ritable Ă©mancipation socioĂ©conomique et sociopolitique de nos Etats. La relation intĂ©ressĂ©e, dĂ©sĂ©quilibrĂ©e et hypocrite d’hier entre la France et l’Afrique  sera transformĂ©e en une amitiĂ© mutuellement bĂ©nĂ©fique, saine, fĂ©condante, sincère et durable !

En vous exprimant ma disponibilité à approfondir ces échanges, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, les assurances de ma très haute et cordiale considération.

 

Olivier BILE, PHD

Président de l’UFP

Homme politique camerounais et africain

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