Opinions › Tribune

Lettre ouverte à M. Paul Biya, Président de la République du Cameroun

Par Jean Paul Ayina, ancien étudiant et enseignant associé à l’Iric

Monsieur le Président de la République,
Je viens très respectueusement auprès de vous, en votre qualité de Chef de l’Etat, Président de tous les Camerounais, pour attirer votre très haute attention sur le cas flagrant d’injustice, de violation flagrante des droits et avantages acquis, et de mauvaise gouvernance dont viennent d’être victimes neuf jeunes camerounais, de la filière diplomatie, de l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC).
Monsieur le Président de la République,
Je voudrais, par la présente, rappeler tout d’abord les différentes séquences connues de cette affaire, et, par la suite, faire état de l’analyse qui en découle. 1ère Séquence: En fin d’année 2012, la Présidence de la République du Cameroun instruit l’organisation d’un concours à l’IRIC dans la filière diplomatie. Ce concours est effectivement lancé au mois novembre 2012 par le communiqué n° 12-0322 du 16 novembre 2012 du Ministre de l’Enseignement Supérieur, qui assure la tutelle de l’IRIC, au niveau de la formation. Le Concours est organisé peu de temps après. Il y a 1760 candidats. 2ème séquence: vers le milieu du mois de décembre 2012, le Ministre de l’Enseignement Supérieur proclame les admissibilités. Quarante et huit (48) candidats sont admissibles. 3ème séquence: A la fin du mois de décembre, après l’oral auquel ont été soumis les candidats admissibles, et à l’issue des délibérations, le Ministre de l’Enseignement supérieur clame officiellement les résultats par communiqué n° 12-0377 du 28 décembre 2012. Seize candidats sont déclarés définitivement admis, et neuf sont placés sur la liste d’attente. 4ème séquence: Le 09 janvier 2013, le Ministre de l’Enseignement Supérieur, déclare définitivement admis les candidats de la liste d’attente. Par le communiqué n° 13-0010 du 09 janvier 2013 qui est lu à la CRTV, et logé dans le site Web du MINESUP.

5ème séquence: A la suite de cet acte du Ministre de l’Enseignement Supérieur, les candidats de la liste d’attente paient leurs frais de scolarité à l’IRIC dans les délais requis, l’administration de cet Institut leur octroie des matricules, et ils commencent normalement les cours. Désormais, toute la cuvée d’étudiants en diplomatie (2013) chemine ensemble. Ils sont tous sur une même liste. Ils sont tous soumis aux contrôles continus et autres exposés individuels ou de groupes exigés par leurs enseignants. 6ème séquence: le 15 mai 2013, coup de théâtre! Alors que les étudiants de la filière diplomatie (2013) sont entrain de faire les examens du premier semestre dans la salle NB5 de l’IRIC, inat¬tendûment, le Directeur de l’IRIC, ordonne que l’on chasse de la salle « les candidats de la liste d’attente. » Ils ne feraient plus partie des étudiants de l’IRIC. Car, la veille, le Ministre de l’Enseignement Supérieur a fait un communiqué (communiqué n° 13-0112 du 14 mai 2013) rapportant les dispositions de son communiqué du 09 janvier 2013, par lequel il déclarait les candidats de la liste d’attente définitivement admis au concours. Les étudiants concernés sortent de la salle, frustrés et déboussolés. Ils ne comprennent rien à ce qui leur arrive, plus de cinq mois après leur admission à l’IRIC! Ils n’ont commis aucune faute. En tout cas, rien ne leur a été signifié dans ce sens. L’acte du Ministre de l’Enseignement Supérieur n’a pas été motivé!

Monsieur le Président de la République,
Voilà les différentes séquences de cette affaire que vous connaissez sans doute, et qui constitue un cas flagrant d’injustice, de violation flagrante des droits acquis de neuf jeunes Camerounais, un cas patent de mauvaise gouvernance. Ces jeunes Camerounais doivent-ils être sacrifiés pour des combats de leadership et de positionnement entre certains de vos proches collaborateurs et certains membres du Gouvernement? Ils n’ont commis aucune faute, aucun crime de lèse-majesté Neuf Camerounais seulement, qui ont bravé un concours aussi difficile, pour si peu de places! Pourquoi refuser méchamment et cyniquement une opportunité de formation à ces jeunes, qui ont mérité et qui méritent, pour que, eux aussi, puissent servir le Cameroun, leur pays?

Monsieur le Président de la République,
L’un de vos défis majeurs et celui de votre Gouvernement à l’heure actuelle, à l’heure où le Cameroun aspire à l’émergence à un certain horizon, c’est la lutte contre la pauvreté. Et je me permets de rappeler humblement que Paul HOFFMAN, le tout premier Administrateur du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) disait, à juste titre que: «la pauvreté d’opportunités, plutôt que la pauvreté tout court, est la cause de tant de souffrances et de mécontentements». Priver les jeunes d’une opportunité de formation c’est poser un sérieux obstacle à la lutte contre la pauvreté, c’est aggraver la pauvreté de la Société. Il faut dire que les agissements de certains de vos proches collaborateurs et l’étalage au grand jour des contradictions de l’action gouvernementale, sur la gestion de cette question des jeunes camerounais placés sur la liste d’attente au concours de l’IRIC, pour l’année académique 2012/2013, et ensuite déclarés définitivement admis à ce concours dès le début du mois de Janvier 2013, sont de nature à ternir l’image de marque du Cameroun en matière de gouvernance, et foulent aux pieds votre politique et vos discours en direction de la Jeunesse. L’image de marque, c’est l’image attachée à une marque. Et la marque a des valeurs. Et la marque doit se construire rationnellement, pour se vendre et se commercialiser efficacement. La justice sociale fait partie de ces valeurs. Tandis que la gouvernance, c’est, schématiquement, la manière de gérer les Hommes et les biens dans une communauté donnée, dans un pays donné. En instruisant en 2011 le recrutement de 25 000 jeunes dans la Fonction Publique camerounaise, je ne pense pas que vous pouvez soudainement admettre que l’on s’acharne injustement et violemment sur neuf pauvres étudiants, plus de cinq après leur admission dans une école de formation. Neuf jeunes camerounais qui, véritablement, ont réussi au concours, contrairement à bon nombre de la liste principale qui ne figurent sur cette liste que par la magie lugubre, complexe et compliquée de la pratique de l’équilibre régional d’aujourd’hui, dans notre pays, ou par le fait qu’ils sont issus des parents « Too big to fail », pour emprunter l’expression utilisée lors du déclenchement de la crise financière aux Etats-Unis en 2008, pour sauver les grandes banques de la faillite (fils et filles de Ministres en poste et anciens Ministres, des pontes des grandes sociétés de la place, et autres grandes institutions, des dirigeants d’universités, etc.). A en croire certains participants aux délibérations qui ont sanctionné les résultats définitifs de ce concours, celles-ci étaient « une véritable sorcellerie », où il fallait privilégier à tout prix les rejetons ou les protégés des «Too big to fail».

Jean Paul Ayina, ancien étudiant et enseignant associé à l’Iric
beaugasorain.blogspot.com)/n

Monsieur le Président de la République,
Ces trois dernières années, du temps où le Professeur MOUEL¬LE KOMBI était Directeur de l’IRIC, les candidats de la liste d’attente du concours de la filière diplomatie de cet Institut étaient systématiquement reversés sur la liste principale, et déclarés définitivement admis. Ils n’étaient pas neuf seulement, comme c’est le cas actuellement. Ils étaient plusieurs dizaines. La Présidence de la République ne trouvait pas de problème à cela. Elle était consentante. Et d’aucuns expliquaient cette façon de faire, par votre souci et votre volonté de résorber le chômage rampant des jeunes. Ces jeunes Camerounais que l’on veut sacrifier, pour les intérêts égoïstes de leadership et de positionnement, jouissent pourtant des mêmes droits et avantages acquis que ceux qui, avant eux, ont été admis à l’IRIC dans les mêmes conditions, et qui sont encore pour la plupart, étudiants dans cet Institut. Ils n’étaient pas sur la liste d’attente parce qu’ils ont travaillé moins que ceux de la liste principale. Loin s’en faut. Il convient de souligner que lors des évaluations auxquelles ils étaient soumis par leurs enseignants tout au long de ces cinq mois, les neuf sacrifiés s’étaient révélés meilleurs que les autres. Si la Présidence de la République a décidé de ne plus accepter les candidats de la liste d’attente à l’IRIC, pourquoi le Gouvernement a-t-il déclaré les candidats concernés, admis définitivement, leur a permis de s’acquitter de leurs frais de scolarité, les a laissés fréquenter, pour se contredire plus de cinq mois plus tard par un acte non motivé? Le problème se situe donc au niveau de la brutalité de l’acte, au niveau du traumatisme et autres déchirures psychologiques durables que cet acte cause sur les pauvres victimes, sur les pauvres innocents. La Présidence de la République et le Gouvernement ont-ils pensé à tout cela dans le fallacieux prétexte d’assainissement? Oui, Platon avait raison de penser que les Gouvernants doivent être des philosophes (Philosopher-King), c’est-à-dire, entre autres, des personnes profondément pénétrées par l’éthique, l’humanisme, voire, la dimension humaine. La Présidence et le Gouvernement ont-ils pensé aux «coûts d’opportunités», c’est-à-dire ce que l’on gagne ou que l’on perd en choisissant une opportunité et/ou en délaissant une autre. Pendant plus de 05 mois, les exclus d’aujourd’hui pouvaient tenter d’autres opportunités. Mais ils étaient à l’IRIC.
Certains répandent cyniquement dans les médias que les enfants ont été chassé de l’IRIC pour une affaire de faux diplômes! Il n’en est rien. Leurs diplômes ont été authentifiés avant le concours par les universités qui les ont délivrés. Certains d’entre eux ont même obtenu leurs diplômes avec mention bien!

Monsieur le Président de la République,
Je pense que ces neuf (09) jeunes camerounais seulement, ne constituent pas, loin s’en faut, une menace au budget de l’Etat du Cameroun. Car, même étudiants à l’IRIC, ils sont à la charge de leurs parents jusqu’à la fin de leur formation. D’aucuns prétendent que par le dernier acte du Gouvernement, l’on voudrait assainir l’IRIC. Soit, rien de mal à cela. Moi-même, j’ai été formé à l’IRIC au moment où régnait encore l’éthique, le culte du mérite et de la valeur intrinsèque. Car, si la priorité et la primauté étaient accordées aux fils des «Too big to fail», comme cela semble être le cas aujourd’hui dans notre pays, moi, fils de paysan, ne pouvais pas faire partie aujourd’hui de l’aréopage des diplomates. Non, la raison de leur exclusion n’est pas l’assainissement de l’IRIC, car ils ne sont que vingt cinq (25) étudiants au total (16+9), qui ont émergé d’un concours auquel 1760 (mille sept cent soixante) candidats ont pris part! Et 25, c’est déjà l’assainissement au niveau des effectifs, par rapport à des centaines d’étudiants que l’on admettait ces dernières années dans la filière diplomatie. Mais l’assainissement ne se résume pas uniquement à la réduction des effectifs. Ce qui est important, c’est la qualité de la formation et l’utilisation que l’on fait des ressources humaines formées.

Monsieur le Président de la République, Vous avez déclaré lors de votre prestation de serment en novembre 1982 que vous ne faillirez point. Vous qui vous souciez de l’avenir à laisser à nos enfants,
En votre qualité de garant de la justice sociale, Considérant votre souci et votre volonté de résorber le chômage des jeunes, sans oublier vos discours en direction de la jeunesse,
Et étant donné que le Cameroun est un Etat de droit, Je reste convaincu que vous allez annuler cet acte cynique, criminel et scélérat, et que vous rétablirez bientôt ces jeunes camerounais, vos enfants, dans leurs droits et avantages acquis, pour qu’ils retrouvent leurs camarades à l’IRIC. Car, comme le disait si bien un écrivain Afro-américain, MAYA Angelou: «Ail God’s children need traveling shoes». Tous ces enfants qui, maintenant, errent dans la rue, comme des tricheurs, des orphelins, sont aussi vos enfants, et non les enfants des autres, et non des étrangers. Ils ont besoin, eux aussi, des chaussures de voyage, ils ont besoin de votre soutien.

Très haute considération.

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut