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Lettre ouverte à Monsieur le Directeur du cabinet civil de la Presidence de la Republique

Par Me Jean de Dieu Momo, président du Paddec

Excellence,

pardonnez-moi de renouer avec ce mode de communication que j’avais abandonné et de vous indexer comme étant le responsable de l’organisation de la 41ème édition de notre fête nationale sous le thème « Armée et Nation, ensemble pour relever les défis sécuritaires pour un Cameroun émergent». J’ai le respectueux honneur de vous féliciter et à travers vous toutes les autorités de notre pays, en leurs divers rangs et grades, ainsi que le protocole d’Etat et les services déconcentrés du protocole dans les régions et départements, pour la réussite de cette fête très riche en couleurs et en enseignements.

Je vous félicite particulièrement d’avoir invité l’armée du pays frère et ami le Nigeria à défiler dans nos rangs. Pour ma part c’est la plus grande victoire de cette célébration quand on pense qu’il n’y a pas longtemps les deux armées s’étripaient vigoureusement sur le front de Bakassi. La réconciliation et l’amitié Camerouno-nigériane qui se démontrent à travers cette mise en commun des militaires pour la célébration de notre fête nationale prouvent que deux frères peuvent se disputer mais le plus important est de se réconcilier dans la paix. Il n’y a pas de querelle éternelle entre les frères et nous devons toujours rechercher les moyens de la réconciliation pour avancer dans la construction du Cameroun exemplaire que le chef de l’Etat appelle de tous ses v ux.

Je félicite aussi à travers vous et les chefs des armées, le défilé militaire dont nous a gratifié ici et là nos vaillantes forces de maintien de l’ordre. Hurrah comme elles le laissaient échapper dans un souffle puissant mais discret pendant leur passage!

Toutefois, pour aider à construire ce Cameroun exemplaire, l’amitié se nourrit de vérité comme le disait Jacques Chirac, je dois rappeler à votre souvenir l’époque des marches contre le multipartisme pour les uns et contre le multipartisme précipité pour les autres. Vous vous rappelez, Excellence, qu’au sein du parti unique de cette époque là, le Rdpc, beaucoup de cadres s’étaient élevés contre l’instauration de la Démocratie à travers le multipartisme au Cameroun. Le président de la République avait tranché le débat et appelé ses partisans à se préparer au multipartisme, ce qui lui avait valu une grande ovation. Et depuis plus de vingt ans maintenant notre pays s’est enrichi d’autres partis politiques légalisés dont la constitution affirme qu’ils concourent tous à l’expression du suffrage.

Excellence, je crains que les partisans conservateurs du monopartisme soient en ce moment en train de prendre le dessus sur ceux de la démocratie prônée par le chef de l’Etat. Je constate que les ennemis de la démocratie, et donc du chef de l’Etat, sont au c ur du pouvoir aussi bien dans l’armée que dans la police. Ces ennemis de la démocratie prônent insidieusement le retour au monopartisme : Ils veulent tous que les autres partis politiques intègrent le parti au pouvoir et usent de toutes les man uvres vexatoires pour les y contraindre.

Ce 20 mai 2013, sur le boulevard de l’Unité, notre parti, les Patriotes démocrates pour le développement du Cameroun (Paddec) a pris part au défilé. Il a été choisi par le protocole d’Etat pour ouvrir le défilé des partis politiques, j’ignore sur quelle base autre que l’ordre alphabétique habituel. La dame du service du protocole d’Etat expliquait aux patriotes du Paddec que c’était un grand honneur pour notre parti politique d’avoir été choisi pour ouvrir le défilé et qu’en conséquence ils devaient porter le portrait du président de la République ! Nous leur avons expliqué que le président de la République étant le président de tous les Camerounais nous ne trouvions aucun inconvénient à porter son portrait mais seulement qu’étant également le président du parti concurrent dans la course au pouvoir, nous ne saurions porter son portrait à cause de la confusion et des conclusions erronées que l’on pourrait en déduire. En réalité c’était un piège grotesque des ennemis de la démocratie contre le Paddec. Auparavant ils avaient fait courir la rumeur que nous avions vendu le Paddec au parti au pouvoir et ils téléphonent à nos cadres pour leur demander de démissionner du Paddec pour rejoindre le parti au pouvoir. Certains des cadres du Paddec à l’Ouest ont été mutés dans la région de l’Est pour vaincre leur militantisme et d’autres subissent soit des intimidations soit des offres d’un emploi ou d’une vie meilleure s’ils rejoignent le parti au pouvoir. Il s’agit là bien sûr d’une concurrence déloyale animée par un ministre qui n’a jamais rien donné à personne par le passé, et en tout cas ennemi de la Démocratie et du Cameroun exemplaire que nous voulons construire.

Excellence, le souvenir de la 39ème édition en 2011 de la fête de l’unité à Yaoundé est encore vivace dans la mémoire collective de nos militants : Ceux-ci avaient été retirés des rang du défilé, à l’entrée de la Tribune présidentielle, c’est-à-dire après une longue marche de plusieurs kilomètres et plusieurs contrôles de police pour les fouiller et confisquer les pancartes contenant les messages, depuis Mvog-Mbi jusqu’à la poste centrale, ils avaient été retirés des rangs au dernier moment par un fonctionnaire du protocole d’Etat qui soutenait que les militants du Paddec ne pouvaient pas défiler en portant des T-shirts à l’effigie du président du Paddec. On nous avait dit que seules les pancartes arborant la photo des présidents des partis de l’opposition étaient interdites et non les T-shirts. Il s’agissait là manifestement d’un diktat, c’est-à-dire d’une loi non écrite et inattaquable, contraire à l’Etat de droit, relevant de la pure dictature d’un fonctionnaire du protocole d’Etat. Le Paddec n’avait pas défilé en 2011 à cause de la volonté d’un fonctionnaire du contrôle d’Etat qui avait légiféré séance tenante interdisant le port des T-shirts à l’effigie du président d’un parti d’opposition. Dans le même temps le parti au pouvoir défilait avec les pancartes et les pagnes portant fièrement le portrait de son président, un autre parti d’opposition défilait avec le pagne portant les portrais de ses héros. D’où l’on voit que certains fonctionnaires du protocole d’Etat sont des partisans du monolithisme et donc des adversaires de son Excellence Monsieur le président de la République Paul Biya.

A Douala cette année 2013, alors qu’au cours des réunions préparatoires avec Monsieur le préfet du Wouri, il a été décidé de concéder cinq carrés aux partis politiques non représentés à l’Assemblée nationale, ce qui du reste n’est pas juste car un nouveau parti comme le Paddec peut avoir une plus grande capacité de mobilisation qu’un parti plus ancien sur le terrain, et nous en avons fait la démonstration aussi bien à Douala que partout dans la Menoua. A Douala au moment du défilé des partis politiques, une autre dame du protocole des services de Monsieur le gouverneur, est venue retirer de nos rangs plus d’une cinquantaine de patriotes sous des prétextes divers. On s’étonnait que le Paddec puisse prétendre à plus de trois carrés à Douala ! La plupart des femmes qui portaient des chaussures non entièrement fermées ont été retirées de nos rangs, par une femme qui sait pertinemment qu’à Douala il fait chaud et que pour une longue marche comme celle du défilé sur la longue place de l’Udéac, des chaussures hermétiquement fermées donnent des ampoules aux pieds. Le prétexte de cette dame était qu’on ne défile pas en sandalettes. Il ne s’agissait précisément pas des sandalettes mais des chaussures ouvertes à talon, avec une corde à l’arrière ou parfois sans corde arrière mais des chaussures à talon ouvert au bout ou celles connues sous l’appellation de pieds-nus avec corde arrière.

Le plus grave, Excellence, est que cette mesure discriminatoire ne s’appliquait pas à tous les partis politiques. La dame fermait les yeux sur les militants du parti au pouvoir et ses alliés. Lorsque nous avons crié à l’injustice, la police qui aidait cette femme, a mis de côté une dizaine de militants du parti au pouvoir et il leur a été recommandé de rester groupés pour éviter d’être filmés par la télévision. Les policiers avaient peur d’être punis s’ils appliquaient la même mesure aux militants du parti au pouvoir. Pour faire diversion, la police a laissé passer plusieurs minutes sans faire défiler personne et pour rattraper l’écart a précipité le Paddec et certains autres partis politiques dans une course folle pour le défilé, de la marche à la course de l’unité ont ironisé les journalistes. Après quoi la police a remis au milieu des rangs les militants du parti au pouvoir qu’elle avait mis de côté pour port de sandalettes et ils ont pu défiler! Que pouvaient y faire ceux de nos militants refoulés des rangs et contraints de ne pas défiler ?

Excellence, le rôle trouble de certains agents de la police doit être dénoncé. Nos militants retirés des rangs ont entendu un groupe d’officiers de la police comploter en disant : « le Paddec défile avec beaucoup de drapeaux et de pancartes, cela va leur faire de la publicité, il faut les retirer ». Aussitôt légiféré, aussitôt exécuté. Les pancartes des cellules de Douala 5ème Douala, 4eme, Douala 3eme, Douala 2eme et Douala 6eme ont été confisqués, de même que cinq drapeaux nationaux et les cinq drapeaux du Paddec de ces arrondissements-à. Nous avons été contraints de défiler avec uniquement un seul drapeau et une seule pancarte. Dans la même lancée, les écharpes aux couleurs jaunes du Paddec ont été retirées ainsi que les vestes de ceux des cadres du parti au prétexte qu’ils pouvaient y dissimuler des bombes. Tout se passait comme si nous devions remercier en plus de la faveur qui nous était faite de défiler.

Excellence, nous sommes des patriotes soucieux de respecter la loi et si nous sommes avertis d’un interdit nous ne saurons le transgresser. En attendant dans un Etat de droit tout ce qui n’est pas interdit est permis. Le thème évocateur de cette édition de la fête de l’unité a été piétiné par ceux-là même auquels il s’adressait : deux acteurs principaux sont convoqués ici pour relever côte à côte les défis de la sécurité. Ces deux acteurs me semble-t-il sont appelés à travailler ensemble, main dans la main, en totale connivence, pour relever ce défi.

Or qu’est-ce qu’on a constaté sur le terrain ? Une scène d’une autre époque a été vécue par nos militants : Les officiers de la police, sous le prétexte de la sécurité, fouillaient tout le monde avant le défilé au prétexte que les militants pouvaient cacher une bombe ! On a ainsi vu des femmes être fouillées par des hommes qui tâtaient leur poitrine au cas où elles auraient dissimulé une bombe dans leur soutien-gorge ! Les téléphones portables étaient retirés, les portemonnaies vidés, l’argent compté, les papiers jetés car ils pourraient contenir des messages à brandir à la tribune etc. N’ayant rien trouvé sur elle, la police a même demandé à une dame de retirer son bracelet en or ! Quel peut bien être la dangerosité de ce bijou Excellence ? Il faut mettre un terme à ces abus. Méfiez-vous de certaines personnes qui paradent ostensiblement portant la tenue du parti au pouvoir : ce sont de dangereux opportunistes égoïstes et opposants à la politique du président de la République.

Une de nos militantes raconte : « Ceux qui nous ont poussés étaient habillés en vert-vert, ils avaient des fusils, des casques et des pare-balles. D’autres étaient aussi habillés en noir et portaient deux gros sacs ». Je crois savoir d’après cette description qu’il s’agit de la police anti-émeute. Et dans ce cas, Excellence, le thème de cette année restera-t-il un v u pieu ou alors les acteurs auquels il s’adresse vont-ils le prendre au sérieux pour l’avènement de l’émergence en 2035 ? Pourquoi la police bouscule-t-elle des militants désireux de festoyer avec la République pendant la fête de son unité ? Comment faire pour que nos forces de maintien de l’ordre passent du rôle de bourreau à celui de protecteur ?

Excellence, nos efforts pour la réussite de cette fête ne sont ni reconnus ni récompensés. Ne méritons nous pas de la Patrie par les sacrifices que nous consentons pour l’organisation de cette fête ? Cameroon Tribune a publié l’année dernière une lettre chaleureuse par laquelle le président de la République remerciait le Paddec de sa participation à la 40eme édition de la fête de l’Unité, alors que certains partis politiques avaient décidé de la boycotter. Nous n’avons jamais reçu cette lettre du président de la République, sans doute est-elle encore en route dans les services déconcentrés. Vous le savez certainement, Excellence, en tout cas mieux que ceux qui nous mettent les entraves et qui n’ont jamais rien organisé, ce que coûte matériellement et humainement l’organisation d’une telle célébration. Que ce soit en terme de mobilisation des personnes pour parader à la fête, ou que ce soit en terme de moyens financiers, matériels et humains. Je parle du coût de l’habillement des patriotes, de leur transport, de leur nutrition, de leurs soins, de leur encadrement moral depuis les entraînements au défilé jusqu’au défilé proprement dit etc. Il n’est pas juste que notre contribution rencontre le même mépris auquel il fait face depuis un certain temps. C’est à peine que nous avons une place à la tribune officielle pour assister à une fête dont nous nous sommes donnés tant de peine pour contribuer à l’organisation. Et même y étant à la tribune envahie par les amis et les maitresses, nous sommes confinés dans le coin et traités avec discourtoisie comme un opposant infréquentable.

Certains officiers de police ont soutenu que si nous défilions avec beaucoup de drapeaux, cela allait nous faire de la publicité. L’observation générale de cette édition comme de celles passées me prouve que ces officiers ont en fait trahi le secret de polichinelle. Oui la politique gouvernementale, pilotée dans l’ombre par les ennemis du multipartisme et ceux du président Biya, semble être de ne pas faire de la publicité aux partis de l’opposition ! Oui cela est d’autant plus plausible que le Paddec a ouvert le défilé des partis politiques à Yaoundé mais la télévision à capitaux publics, et très curieusement les télévisions privées, ne l’ont pas montré. Le Paddec n’est apparu sur aucune chaine au soir du 20 mai 2013 et pourtant c’est lui qui a ouvert le bal. Rappelons-nous que la dame du protocole d’Etat disait qu’il s’agissait pour nous d’un immense honneur. Si par contre nous avions porté la photo du chef de l’Etat, j’imagine que nous aurions été montrés en boucle sur toutes les chaines de télévision. Ni à Douala, encore moins à Yaoundé, à Bafoussam, à Dschang ou à Nkong-Zem le défilé du Paddec n’a été montré sur aucune chaine de télévision malgré l’excellence de sa tenue et la discipline de ses nombreux militants à la conquête du pouvoir aussi bien périphérique que central. Seul un journaliste d’une chaine locale a osé parler de « la padèque de Jean Marie Momo » (Sic !)

Pourquoi cette discrimination, Excellence ? Est-ce la bonne voie pour la construction du Cameroun exemplaire promis par le président de la République ? Est-ce la voie idéale pour accéder à l’émergence en 2035 ? Je ne le crois pas et le traitement partial de l’information par nos journalistes interpelle d’urgence le Conseil national de la communication. Même le défilé de la société civile qui a tant plu à Son Excellence monsieur l’ambassadeur de France au Cameroun n’a pas été montré par nos différentes chaines de télévisions qui pourtant passaient en boucle le défilé du parti au pouvoir et celui de l’armée. Même l’excellent défilé des majorettes de l’université catholique à Douala n’a été ni applaudi par la tribune officielle qui a pourtant fait une ovation au défilé du parti au pouvoir, ni montré aux informations par les principales chaines de télévisions publique et privées. Il en est de même du défilé non moins excellent de l’Université de la Côte, Istdi, passé dans le silence le plus complet de toutes les tribunes officielles.

Excellence, est-ce que, face à ces frustrations le Paddec ne va pas tirer les leçons et conclure que le défilé du 20 mai ne concerne que les forces armées et le parti au pouvoir et leur laisser leur chose ? Au moins nous ferons l’économie de nos moyens financiers, matériels et humains pour les utiliser ailleurs, au constat de notre exclusion tacite de la construction de la démocratie et de l’émergence. Nous espérons, en nous ouvrant sincèrement à vous, que vous informerez Son Excellence Monsieur le président de la République afin qu’il instruise à Monsieur le délégué général de la Sûreté nationale, à l’Etat major des armées ainsi qu’au chef du Protocole d’Etat de mener des enquêtes, s’ils ne sont pas juges et parties, pour dépister les ennemis de la démocratie tapis dans leur rang et pour les en extirper afin que continue la caravane de la démocratie vers l’émergence en 2035 et la construction du Cameroun exemplaire qu’il nous a promis.

Douala le 21 Mai 2013,

Jean de Dieu Momo, Président du Paddec
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