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Lettre ouverte au ministre camerounais de l’Enseignement supérieur

Par Fabien Assigana, acteur sociopolitique

Lettre ouverte à S.E. Monsieur Jacques Fame Ndongo, ministre de l’Enseignement Supérieur

Voici ce qui se dit par rapport à votre gouvernance de notre système universitaire. Je ne fais ici que résumer les coupures des différents médias.
Lisez vous-même

Comment fonctionnent les Universités en général?
L’Université est une institution académique d’enseignement supérieur, d’approfondissement des méthodes et des connaissances ébauchées dans les cycles antérieurs de vie et d’apprentissage. L’Université a toujours été le creuset où des gens, plus assoiffés de connaissances et du savoir, revisitent leurs acquis intellectuels, culturels et moraux, les remâchent, les ordonnent, les digèrent et les assimilent et se les approprient pour solidifier les fondations et les fondements de l’édifice qui leur permettra de soumettre leur environnement afin de trouver des ébauches ou des solutions aux problèmes irrésolus qui menacent au quotidien l’existence et la vie de l’homme sur terre et qui entravent son bonheur et son total accomplissement. On la considère aussi comme le haut lieu de la recherche en vue de domestiquer les connaissances existantes, de les vulgariser et, enfin, d’affronter celles qui sont encore cachées ou insoupçonnées.

Comme le suggère son nom, l’Université est l’arène où se livrent les grandes batailles, toutes aussi décisives les unes que les autres pour la découverte, la conquête, la compréhension et la maîtrise de l’Univers, dans le but d’apporter une plus-value, une contribution déterminante, non pas seulement à la science en général mais aussi et surtout au progrès et à l’épanouissement de l’homme, de la société et de l’humanité toute entière. Sa mission essentielle est donc de former l’homme dans sa totalité, dans son corps, son esprit, son âme, en lui fournissant des armes et des méthodes (surtout en l’aidant à les trouver lui-même!) pour s’auto-réaliser et mieux comprendre l’univers et la vie dans toute sa richesse et s’intégrer harmonieusement dans la société où il est appelé à vivre en harmonie et en complémentarité avec les autres.

Comment fonctionnent les Universités que vous gérez?
Malheureusement, depuis un certain temps, notre Université semble avoir perdu ses repères et de ce fait avoir été détournée de ces missions fondamentales, phagocytée qu’elle est par les intérêts égoïstes et les objectifs bassement politiques des gens qui nous gouvernent et qui définissent son cours. Beaucoup a déjà été dit sur la déliquescence et l’état de dégradation avancés de l’université camerounaise. Notre Université est devenue depuis 1990 un champ de batailles où se livrent des combats d’arrière-garde pour empêcher à tout prix l’avènement de la démocratie et des libertés dans notre pays. Tout le monde se souvient de ces combats entre «parlementaires» et «auto-défenseurs», de ces morts et «disparitions» jusqu’ici non élucidées dont les enquêtes ont abouti à un tonitruant «zéro mort» que la mémoire des martyrs n’oubliera jamais.

Le scandale des bourses d’études universitaires
Les multiples offres de bourses universitaires disponibles chaque année au ministère de l’Enseignement supérieur finissent généralement entre les mains des fils à papa et de ceux qui ont su pour qui casser leur tirelire. Au grand dam des petits génies issus de familles anonymes et peu fortunées.

Parmi les offres de bourses récentes, il y a celle de la Turquie, publiée le 27 mars dernier, avec pour dernier délai le 31 mars, soit 4 jours, samedi et dimanche compris. Pourtant, prétend une dame du bureau qui reçoit les dossiers de demande de bourses au ministère de l’enseignement supérieur, «généralement, quand on fait le communiqué d’une offre de bourse, on donne souvent une marge de trois semaines parfois même un mois aux candidats pour postuler». Rien n’est plus faux, à moins qu’il ne s’agisse d’une bourse de peu d’intérêt. Autre curiosité, les dossiers sous enveloppe sont ouverts par l’agent du ministère qui les reçoit, et qui s’amuse souvent à les rejeter, en invoquant des motifs farfelus. On croyait à tort que l’enveloppe scellée par le candidat était transmise tel quel à la commission d’évaluation.

Privilèges et dessous-de-table
Résultat, la quasi-totalité des bourses universitaires que les pays amis mettent chaque année à la disposition du ministère de l’Enseignement supérieur du Cameroun, tombent généralement sous l’escarcelle des fils à papa, et de ceux qui ont su faire parler leurs poches, au bon endroit et au bon moment. Au détriment des nombreux surdoués issus de familles anonymes et sans fortune, qui sortent de nos établissements scolaires et universitaires bardés de diplômes marqués mention très bien.

Iric, ou le psychodrame national
Un scandale de plus
Le concours d’entrée à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) a été l’objet d’un sérieux couac après que des étudiants reçus ont été recalés par le ministre de l’Enseignement supérieur sous prétexte d’équilibre régional, avant d’être finalement réadmis sur ordre du président Paul Biya. Un scandale qui a suscité des accusations de mauvaise gouvernance et de népotisme.

Ils étaient près de 960 candidats pour 15 places, au concours d’entrée à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric). Ils ont passé des épreuves écrites et orales, à l’issue desquelles au début mars, 15 candidats ont été déclarés définitivement admis. Sauf que, quelques heures plus tard, le ministre de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo, raye d’un trait de plume six noms pour les remplacer par d’autres sous prétexte d’équilibre régional.

Arrivée en deuxième position au classement par ordre de mérite, Estelle Nadia Nti, n’en faisait plus partie. Scandale. D’autant que des fils de dignitaires du régime ont été rajoutés. La presse s’empare de l’affaire, critiquant ce système de reproduction sociale qui se met en place sous les yeux des populations frappées par le chômage de masse. Les réseaux sociaux pestent contre ces tripatouillages qui ternissent l’image de l’école camerounaise. « L’équilibre régional est un archaïsme qui nivelle par le bas », critique-t-on.

La victoire volée du pouvoir
Une fois de plus, l’establishment transforme un scandale de gouvernance en triomphe du chef de l’Etat.

Pour remettre les pendules à l’heure, le président de la République, l’homme sauveur, a autorisé l’admission des six candidats dont les noms ont été retirés de la première liste des admis, mais aussi-miraculeusement-d’un candidat de la liste d’attente. Ce qui a fait passer le total des admis de 15 à 22.

Il n’en fallait pas plus pour qu’à coup d’éditoriaux et d’analyses aussi lénifiants qu’enflammés, des artificiers des médias publics s’appliquent à présenter un Paul Biya, «apôtre de l’équité, de la transparence et de la paix sociale», reléguant au second plan (sinon aux oubliettes) les légitimes problématiques qui se dégagent du scandale de l’Iric à savoir, la crédibilité des résultats des concours d’entrée aux grandes écoles au Cameroun, le dévoiement de «l’équilibre régional» sous les effets conjugués du népotisme, du favoritisme et du clientélisme, mais aussi le nécessaire toilettage de ce concept à l’heure, mondiale, de la compétitivité et son arrimage aux réalités nationales actuelles.

La Une et la page 10 du quotidien public, Cameroon tribune, édition du mercredi 11 mars 2015, attestent de ce que le régime, qui a laissé des monticules de plumes dans le scandale de l’Iric, s’affaire à transformer une déculottée (de sa gouvernance) en motif de fierté et de gloire. A la Une, on peut ainsi lire: «Iric: la gratitude des étudiants au chef de l’Etat». En page intérieure, le titre de l’article y relatif est, lui aussi, évocateur. Sans doute les consignes sont venues d’en haut: «Iric: les étudiants remercient Paul Biya».

Une « république d’administrateurs parasites »
Le cinéaste Jean-Pierre Bekolo, lui, s’en prend aux parents qui poussent leurs enfants non pas vers le secteur privé producteur de richesses mais vers une carrière de fonctionnaire. « Vous pensez que le Cameroun restera cette république d’administrateurs parasites incapables de créer la richesse et de résorber le chômage endémique des jeunes? Vous pensez vraiment que dans les années qui viennent, les administrateurs sortis de l’Enam, de l’Iric, etc. continueront de s’accaparer nos richesses communes et pourront continuer à se pavaner devant les populations appauvries prises en otages sans que personne ne dise rien?

Lancé aux lendemains des indépendances pour favoriser la représentativité des régions les moins scolarisées, cette politique de quotas régionaux est de plus en plus contestée. Des voies montent pour demander à l’État de revenir à l’égalité des chances et à l’excellence académique.

Monsieur le Ministre, il n’est jamais trop tard bien faire. Vous avez encore le temps de vous repêcher.

Respectueusement

Ministre camerounais de l’Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo
Droits réservés)/n


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