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Lettre ouverte au Président de la République du Cameroun

Par Kah Walla Présidente du Conseil National du CPP

M. le Président,

Malgré ma résolution de ne pas vous écrire cette année, vu que vous ne semblez prendre en compte aucun courrier qui vous est adressé, la gravité de la situation dans laquelle notre pays se retrouve en ce moment, me contraint à engager une nouvelle communication à votre égard.

M. le Président, l’intégrité du territoire national – l’intégrité de notre cher Cameroun – se trouve attaquée comme jamais dans son histoire. Les régions de l’Extrême-Nord, et de l’Est ainsi que Bakassi constituent actuellement les zones de vulnérabilité de nos frontières et de menace pour nos compatriotes. Cela est inacceptable. Il y a urgence à y apporter une solution efficace.
Si nous nous devons d’agir quand un étranger est en insécurité sur notre territoire, nous nous devons encore plus d’assurer la sécurité des Camerounais/es sur l’ensemble de notre territoire national.
M. le Président, les Camerounais/es ne peuvent plus continuer à dépendre des forces étrangères. Nous sommes dans l’obligation et ce très rapidement, de prendre en main nos responsabilités. Il s’agit, au minimum d’un certain nombre de dispositions clés.

M. le Président, voici quelques mesures qui s’imposent à vous.
I. Convoquez un Sommet
Pour des intérêts certainement éloignés de ceux des Camerounais, vous avez accueilli un sommet mondial sur la sécurité maritime dans le Golfe de Guinée en Juin 2013. C’est également pour les mêmes raisons que vous allez prendre part du 6 au 7 décembre prochain à Paris, à un autre sommet sur la sécurité en Afrique. Aujourd’hui, il est l’heure de convoquer un sommet. Un vrai. Pour la sécurité du Cameroun. Inutile de préciser qu’il s’inscrirait dans le sens de l’intérêt supérieur de notre pays et des Camerounais/es et par extension celui de l’Afrique Centrale et des populations de la sous-région. Avec les chefs d’Etat du Nigéria, du Tchad et de de la République
Centrafricaine, vous devriez vous mettre autour d’une table pour prendre des décisions fermes pour la sécurité de nos frontières communes. Il ne s’agit pas ici de créer l’album photo qui a été le produit de vos trois jours de travail en Juin 2013, Mais plutôt de véritables séances de travail pour apporter des réponses aux questions suivantes :
. Quelle collaboration entre les forces de l’ordre nigérianes, tchadiennes et camerounaises pour ramener la sécurité dans les frontières autour de la région de l’Extrême-nord ?
. Quelles stratégies et actions à mener pour ramener la paix tout en respectant les droits des citoyen/nes dans ces zones ?
. Quelles stratégies à court, moyen et long terme avec les autorités tchadiennes et centrafricaines afin de sécuriser l’espace commun dans la région de l’Est ?
. Quelle collaboration entre le Cameroun et le Nigeria pour améliorer la sécurité au niveau de la ligne frontalière de la région du Sud-ouest et particulièrement dans la zone de Bakassi ?
C’est à la suite de ce sommet, avec un plan d’action concret en main, définit par nous-mêmes que nous pouvons rencontrer les partenaires de l’ensemble de l’Afrique Centrale, de l’Union Africaine, de l’Occident et d’autres régions du monde afin de discuter des enjeux de leurs investissements au sein de notre territoire en fonction de nos intérêts. Il nous appartient de prendre l’initiative et le leadership sur ces questions et pas à des étrangers.
II. Créez la synergie entre les différentes forces de maintien de l’ordre
Ce n’est un secret pour personne. A cause de votre style de gestion, nos différentes forces de l’ordre collaborent à peine. Il est indispensable de créer les conditions pour une synergie entre toutes ces forces de l’ordre afin d’apporter des solutions durables à cette menace au niveau de nos frontières. Il s’agit de :
. Réunir toutes les forces de l’ordre concernées pour le développement d’une stratégie commune avec des responsabilités partagées. Cette stratégie sera votre feuille de route pour le sommet susmentionné.
. S’assurer que toutes les forces de l’ordre ont les ressources équitables pour faire leur travail et assurer leur propre sécurité sur le terrain.
. S’assurer que les soldats et officiers qui font le véritable travail sur le terrain et dont la vie est en jeu au quotidien ont l’équipement et les ressources nécessaires pour faire leur travail.

III. Mettez en uvre un véritable plan de développement pour ces zones prioritaires
M. le Président, la paix ne se décrète pas, elle ne s’impose pas par la violence, elle se construit et s’entretient en permanence. Pour assurer la durabilité des résultats que pourront obtenir nos forces de l’ordre, il est impératif de mettre en place un plan de développement d’urgence pour les zones vulnérables telles que l’Extrême-Nord, l’Est et Bakassi.

Toutes les études le démontrent ; Les extrémistes et terroristes se recrutent parmi les jeunes dés uvrés, sans emploi et sans espoir. Votre politique de développement à ce jour, notamment en ce qui concerne les jeunes, constitue le plus grand danger pour la sécurité du Cameroun.

Le Cameroun tout entier a besoin que vous changiez radicalement votre stratégie pour aborder les questions de chômage, de développement économique et social. Sans une nette amélioration des performances dans ces domaines, la supposée paix camerounaise demeurera fragile. Si le pays tout entier a besoin que vous revoyez votre copie dans ces domaines, le besoin dans ces zones frontalières est encore plus grand et plus urgent. Pour sécuriser ces zones de manière durable, nous avons besoin de la mise en uvre d’un plan de développement qui assure :
. Le développement de l’économie locale
. La création des emplois
. La délivrance des services de base tels que l’eau, l’électricité, la santé et l’éducation

IV. Prenez le Leadership de la Région

M. le Président, si tout ceci nous arrive, c’est au moins en partie dû à votre manque de proactivité et votre insuffisance de leadership dans la région. Le Cameroun est le leader naturel de l’Afrique Centrale. C’est du fait de ne pas jouer ce rôle et de ne pas prendre au sérieux la sécurité de l’ensemble de la sous-région que provient, en partie, la cause de nos problèmes d’insécurité d’aujourd’hui. Il est impératif que le Cameroun reprenne sa place de leader et que nous commencions un travail approfondi et à long terme pour sécuriser durablement la sous-région.

Finalement, M. le Président, si tout ceci vous semble trop compliqué, trop difficile et fastidieux, on peut imaginer que cela soit le cas compte tenu de la fréquence de vos congés et séjours à l’étranger, vous pouvez toujours opter pour la solution que nous vous avons proposées à travers plusieurs correspondances déjà : une démission honorable et un départ tranquille.

A bon entendeur. dit-on au sein de notre communauté. A vous de bien entendre et surtout d’agir, M. le Président.

Pour le Cameroon People’s Party
(è) Kah Walla
Présidente du Conseil National

Kah Walla écrit à Paul Biya
www.journalducameroun.com)/n
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