Opinions › Tribune

Lettre ouverte aux camarades militants du Rdpc: Non-dits du débat sur les primaires ou les investitures

Par Charles Ateba Eyene

A quelques semaines des prochaines élections législatives, municipales et peut-être régionales, un débat intense secoue le Rdpc sur le choix entre les primaires et les investitures. Les positions des uns et des autres sont données dans les médias, en attendant le dernier mot du Président national. Mais dans cette tribune, Charles Ateba Eyene, membre suppléant désigné du Comité central du parti de la Flamme, donne sa position à travers une lettre ouverte à ses camarades militants. Il assimile ni plus ni moins la logique des investitures ou couronnement des clubs et des réseaux dans le fonctionnement du parti. Le débat en cours au Rdpc en ce moment est un faux débat. Il est malsain et malhonnête, car, notre parti qui a réalisé plusieurs réformes depuis 1988 avait déjà réglé un certain nombre de problèmes relatifs à son fonctionnement. En 1997, le Secrétariat du Comité central du Rdpc a publié aux éditions Saint-Paul un ouvrage au titre révélateur, «Le Rdpc vu par Paul Biya ou la force des réformes». L’ouvrage était signé du Secrétaire Général de l’époque, Joseph Charles Doumba et avait un titre mémorable: «La dynamique réformatrice». Depuis plusieurs décennies, le Rdpc a expérimenté les primaires. Comme dans tous les pays et dans tous les partis, il y a eu des couacs. Mais, il n’en demeure pas moins vrai que, les investitures riment assez mal avec le concept de démocratie dans son essence. Le débat en cours au Rdpc est un débat de ruse, un débat complètement biaisé pour tromper les naïfs, car, le sommet du parti semble avoir, depuis longtemps, arrêté l’option des investitures. Depuis les sénatoriales, on a fait savoir, en douceur, aux élus du Sud qui voulaient se montrer «démocrates», qu’ils n’avaient pas intérêt à lever la tête. Cette mise en garde était un message des élites Rdpc à la base comme pour dire: c’est nous qui contrôlons le navire et vous avez intérêt à coopérer.

Faits vécus

Dans la Vallée du Ntem, ce message a été plus clair et ferme pour étouffer les velléités de tous ceux qui voulaient mettre à mal la candidature de Samuel Obam Assam. Des militants de cette localité sont venus nous voir à cet effet, pour exprimer leur amertume face à l’idée des investitures des députés et des maires qui se profilait à l’horizon. Au fil du temps, le débat a enflé. Des émissaires bien outillés par les gourous du Rdpc ont investi des médias pour préparer l’opinion. On voyait venir la man uvre et le jeu qu’elle cachait. On évoquait des arguments saugrenus selon lesquels: «avec les primaires, des personnes peu recommandables et à la moralité parfois douteuse, allaient faire une intrusion dans le parti, écornant au passage son image et ses valeurs». Très beau comme idéal mais, en réalité, aucun militant du Rdpc n’a la conviction que le Rdpc de 2013, tient aux valeurs de vertu. Pourquoi donc ne pas identifier les feymen et rejeter leurs candidatures si c’est pour assainir le parti? Quelle solution simple. C’est d’ailleurs ce qui explique le déchaînement des militants qui, dans leur majorité, ne veulent pas entendre parler des investitures. Ils promettent d’ailleurs, à cet effet, de se faire entendre (par tous les moyens) si le hold-up est maintenu. C’est aussi ce qui explique que, malgré les menaces des élites et malgré l’argent qui a circulé, des conseillers municipaux Rdpc ont quand même voté le Sdf aux sénatoriales. Notre pays semble traverser «le printemps des cons», raison pour laquelle, une petite poignée des illuminatis pense que personne ne réfléchit et qu’elle peut enfariner tout le monde. Mais attention, souvent, il arrive que l’on se trompe en croyant tromper. Les militants du Rdpc sont loin de ne pas comprendre le grand jeu que les adeptes des cénacles, membres du Rdpc, déploient depuis les sénatoriales pour le contrôle de l’alternance qui a commencé! Quoi que l’on dise, c’est cela le vrai enjeu des pouvoiristes en ce moment. Il faut être sûr que, ce sont des fraters qui sont positionnés députés ou maires dans telle ou telle localité du pays. On ne peut réussir l’équation qu’en passant obligatoirement par les investitures. Les primaires, pour cela, sont un grand risque pour les fraters. Ils n’en veulent pas. Or, c’est pour nous la seule voie du salut pour la réconciliation du Rdpc avec sa base, après le flou artistique vécu avec le premier Sénat.

Dr Charles Ateba Eyene
journalducameroun.com)/n

Communication non-violente

Chers camarades, c’est par conviction que nous prenons la plume face à cette autre forfaitaire qui se prépare et qui, de toute évidence, n’est pas de bon augure pour le Rdpc. Il faut faire très attention aux réseaux et aux lobbies sectaires qui tiennent à contrôler le pouvoir après Biya. Ainsi démontré, le parti ne leur tient pas à c ur. Ils vont tout simplement en faire un moyen, un instrument pour parvenir à leurs fins. Tant pis alors pour notre énergie dépensée pour construire le parti depuis plusieurs années. Tant pis pour les risques et tant pis pour les sacrifices. Chers camarades, une société de réseaux est une société sans c ur et impitoyable. Elle ne privilégie que l’intérêt de ses membres! Nous avons trop de peine à comprendre et à expliquer la mafia qui s’organise au sein de notre parti à cette heure précise mais, l’histoire des peuples édifie à plus d’un titre: il ne faut jamais penser que les choses se passeront toujours comme prévues, surtout, quand on a le peuple et la majorité en face.
Le débat sur les primaires ou les investitures au Rdpc lors des élections à venir n’est pas un débat, mais une option qui a des buts précis: éliminer les gens que l’on ne «contrôle» pas; éviter que les fraters ne soient au centre des problématiques de l’alternance au Cameroun; confisquer le pouvoir dans les réseaux; empêcher la saine émulation; museler les objecteurs de conscience.
Tout cela pour se protéger et protéger les intérêts égoïstes (cela se révèle souvent illusoire). C’est à ce niveau que le débat transcende les seules frontières du Rdpc. La culture politique acquise, nous le supposons, depuis la création du Rdpc en 1985 vole en éclats au bénéfice des petits arrangements et des petits calculs. A quoi auront donc servi les réformes du Rdpc, si maintenant il faut fatalement revenir à la case départ? Quelle image! Cela fait plus de douleur quand on a lu Jean François Révet «Comment les démocraties finissent», publié chez Crasset en 1983. Cette façon de vouloir faire la politique donne à la fois la nausée et l’indigestion. Au-delà de l’attrait, elle installe le malaise. Il faut bien que l’on s’efforce à regarder aussi les choses dans ce sens. Quand on fait le point sur les nations de primaires et des investitures partant du Rdpc, le premier concept représente la migraine alors que le second, s’assimile à la peste. Les primaires consacrent les clubs au sein du Rdpc. Ce sont les adeptes de ces clubs qui sont déterminés à imposer cette option. Choisir les théories de la complexité quand il faut faire simple conduit nécessairement au chaos. Le front de la résistance contre les investitures a presque vu le jour. Les caciques peuvent envisager les méthodes fortes habituelles, mais hélas, le temps ne s’y prête pas. La culture à développer c’est bien celle du dialogue et du compromis. En communication non-violente, on enseigne que les mots sont des «portes ou des murs». Il ne faut pas que la perspective des investitures que l’on veut imposer à la base, conduise le parti à l’implosion. Ce serait la faute des oligarques et des réseaux sectaires mafieux qui confondent le Rdpc à la Corse où prospèrent des pratiques ténébreuses. Alors chers camarades, vigilance, vigilance!

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut