Opinions › Tribune

Lettre ouverte: « Dr Mathias Eric Owona Nguini battez un tam-tam humaniste »

Vincent-Sosthène Fouda-Essomba, Socio-politologue

Dr Mathias Eric Owona Nguini, j’ai mal à mon sens de l’humanité lorsque je vois des images qui nous viennent du Gabon voisin, des femmes déshabillées, des jeunes à genoux sous la menace de la mitrailleuse, cette odeur de sang, de chair humaine qui brûle, ces cadavres ensanglantés !

Ce sont des crimes perpétrés contre des hommes, des femmes, des enfants les plus démunis d’entre nous par les plus forts, surarmés. Je voudrais d’abord exprimer ma compassion à toutes ces familles, à ce peuple en larme. Je suis là, n’en déplaise à ces intellectuels dans l’obscurité et le refus de la prise de position : l’inhumaine souffrance n’a pas de nationalité, de culture ou de religion ; elle n’a pas d’ethnie, de partie politique, de région ou de département : elle est universelle, et, parfois, je me sens, à entendre ces cris déchirants, couvert de honte.

Aussi, une interrogation, non moins lancinante, me vient-elle, en ces jours mortifères, à l’esprit : où êtes-vous donc aujourd’hui pour condamner ces meurtres, vous qui êtes toujours prompts à fustiger les crimes ceux, dites-vous perpétrés par la communauté internationale en Afrique, à juste titre certes, mais à la notoire et irrationnelle exception de ceux perpétrés par ceux que vous soutenez aveuglement sur le peuple qu’ils sont sensés servir ? Un injustifiable, par la plus incompréhensible des indignations sélectives, « deux poids, deux mesures » !

Ainsi aimerait-on vous entendre dénoncer publiquement, au nom même de ces principes universels que vous n’avez cesse de revendiquer, la suspension d’Internet, des réseaux sociaux par le gouvernement du président Ali Bongo Ondimba, l’incarcération des manifestants pour la démocratie, le gazage permanent des leaders de l’opposition réfugiés au quartier général de monsieur Jean Ping !

Répondre à la barbarie par la barbarie n’est guère une solution ; cet engrenage ne fait qu’attiser la haine et exacerber ce conflit ! Césaire disait que l’indépendance se paye en sang et en cadavre certes mais le peuple gabonais n’a-t-il pas déjà payé le prix de sa libération ?

Votre silence, en cette triste circonstance, est aussi assourdissant, paradoxalement, que celui, tout aussi coupable, des autres intellectuels dans la sous-région. Qu’attendez-vous donc ? Le réveil des bêtes sauvages comme Amadou Kourama attendant le vote des bêtes sauvages ? Ne soyons pas l’antimodèle dont parle Fabien Eboussi Boulaga dans Lignes de résistance, oui ne soyons pas celui qui usurpe son nom et son statut, ne soyons pas ceux qui « parlent comme des livres » et deviennent amnésiques et muets face à ce drame qui se joue à nos portes.

Fous-t-en Nguini de ton nom dépouillé de l’onction paternelle, laisses dire tes maîtres ; Quittes les bancs et retrousses tes manches.

La faiblesse de Nguini – dirais-je l’erreur ? – est d’avoir une vue a priori du problème.

Mais où est Nguini ? Quel est cet éblouissement, quelle est cette contemplation extatique devant ce que tu nommes « l’Oligarchie Néo-coloniale qui construit le Système institutionnel et Gouvernant PDG-Bongo au Gabon » !

Nguini c’est quoi ce discours quand des hommes, des femmes, des enfants tombent parce qu’ils revendiquent leurs droits les plus élémentaires ?

Un humaniste digne de ce nom se doit de dénoncer, tel un impératif catégorique, le crime d’où qu’il vienne, sans se laisser enfermer en un quelconque esprit partisan, ni manichéisme ou dogmatisme, ni école ni maitre.

Dr Mathias Eric Owona Nguini, mon invitation n’est point un nid de guêpes, ce n’est non plus un bouquet de roses d’où tu ne devrais que humer le doux parfum, non c’est une invite à faire preuve d’honnêteté intellectuelle, de courage moral, de noblesse d’âme et de lucidité : élevez-vous au-dessus des partis, des salles de cours, prenez de la hauteur et condamnez le crime, même lorsqu’il provient de votre famille ; surtout quand il est commis par vos amis, vous en sortirez grandis, et le monde vous en saura gré !

Oui en vous, je sens ces forces de surrections, d’insurrection et de créativité dont cette partie du continent aliéné a un besoin vital. Ne vous soumettez point, ne vous défilez point devant une pseudo-révolution pré-électorale ou encore moins devant un sombre héritage dont les deux protagonistes ne seraient que de dignes héritiers !

Parlez un langage que votre auditoire n’a point besoin de décoder, battez le tam-tam car jamais ce que vous dites comme l’affirme Paul Eluard, ne saurait être une erreur (de compréhension) les mots ne mentent pas. Commandez au peuple d’exister, faites-vous démiurge venez à ce pays vôtre à votre peuple, pour paraphraser Césaire, dites-lui : Embrassez-moi sans crainte. « Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que le parlerai ».

Renversez la pyramide épousez le nouveau paradigme faites de votre bouche la bouche « des malheurs qui n’ont point de bouche » de votre voix « la liberté de celle qui s’affaissent au cachot du désespoir ». Venez Mathias Eric Owona Nguini, venez en homme du peuple et dites à vous-même comme dans un soliloque « surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse. »


Droits réservés)/n



A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé