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Lettres ouvertes à Paul Biya: Marafa Hamidou Yaya hors sujet

Par Jacques Blaise Mvié

Tous ceux qui font l’exégèse de toute cette série d’attaques ad hominem dont est l’objet depuis quelques semaines le président Paul Biya de la part de Marafa Hamidou Yaya sont unanimes: le but activement recherché par l’ex-ministre d’Etat est de faire feu de tout bois pour que son procès, dans l’affaire de l’acquisition d’un aéronef présidentiel, n’ait pas lieu. Pour eux, il ne faut nullement un petit mode d’emploi particulier pour comprendre qu’il veut pousser les Camerounais à faire, non son procès, mais plutôt celui de Paul Biya. De quoi se demander dans quelle cabale se ressource son mauvais génie?

La confusion est aussi grossière que volontaire. Parler de tout et de rien, sauf de l’affaire de l’acquisition d’un aéronef présidentiel, l’unique et principale cause actuelle de son incarcération à la prison centrale de Kondengui. Dans le Rdpc où l’ancien ministre d’Etat demeure bel et bien membre du bureau politique, et ailleurs, on appelle ca: une vaine tentative de dérobade. Vitrioler le Système qu’il a activement contribué à bâtir, en tant que proche collaborateur du président Paul Biya. L’un des plus écoutés pendant 17 années d’affilée. L’un des plus influents aussi. Cela peut être qualifié comme une ingratitude regrettable, doublée d’une malhonnêteté qui fait automatiquement perdre toute crédibilité à celui qui, même dans une monarchie, prétend assurer les charges publiques. Débiter à tout vent des racontars idiots, étaler sur la place publique des papotages grossiers du sérail, ou encore exhiber une burlesque comptabilité de la gestion des recettes pétrolières comme il envisage résolument de le faire dans les tout prochains jours, Marafa a cyniquement choisi de détourner l’attention de l’opinion, comme ce froussard fautif qui a pris pour habitude de laisser échapper des vents nauséabonds pour faire peur à ses persécuteurs. Ici, comme venue du passé le plus archaïque, la filature se fait en sens inverse. C’est plutôt le voyou qui crie «au voleur!». C’est lui également qui entreprend de surveiller le gendarme qui pourtant est à ses trousses: Malheureusement, ce stratagème éhonté et malsain ne peut conférer à Marafa aucune forme d’immunité pénale, comme le précisent d’ailleurs les juristes. Même s’il prenait davantage un malin plaisir à pérorer, dans un style poissard digne d’un inculte pochard des quartiers malfamés de nos bidonvilles, sur d’autres prétendues confidences croustillantes sur le président Paul Biya. En vérité: une posture d’irresponsable aux antipodes de celle plus relevée d’un ancien ministre d’Etat qui aurait dû faire montre du sens de l’Etat et de l’honneur. Pétillant de malice et repu d’une revanche dont il rêve depuis qu’il a été sorti du gouvernement, voilà le « présidentiable » déchu qui se découvre, au fond de sa cellule à la prison de Kondengui, les talents Patriotards d’un poétereau des kermesses politiciennes de la République.

En fait de lettres ouvertes, il s’agit d’une littérature de bistrot sans grand intérêt à travers laquelle l’apprenti-scribouillard s’époumone avec une frénésie revancharde à s’occuper des simples et insignifiantes balayures d’un code électoral récemment voté et adopté à l’Assemblée nationale, au lieu que sa main profanatrice de diable aujourd’hui en proie aux flammes de l’enfer s’emploie d’abord à balayer devant la propre porte de cette virginité civique dont a préalablement besoin tout candidat sérieux à une élection présidentielle. Et cette virginité n’est matérialisée qu’à travers la présentation d’un casier judiciaire dépouillé de toute tâche pénale. Bien plus grave, parlant encore de ces lettres ouvertes à Paul Biya, il s’agit plutôt d’un tissu de banalités générées par le cerveau en ébullition d’un forban jaseur qui croit tenir son salut aujourd’hui à force de se répandre ostensiblement en babillages outranciers et effrontés à l’égard d’un Paul Biya déterminé pourtant à mener sans fléchir la lutte contre les détournements de fonds publics et la corruption. On pourrait même dire qu’il s’agit d’une palanquée de poncifs destinés à faire changer d’avis au pilote en chef de l’opération Epervier, mais qui n’ont jusque-là provoqué ni quelque frayeur dans son sillage, ni sternutation de la part de cet élu du peuple qui aura déjà démontré en d’autres temps qu’il a le dos suffisamment large pour encaisser toutes sortes de banderilles. En tant qu’ancien putschiste d’avril 1984, Marafa Hamidou Yaya aurait dû éviter d’avoir ainsi la mémoire tronquée. Voilà pourquoi nous nous sommes dit après la publication de sa première lettre ouverte, qu’il ne s’est agi que de simples hoquets, humainement parlant, d’un faux orgueilleux qui, à cause des affres actuelles de son nouveau statut, n’en finit pas pour autant de gratter les blessures saignantes de son ego surdimensionné. Mais habitué à remuer les eaux les plus troubles depuis qu’il a participé à la conspiration du 6 avril 1984, l’ex-ministre d’Etat a cru devoir ne pas sortir de la logique de la vendetta programmée bien longtemps avant pour donner le change à celui qui lui aura pourtant offert plus que le gîte et le couvert en faisant tour à tour de cet ancien putschiste, sauvé in extremis du gibet, conseiller spécial, secrétaire d’Etat, ministre et secrétaire général de la présidence de la République.

Le nouveau «Fru Ndi»
En réalité surtout, en fait de lettres ouvertes encore, il s’agit ni plus ni moins que d’un cocktail hallucinant de bellicisme juridique et de ragots de toute nature servis, une fois de plus, à l’attention des Camerounais par un prisonnier de luxe qui, au bord du suicide, a perdu diantrement la raison. D’une chronologie d’anachronismes politiques. D’un précis d’impostures juridiques et d’un combiné de grossiers Mensonges frénétiquement brandis à l’adresse d’un peuple camerounais que Marafa Hamidou Yaya n’a jamais respecté et ne respectera guère. D’ailleurs, comble de malhonnêteté, ne voyons-nous pas que, pour rendre sa cause sacrée, Marafa a carrément choisi de s’autoproclamer, à la fois, le porte-voix de cette opposition de boutique qui vend, bien sûr, dans notre pays le vent depuis des décennies, le portefaix de ses doléances, mais aussi le porte-étendard de la récurrente démagogie de ses leaders, elle, la créature de Paul Biya qui n’a jamais brigué le moindre mandat électif? Dès lors, à l’entendre pourtant critiquer un système qu’il aura contribué à bâtir avec ferveur, Ni John Fru Ndi fait figure de nain aux côtés de ce «nouveau messie» que l’opposition camerounaise découvre aujourd’hui, plus de quarante ans après la mort de Um Nyobe. Les Camerounais de tous bords, habitués à voir des grands commis de l’Etat qui, même en endurant les plus cruelles et injustes humiliations, à l’instar de Polycarpe Abah Abah et autres Olanguena Awono, ne se sont jamais départis de la réserve et des civilités républicaines qui font ailleurs ces grands hommes dans une République, découvrent à l’occasion, dans un effarement total, un vulgaire détourneur de fonds publics qui a choisi suicidairement de se parer d’une mine d’ogre en colère pour exciper un patriotisme de mauvais aloi. Un vrai scandale moral et politique!

Il faut le souligner à grands traits. Titus Edzoa, candidat à l’élection présidentielle de 1997 après avoir démissionné avec fracas du gouvernement, a gardé jusqu’aujourd’hui sa posture sacrificielle d’homme d’Etat en mettant sous scellés le moindre détail de sa vie professionnelle, même dans les pires moments de son humiliation publique. En tant qu’ami, confident, médecin, tuteur spirituel de Paul Biya et ancien secrétaire général de la présidence de la République, qu’est-ce que ce candidat déclaré à l’élection présidentielle de 1997 ne pourrait pas faire comme révélations? Mais les hautes fonctions dans l’appareil de l’Etat lui ont inculqué la culture de l’Etat et du service public, le sens de l’honneur et la préservation du patrimoine public. Au contraire d’un Marafa brouillon, disert à profusion et sans consistance. Pendant qu’au niveau du parquet, le juge d’instruction chargé de son dossier attend qu’il manifeste le même enthousiasme logomachique ou épistolaire sur l’affaire de l’acquisition de l’aéronef présidentiel, le nouveau «Fru Ndi» loquace, se contente plutôt de se cacher derrière un petit doigt de la récusation. Plus grave, comme un enfant de la Sil, il entreprend plutôt de critiquer, contre toute attente, Elecam, le code électoral, et bataclan. Quelle sécheresse d’esprit ou de c ur peut-il aujourd’hui empêcher le Camerounais le plus oublieux de se souvenir que c’est lui, en tant que ministre d’Etat chargé de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, qui avait soutenu à l’Assemblée nationale le projet de loi portant création d’Elecam? N’est-ce pas également lui qui avait, bien longtemps avant l’arrivée de René Emmanuel Sadi au Minatd, préparé toutes les moutures du récent projet de loi sur le code électoral? Quand il parle aujourd’hui comme un pharisien illuminé, de laisser les Camerounais choisir librement leurs dirigeants, à quoi fait-il ainsi allusion? L’hypocrisie d’une telle démarche est d’autant plus manifeste que c’est lui, l’ex-Minatd, qui aura organisé, avant la création d’Elecam, plusieurs élections au Cameroun… D’abord, comme secrétaire général de la présidence de la République, du 8 décembre 1997 au 24 août 2002. Davantage, comme ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, du 24 août 2002 au 9 décembre 2011. Alors de quoi parle notre pharisien? Une preuve supplémentaire de ce que Marafa aurait carrément perdu le nord…

Vanité politicienne
Sur un autre plan strictement politique, que fait-il du fameux axe Nord-Sud, cet illogisme en démocratie au nom duquel ses partisans l’ont carrément couronné, comme dans une monarchie, «dauphin de Paul Biya»? En le faisant, ces partisans ne prenaient-ils pas ancrage sur ce fameux anachronisme, actuellement source des rêves évanouis, des espérances volatilisées et des illusions perdues d’un «présidentiable autoproclamé» pris aux mailles de la justice, qui a choisi cyniquement d’agiter le hochet d’une certaine vanité politicienne pour tenter désespérément de faire mousser dans sa région natale une certaine hostilité à l’égard de Paul Biya? De même, l’entente factice avec certains réseaux français pour le conduire à Etoudi, n’avait-elle pas pour fertilisant cette terrible survivance électorale du parti unique? De quelle démocratie parle donc Marafa? N’était-il pas parmi les tout premiers clairons à entonner l’antienne de cette incantation politiquement autocratique, au point de la faire planer comme une menace pour la préservation de la paix et de l’unité nationale au Cameroun, au cas où le virtuel ascenseur politique de ses partisans et lui, ne faisait pas remonter le pouvoir au Nord? En outre, en brandissant à tout vent la menace d’une guerre civile qui guetterait notre pays, Marafa ne fait-il pas davantage allusion à ce lien historiquement informel entre le Nord et le Sud, qui oublie volontiers les autres parties du Cameroun? Tout compte fait, son dessein inavoué n’est-il pas aujourd’hui de tenter, à travers ses man uvres, de mettre en péril cet idéal d’unité nationale, bâtie pourtant au prix de nombreux cadavres, même s’il lui faut marcher encore sur d’autres cadavres ? N’est-ce pas pour atteindre cet objectif ignoble qu’il s’ébroue ubuesquement de manipuler cyniquement les citoyens, à travers ses prétendues lettres ouvertes, exactement comme le font les publicitaires qui manipulent les consommateurs, en ne reculant devant aucune forme de séduction perverse, d’habile et malsaine masturbations des consciences? Pour répondre à toutes ces questions et à bien d’autres, Marafa doit savoir que ce ne sont ni ses périlleuses culbutes pour échapper à la justice, ni la prolifération de toutes ces lettres sans objet qui alimentent les gazettes des faits grossis à dessein, qui peuvent être sa planche de salut face à l’impératif devoir de vérité qui s’impose à tout gestionnaire de la fortune publique. Au contraire. Trêve donc de ces balivernes qu’il s’évertue de faire passer pour des vérités! Monsieur Marafa, arrêtez ce bastringue qui vous dessert! Dites aux Camerounais à quoi ont servi les sommes d’argent énormes allouées à l’acquisition de l’avion présidentiel!

Jacques Blaise Mvié
La nouvelle)/n


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