Opinions › Tribune

L’hommage du Cran Ă  Papa Wemba

Par Guy Samuel Nyoumsi, Vice-président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN)

Dans le firmament constellĂ©, il existe des Ă©toiles qui brillent plus que de coutume, Papa Wemba Ă©tait de celles-lĂ . NĂ© sous la gouverne d’une mère dont la profession de « pleureuse » l’a assurĂ©ment bercĂ© et accompagnĂ© par « ses trĂ©molos » destinĂ©s Ă  Ă©mouvoir, susciter la douleur, les larmes, voire l’empathie auprès des plus irascibles, Papa Wemba, immergĂ© dans les vocalises d’un art Ă©prouvĂ© pour toucher l’âme, a suivi son destin : celui d’un artiste hors pair qui a donnĂ© Ă  la Rumba, ce rythme syncopĂ© par la caisse claire : « le zaĂŻko Langa Langa », suggestion phonique « du tam-tam africain » dont l’essence cadencĂ©e est chevillĂ©e dans l’âme de tout africain qui se meut sous le soleil.

Le rythme, la recherche d’une rythmique originelle transfigurĂ©e lors de la traversĂ©e du Pacifique, pendant trois siècles de dĂ©portation des Noirs, vers des destinations inconnues d’Europe et d’AmĂ©rique, oĂą, exilĂ©s et dĂ©paysĂ©s, ils n’avaient pour souvenir « du Paradis perdu » que le syndrome traumatique du moutonnement des vagues et du mugissement de la mer : « le blues » figuration du « bleu » de l’ocĂ©an connotant la tristesse, devenu pour la circonstance, le creuset d’inspiration du chant, du « ch ur des esclaves ». lorsque retentit le «go down Moses. let my people go » ou le « sometimes I feel like a motherless child » de Louis Amstrong, la figuration du mouvement des vagues est prĂ©sent dans les modulations de la voix.

Le rythme a traversĂ© le temps, s’est dĂ©clinĂ© avec le temps, s’est ravivĂ© dans le temps, Ă  travers « la parole retrouvĂ©e », le dialogue entre les instruments : « le jazz » ; la joie de revivre, de crĂ©er, de parler Ă  l’âme de tout africain, grâce aux lignes mĂ©lodiques de la voix et aux variantes rythmiques d’une Rumba passant de la lascivitĂ© « chaloupĂ©e » Ă  la vigueur « syncopĂ©e » de ses sonoritĂ©s et de sa rythmique caractĂ©risait Papa Wemba .

Pour s’ĂŞtre donnĂ© corps et âme Ă  la musique et Ă  la chanson que les modulations et envolĂ©es sonores de sa voix, ont accompagnĂ©es avec une dextĂ©ritĂ© unique en son genre, Papa Wemba est de ces rares musiciens qui ont perçu, « les bribes de la musique des sphères », celle rendue inaudible au commun des mortels, pour les prĂ©server « d’une mort certaine » si, par extraordinaire, il leur Ă©tait donnĂ© de l’entendre.

Cette musique des astres dont on dit qu’elle n’est accessible qu’Ă  ceux qui, parvenus au sommet de leur art, peuvent en entendre les merveilleuses mĂ©lodies, est l’apanage des initiĂ©s, des artistes crĂ©ateurs, maĂ®tres Ă©prouvĂ©s de leur art et pĂ©tris de rĂ©sonances inspirĂ©es, venus d’un ailleurs dont ils sont devenus les rĂ©ceptacles.

Les maĂ®tres de la chanson et de la musique tels, Michael Jackson, Prince, Whitney Houston, Miriam Makeba, Papa Wemba entrent dans l’histoire comme ils ont vĂ©cu, avec, grâce et par leur art. Bien plus qu’une dĂ©claration d’amour pour le public qui le sĂ©duisait et qu’il savait si bien Ă©lectriser, la prĂ©monition de sa mort sur scène, est un acte testamentaire, une signature, un accomplissement.

Au-delĂ  des circonstances de son dĂ©part de la lumière du jour et des feux des projecteurs, attribuĂ©es Ă  une « main noire », Papa Wemba demeure un artiste d’exception qui marquera Ă  jamais la musique africaine : c’est sur la scène africaine et devant son public, qu’il quitte la scène.

Papa Wemba,


Que l’Ă©toile du firmament qui t’a inspirĂ©, t’accueille et brille de tous ses feux pour te survivre et inspirer Ă  leur tour les gĂ©nĂ©rations d’artistes que ton affabilitĂ©, ton humilitĂ© et la chaleur de ta voix ont su toucher.

Salut dĂ©fĂ©rent au MaĂ®tre ! Chapeau bas Ă  l’Artiste !

Paris, le 27 avril 2016.

Papa Wemba au Femua Ă  Abidjan, le 24 avril 2016, peu de temps avant son malaise.

Droits réservés)/n

0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

Ă€ LA UNE
Retour en haut