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Libération des otages, succès diplomatique pour le Cameroun

La libération suivie du retour en France des ex-otages français est un coup diplomatique réussi pour le Cameroun, mais surtout un triomphe médiatique

Le rapt des français aura été un évènement difficile à vivre pour la France, le Cameroun, mais aussi le Nigéria dont la secte Boko Haram était suspectée d’être à l’origine. D’autant plus difficile que quatre enfants étaient parmi les otages. 60 jours après leur rapt, les 7 membres de la famille Moulin Fournier ont été libérés, après des négociations – sans rançon ? – menées principalement par le Cameroun. Le maillage complexe des chefferies traditionnelles du Grand Nord Cameroun, frontalière du Nigéria, a été maîtrisé par les émissaires officieux – aucun nom n’est avancé – de la présidence de la République. C’est sans doute conscient de cet effort, qu’après des mots pour les otages vendredi dernier, le président français François Hollande a remercié aussi bien le Cameroun que le Nigéria et a rendu hommage à Paul Biya : j’ai une pensée particulière pour le Président Paul Biya, qui dans ces derniers jours a eu un rôle important. Des mots chaleureux à l’endroit du président camerounais qui a vraiment engagé tout ce qui était possible de faire en plein accord, en pleine coopération, en pleine collaboration avec la France. Ce dénouement heureux va-t-il réchauffer l’état des relations entre les deux hommes ? Quelques heures plus tard, Laurent Fabius, ministre français des affaires étrangères, arrivé à Yaoundé pour ramener les otages, est allé dans le même sens : Je veux vraiment et chaleureusement vous remercier, Monsieur le Président, pour ce que vous avez fait, en liaison avec les autorités nigérianes et françaises, comme vous l’avez souligné, dans la discrétion, dans l’efficacité en réitérant la gratitude de la France à l’égard du Cameroun et de son président. Tanguy Moulin Fournier, dans sa déclaration après leur arrivée en France samedi 20 avril 2013, a remercié le Cameroun et le président camerounais. Lors de la rencontre au palais de l’Unité la veille, il a promis de revenir le plus tôt possible au Cameroun où lui et sa famille ont été bien accueillis en 2011. Vendredi 19 avril 2013, une réception a été donnée au palais de l’Unité par le président Paul Biya, qui dans son discours de circonstance a déclaré : Le peuple camerounais et moi-même ressentons à la fois un immense soulagement et une grande joie de vous voir libres (.) L’heureux dénouement de cette affaire est incontestablement le fruit d’une coopération exemplaire entre les gouvernements français, nigérian et camerounais. Leurs services ont fait preuve d’une remarquable efficacité et de beaucoup de discrétion

A quelque chose malheur.
Le rapt de sept français dans les plaines de Dabanga à l’Extrême Nord du Cameroun avait donné lieu à un déferlement médiatique. Envoyés spéciaux, correspondants, experts et autres « fins connaisseurs » de l’Afrique, du Cameroun, de Waza ou encore de la zone sahélienne qui l’entoure ont raconté le Cameroun avec leurs mots. A leur façon, laissant parfois filtrer une méconnaissance géographique (Kribi capitale du Cameroun) ou culturelle du sujet, multipliant les incongruités. Le problème n’était pas complètement résolu cette fois, mais il vaut mieux que ce soit dans le sens positif, affirmait samedi soir une camerounaise installée en France, lorsque les ex-otages étaient sur le plateau du journal de France 2. C’est donc un succès diplomatique pour le Cameroun, mais aussi médiatique car depuis vendredi 19 avril, tous les médias français avaient les yeux tournés à Yaoundé et au Cameroun. Le décalage est d’autant plus visible qu’il y’a à peine 3 mois le président camerounais était en visite de travail dans l’hexagone. Aucune image, aucun texte et aucune photo n’ont été vus ou aperçus dans les médias français, reléguant cette visite à de l’information de niveau inférieure. Sur un autre plan, le communiqué de presse du ministre des affaires étrangères au lendemain du rapt, qui déconseillait la visite de la zone par les ressortissants français a causé du tort au tourisme local, dont le parc de Waza est l’une des principales attractions. On peut comprendre dès lors les propos de Rodolphe Simo Kam, administrateur Directeur général de la Sofitoul (société financière pour le tourisme et les loisirs) dans un communiqué : Nous avons appris, avec un grand soulagement, la nouvelle de la libération sains et saufs, de tous les membres de la famille Moulin Fournier (.) Leur enlèvement et le prolongement de leur détention, étaient malheureusement de nature à briser l’élan de progrès enregistré depuis plusieurs années dans notre industrie de tourisme (.) Puisse cet incident regrettable et exceptionnel amener les pouvoirs publics à redoubler d’efforts pour renforcer la sécurité de nos sites d’intérêt touristique. C’est sans doute cette déclaration de Tanguy Moulin Fournier qui résumé l’état d’esprit de nombreux camerounais: le Cameroun n’y était pour rien là-dedans !

Quelques images de la réception donnée par le Président camerounais vendredi 19 avril 2013, en hommage aux ex-otages

Journalducameroun.com)/n

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