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Liberté d’expression: Charles Ateba Eyene interdit de parole?

La conférence de presse organisée par l’auteur n’a pu avoir lieu. Pour cause, elle n’a pas été déclarée à la sous-préfecture

Alors qu’il avait réuni des journalistes dans une des plus anciennes librairies de la ville, pour leur faire une communication sur la situation qui est née de la parution de son dernier livre le 31 octobre dernier, l’auteur et intellectuel Charles Ateba Eyene a été interrompu dans sa démarche par l’arrivée du sous-préfet de Yaoundé 3ème, accompagné des éléments de forces de police. La situation a menacé de virer au drame lorsque l’autorité administrative a fait irruption dans la salle. « Vous n’avez pas le droit d’interrompre cette rencontre, la loi autorise aujourd’hui les gens à se réunir dans des endroits lorsqu’ils le désirent, sauf si la réunion a un caractère politique » a fait savoir avec vindicte, l’avocat de Monsieur Eyene. Autre personne en colère, le professeur Pascal Messanga Nyamding, préfacier de l’ouvrage à polémique. « Nous travaillons tous pour le Président Biya. Il a invité la jeunesse à se détourner des pratiques malsaines et le livre d’Ateba Eyene n’est qu’un rappel de ce message. Je suis membre titulaire du comité central du RDPC(le parti au pouvoir), donc vous ne pouvez croire que nous travaillons contre monsieur Biya, le président de ce parti. Par contre l’arrivée des sous-préfets et autres est la preuve formelle qu’il y a des gens qui préparent des mauvais coups dans ce pays et nous ne pouvons laisser passer cela, car ce n’est pas le destin que notre président a pour les jeunes de ce pays », a-t-il déclaré. Le sous-préfet de Yaoundé 3e après un bref échange a finalement accepté de dire devant la presse pourquoi la rencontre a été suspendue. « Les organisateurs de cette rencontre n’ont pas effectué les démarches administratives nécessaires, sinon on en serait pas là. Il suffit d’aller faire une déclaration au niveau de la sous-préfecture, on marque notre accord et la conférence peut se tenir. Vous savez que la librairie des peuples noirs est un lieu essentiellement public. Et toute réunion qui doit se tenir en ce lieu doit être déclarée » a fait savoir le sous-préfet, rejetant les arguments de l’avocat qui invoquaient la loi.

Une interruption justifiée…
L’autorité a aussi rejeté le fait de faire l’objet de pression. « Je dois préciser que nous n’avons rien contre livre. En mon âme et conscience, je n’ai reçu aucune pression et si les organisateurs se pourvoient mieux, on autorisera la rencontre » a-t-il indiqué. Charles Ateba Eyene a reconnu n’avoir pas déclaré la rencontre à la sous-préfecture et aussi, a rapidement calmé la situation en demandant aux uns et autres de se disperser. Mais dorénavant, il avait un auditoire encore plus grand, grâce aux caméras braquées sur lui, et comme témoins le sous-préfet et les forces de l’ordre, et a ainsi pu mieux faire sa communication. « Le sous-préfet dit que je n’ai pas eu d’autorisation, c’est vrai. Depuis que ce livre est sorti, c’est la deuxième fois qu’on se réunit, parce que dans notre esprit ce n’était pas à la dimension d’une réunion. Il y avait juste une communication à faire de mise au point, pour que la presse ne se focalise pas sur les noms cité dans le livre, ou sur le seul volet de la Franc Maçonnerie et la Rose Croix. Le livre parle des loges, des sectes et des réseaux mafieux qui sont autant de problèmes. C’était ceci l’essentiel de notre réunion. Je pense que le sous-préfet a fait son travail», a indiqué l’auteur faisant savoir que l’incident survenu était un malentendu, le représentant de l’administration étant dans son rôle.

… Mais bénéfique pour la publicité de l’auteur
Monsieur Ateba Eyene a aussi profité pour expliquer que son livre n’était pas interdit. « C’est ce que mon avocat venait dire. Même s’il y a eu une action en justice, le juge des référés a aussi levé la suspension de vente du livre et donc on peut l’acheter », a-t-il expliqué. Son dernier livre sur l’action des loges, des sectes et de la mafia au Cameroun fait couler beaucoup d’encre et de salive. Au lendemain de la parution de son livre, Madeleine Tchuente la ministre de la recherche scientifique et de l’innovation a porté plainte et exigé que son nom soit rayé de la liste. On apprend aussi que d’autres personnes ont demandé à l’auteur d’enlever leurs noms, mais en privé. Le livre n’apporte pourtant aucune nouveauté, il cite des informations contenues dans certains journaux, et rappelle qu’on ne doit pas laisser passer ce genre de chose. Selon des personnes proches de l’administration, c’est justement là que réside le danger. «Vous savez beaucoup de camerounais se sentent misérables pour certains et le sont vraiment pour d’autres. Alors un livre qui indexe une catégorie de personnes comme les causes de cette situation peut ouvrir une véritable chasse aux sorcières. Voilà une situation où des membres du comité central du RDPC, sont interdits de réunion. Ceux qui savent lire, doivent lire. «Ce n’est pas la preuve d’une vigueur de la démocratie, mais ce sont les signes d’une fin de règne», a indiqué un autre témoin de la scène.

Charles Ateba Eyene avait réuni des journalistes pour expliquer que son livre servait le régime et non le contraire lors que le sous-préfet est arrivé avec des forces de l’ordre
journalducameroun.com)/n



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