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L’inconscience professionnelle: une hérésie à combattre au quotidien

Par Rhoméo Mbadzama Awono, cadre juriste

Sur des larmes d’alcool, le verbe haut et l’illusion d’une certaine grandeur tenue, les travailleurs vont lever le coude sans fatiguer ni désespérer du porte-monnaie. Coutumières des faits, les femmes se trémousseront aux rythmes musicaux du moment, tout (b « Kaba N’Gondo » au vent ; suscitant toutes sortes de convoitises des petits niais à l’affût. Normal ! Si l’on considère que cette journée du 1er mai est la énième fête de l’histoire professionnelle des employés. Il est quasiment certain que, cette année, comme les précédentes, le thème de ces festivités ne soit pas au menu de tous les débats éthyliques diligentés par ces archétypes de travailleurs. Les mobiles du festoiement devraient en conséquence être nobles, selon une considération aristotélicienne des joies de vivre. En l’espèce cependant, de nombreux travailleurs peinent à participer de manière efficace à la célébration de cette journée internationale pour diverses raisons justifiées ou non. En effet, ces partisans du moindre effort n’éprouvent aucun engouement à célébrer cette fête d’envergure mondiale, le bien-fondé d’un milieu de travail et des activités professionnelles qui devraient s’y dérouler. Des attitudes et comportements d’inconscience ingénieuse sont légion de nos jours et perturbent le fonctionnement harmonieux de l’entreprise.

Comment se manifeste cette inconscience au travail et dans le travail ? Dans l’entreprise déjà, l’émargement en ligne de chaque Agent (qui prouve par là même une présence effective sur les lieux du travail), pour autant qu’il soit individuel, à l’arrivée comme au départ, demeure problématique. En l’absence du pointage à la biométrie, certains agents émargent pour les autres. Un petit jeu de tricherie auquel se livrent des pères et des mères de famille, supposés pourtant être des responsables et garants de l’éducation de leurs progénitures. Mais, qui se distinguent ainsi par ces bizarreries d’exemples répugnants. Certains de ces employés semblent même agrégés pour la basse besogne. Même la hiérarchie se fait émarger à un degré insoupçonnable ! Les appels téléphoniques (quand ce ne sont pas les sms prêt à l’emploi) de sollicitation à émargement pour autrui, sport très favori de ces tricheurs d’un autre genre, se font aussi avec une normalité qui défie souvent l’entendement. Ceux qui ne trempent pas dans la combine sont taxés de mauvais agents, de travailleurs désolidarisés qui sont des laissés-pour-compte constamment mis au banc de touche. Ainsi étiqueté, on subit son ostracisme face à cette communauté nouvelle. Rien que ça. De quoi rêver !

Les travailleurs pour qui on aura émargé, s’autorisent ainsi à venir au travail à leur heure voulue ou à s’absenter de leurs lieux de service malgré leur faramineux salaire mensuel. Dans la même veine, la seconde manifestation de l’inconscience professionnelle est le fait pour certains agents d’attendre impatiemment la fin de la journée de travail réglementaire (15h 30). Même si ce jeu de souris prisonnière et pressée de s’évader pourrait faire rire, il ne faudrait pas s’y méprendre outre mesure. C’est une honte en réalité, que des Cadres d’entreprises, responsabilisés ou en passe de l’être, veuillent accélérer le déroulement du temps, pour qu’il passe aussi vite, aussi rapidement et atteindre l’heure de départ qui leur permet de quitter le lieu de travail. Travail grâce auquel ils tirent pourtant les revenus de leur existence. D’aucuns sont même fiers de rentrer à 16h00 pour se faire bonne conscience d’avoir travaillés et ainsi valider une journée intégrale de travail. Les sacs en bandoulière, les parfum et eau de toilette renouvelés en la circonstance et qui empestent l’air des bureaux et des couloirs, comme tous les autres accessoires de beauté du reste, ils se ruent comme des moutons de Panurge aux portes des ascenseurs à la manière de ces petits écoliers de la maternelle avides de se réalimenter après une demi-journée passée à jeun. Cette curieuse impatience à fuir le milieu professionnel est quasiment l’apanage de la gent féminine. Mais le « sexe fort » n’est pas en reste. Quand ils ne sortent pas pour se saouler la gueule dans les débits de boisson environnants, c’est dans les bureaux que les hommes consomment le vin de palme ramené sur commande des périphéries de la ville. Ce comportement déviant ralentit considérablement le travail et le rendement de l’entreprise ; compromettant ainsi les objectifs assignés par la Haute Hiérarchie. Est-il donc loisible de fêter le 1er mai chaque année après autant d’écarts de conduite ? On est tenté d’affirmer que pour certains, la fête du travail rime avec la fainéantise, la paresse, l’inertie.

Pour rester dans le sillage des déviances professionnelles établies par l’usage, il est couramment vu dans les lieux de service que des employés passent le temps à rire aux éclats de tout et parfois de rien. Troublant de ce fait un voisinage consciencieux à la tâche pour laquelle il est normal et justifié qu’il soit rémunéré. Les sujets qui meublent ces éternels moments de détente dans de telles administrations, comme s’il n’y avait rien de professionnel à exécuter comme tâches, sont aussi futiles que dégelasse : cela va des préoccupations domestiques aux sujets de commérage les plus évasifs de tous et de chacun. C’est ainsi qu’on parle librement des désobéissances de nos femmes de ménage, des écarts de conduite des beaux-frères qu’on héberge, des neveux dont les intrusions à la cuisine irritent les dames de céans. Quand on n’est pas au téléphone à s’enquérir si le chien de garde a déjeuné, si la chambre a été nettoyée, c’est le menu du soir qu’on instruit à la servante avec une insistance sur les condiments à prendre comme ingrédients du repas. C’est si fatiguant d’avoir été recruté sur « l’honneur » et de passer le temps à ne rien faire de professionnel et de professionnalisant. C’est aussi fatiguant que son chauffeur soit interpellé avec mépris pour telle commission à tel endroit. Souvent, pour prouver aux collègues la parfaite emprise sur les domestiques et autres agents de ménage, on donne des ordres, à partir du bureau, à la maison. Un effort particulier est fait pour se faire entendre des collègues. Une démonstration de force s’il en fût. Mais, rien de professionnel en effet. Pendant ce temps, pour un quelconque service, le client/l’usager à servir attend impatiemment la fin de ces activités purement extra professionnelles pour être traité avec peu d’aménité ; ou dans la précipitation afin que ces partisans de la paresse reprennent précipitamment les cancans qui n’ont rien à voir avec les activités qui justifient un salaire pourtant décent à la fin du mois.

En outre, le milieu professionnel est devenu également un centre commercial. Nombre de contractuels administratifs et agents des structures parapubliques ou privées arguent de ce que « les affaires permettent d’arrondir les fins du mois ». Un affairisme qui est à dénoncer au contraire. Cet éparpillement d’énergie, lorsqu’il ne désoriente pas définitivement le travailleur, le mène à des priorités secondaires quand cela n’influence pas dangereusement l’activité principale pour laquelle il aura été embauché. La collusion avec les affaires est souvent, sinon toujours interdite par les Règlements intérieurs et les Statuts du personnel. De manière formelle, l’interdiction des activités privées lucratives est énoncée avec beaucoup de précision. Il est en effet défendu au personnel d’avoir sous quelque dénomination que ce soit dans une quelconque entreprise des intérêts. Mais, comme les vieilles habitudes ont la peau dure, on fait fi des dispositions règlementaires pour évoluer en marge de toute légalité. Dans l’illicéité. Avec le peu de lucidité qui nous reste, on pourrait s’interroger sur les motifs qui mènent à braver les usages établis puis, à courir les risques de se faire punir du fait de la transgression des lois en vigueur. Il importe de constater que ces autres activités extra professionnelles ont pour effet de nuire à la bonne exécution des prestations convenues et de perturber le fonctionnement harmonieux des services. Pour un État présumé de Droit, il faudrait se montrer surtout regardant quant aux exigences juridiques de l’époque actuelle. Par ailleurs, une certaine catégorie de travailleurs a pris l’habitude de se faire bonne presse, croit-elle, contre ses camarades auprès des patrons, les responsables dans les milieux professionnels. Les « dits » et « non-dits » sont rapportés/colportés avec autant de dénaturation qu’ils sont savamment saucissonnés. Ce sport de commérage, qui relève d’une idiotie minable, comportement « peu attentif à l’humanité des autres », finit quelquefois par brouiller inutilement les relations entre les collègues. Et ce, à cause de la bêtise d’un(e) collaborateur (trice) qui voulait à tout prix et à tous les prix entrer dans les bonnes grâces du patron. Ce dernier, lui-même reprochable de n’avoir pas toujours vérifié l’authenticité des rapports de perfidie à lui concoctés, abat le couperet sur son collaborateur. Pendant que, son bourreau (qui rirait sous cape), jubile du résultat obtenu sans même avoir la crainte de Dieu. Et ainsi, à la fin de chaque mois, courir à la banque toucher le salaire bien meublé qu’on aura probablement mérité.

Les présentes peuvent prendre des allures de provocation. Mais, en fin de compte, toutes ces attitudes décriées sont aussi condamnables que la légèreté constatée dans le traitement des dossiers. Tout aussi abject que des Légistes employés à comptabiliser les emballages de médicaments dans un Service des Aisances, et qui boudent d’être enfin utilisés à bon escient dans des activités conformes à leur diplôme de Droit. Comment donc combattre l’inertie constituée par ces comportements d’inconscience professionnelle ? Avec l’ambition déclarée d’une vision professionnelle positivement transformée. Les solutions simples seraient les mieux indiquées en dehors d’une probable augmentation de salaire surtout chez les contractuels d’administration : imposer des cours de morale obligatoire dans les entreprises/sociétés : c’est ce que Platon a nommé « conversion de l’âme ». Cette conversion est l’ uvre de l’éducation à la morale professionnelle. Il faudrait également réduire à sa plus simple expression le nombre d’agents féminins dans les bureaux, en les associant aux hommes. Il vaudrait mieux frapper de sanctions sévères quelques contrevenants aux règlements et publier largement les décisions y afférentes pour servir d’exemple. Afin que la conscience professionnelle ne soit plus, comme cela semble être le cas actuellement (et sans succomber à la tentation d’exagérer le mérite) réservée à la piété de quelques disciples soucieux d’honorer par leurs états de service, la mémoire de ceux qui auront versé le sang pour l’avancée de la république. Pourrait-on dire comme dans une formule de conclusion !

Rhoméo Mbadzama Awono, Cadre Juriste
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