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Littérature économique: Une africaine qui dérange

Le dernier ouvrage de Dambisa Moyo fait face à une sévère critique de nombreuses organisations caritatives

Dambisa Moyo est l’auteur de l’ouvrage Dead Aid: Why Aid is not Working and How There is a Better Way for Africa (L’aide morte: Pourquoi l’aide ne marche pas et comment il y a une meilleure voie pour l’Afrique) qui conclue que l’aide interétatique au développement est un échec. L’économiste et écrivain zambienne qui travaille aujourd’hui à Londres chez Goldman Sachs, après un passage à la Banque mondiale, défend un nouveau modèle de développement qui n’est pas fondé sur l’aide. C’est donc avec une très grande lucidité qu’elle a soutenu le 29 avril dernier devant un auditoire de chercheurs, gestionnaires de fonds, banquiers, universitaires et journalistes la thèse principale de son ouvrage à savoir qu’aucun pays au monde ne s’est développé avec l’aide uniquement. Selon elle, il n’existe pas d’aide fortuite ou d’aide sans perspectives d’objectifs à atteindre et, avec la crise actuelle et la dépréciation des principales devises internationales, les pays africains devraient comprendre que l’investissement direct étranger diminuera. Elle aborde un sujet qu’elle maitrise bien, son parcours académique étant édifiant. Elle a un doctorat en économie de l’Université d’Oxford, un Master de Harvard University’s Kennedy School of Government, un BSc de chimie et un MBA de finance de l’American University de Washington DC.

Son ouvrage s’articule sur plusieurs grands axes. Elle planche sur l’historique de l’aide en Afrique en la présentant d’une manière originale. On retiendra que l’aide sous les cinq ans du plan Marshall, après la deuxième guerre mondiale, était axée sur la reconstruction de l’Europe. Alors qu’en Afrique l’aide est axée sur le développement, ce qui est un anachronisme. Dans les années 40-50, l’aide en faveur de l’Afrique visait l’établissement des grandes infrastructures comme les routes et les chemins de fers. Ensuite, dans les années 70, il fallait lutter contre la pauvreté. Dans les 80, il s’agissait de soutenir l’initiative privée. Dans les années 90, le thème de l’aide portait sur la bonne gouvernance. Et, depuis 2000, l’accent est mis sur l’intervention des stars (Bono, Angelina Jolie, Bob Geldorf, Madonna.) et autres vedettes qui viennent s’apitoyer sur le sort de l’Afrique pour mobiliser l’aide. Ce qui est dommage, dira l’économiste zambienne, déclenchant les applaudissements de l’audience, une centaine de personnes triées sur le volet pour leur intérêt au thème du jour.

Dans sa logique, elle fait une sévère critique des actions caritatives qui sont devenues le label principal de l’aide show business. Selon elle le point fondamental ici est que ce système introduit des incitations perverses dans la société. L’Etat peut en effet récupérer l’argent de l’aide et le détourner dans une mauvaise direction. C’est un système qui introduit l’inflation, le fardeau de la dette et empêche en réalité les citoyens africains de tenir leurs dirigeants responsables. En ce sens elle insiste sur le fait qu’il n’y a pas eu de véritable changement ces six dernières décennies, même si la manière dont l’aide a été présentée a elle-même évolué.

Son ouvrage lui vaut des appréciations diverses. Le Financial Times a révélé dernièrement la campagne de dénigrement dont elle est victime de la part de certaines organisations internationales bénéficiaires de l’aide au développement. D’un autre coté certains activistes voient mal ces thèses développées par Dambisa Moyo, car cela pourrait d’après eux être une excuse pour effectuer des coupes drastiques dans les budgets d’aide, alors que par ces temps de crise l’Afrique aurait particulièrement besoin d’aide. Et pour ces activistes dont l’organisation caritative de Bob Geldof, ce livre de Dambisa serait très simpliste, voire dangereux. Pourtant l’ouvrage est déjà sur la liste des best-sellers du New-York Times depuis le mois dernier. L’auteur a été nommé également par le magazine britannique, le Times, comme étant l’une des 100 personnes les plus influentes au monde par ses idées. Il se dit aussi que juste après avoir lu son livre, le président rwandais Paul Kagamé aurait fait venir à Kigali l’économiste zambienne pour un exposé devant l’ensemble du gouvernement rwandais. En ce mois de mai 2009, elle était également l’invité du président Khadafi qui voulait avoir un briefing sur cette vision de l’aide.

Dambisa Moyo

Journalducameroun.com)/n

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