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Littérature: Gaston Paul Effa redéfinit la tradition

L’écrivain camerounais a donné une conférence de presse ce mercredi à Douala

Son dernier ouvrage paru il y a deux ans portait déjà bien son nom, Nous enfants de la tradition. C’est dans ce sillage que l’auteur a proposé la conférence de ce mercredi qui marquait en quelque sorte le clou d’une tournée qu’il a entamé au Cameroun il y a environ deux semaines. Gaston Pau Effa, ce n’est pas tous les jours que l’on a une personnalité sa trempe au pays. Ce qui explique la forte affluence observée au Centre Culturel Français de Douala. Un public curieux de savoir quelle réponse l’auteur donnera à la question qui fait office de thème, Faut-il en finir avec la tradition?

Je ne m’en prends pas à la tradition, mais à certaines traditions, déclare l’auteur pour ouvrir son propos. «Certaines traditions» sont celles qui nous éloigne de nous même et nous plonge dans l’obsession de la raison. Aujourd’hui, affirme l’écrivain et philosophe nous vivons encombrés de l’Ego, encombrés de l’hyper soi et n’avons plus le souci de l’autre. Et c’est cela la maladie de l’Afrique. L’oubli de soi, l’oubli de l’autre, voire l’oubli de la tradition qu’il différencie des traditions. On confond la tradition avec les us et coutumes que l’on appelle les traditions, la tradition étant ce que l’on transmet, comme des objets. A force de les transmettre ils perdent des traces. On n’a plus l’objet d’origine et du coup on n’a plus que les traditions. Or la tradition c’est ce qui reste lorsque tout a fichu le camp. Prenons l’exemple d’une mangue. Elle a une chaire succulente, mais l’essentiel de la mangue c’est le noyau. C’est lui qui reste lorsqu’il n’y a plus de chaire.

Gaston Paul Effa
Journalducameroun.com)/n

En Afrique comme sur les autres continents, la tradition a fichu le camp laissant place à la corruption, à la soif de l’autorité, de domination et d’égoïsme. Ne lui parlez pas de cinquantenaire des indépendances de l’Afrique. Quelle indépendance! Et encore moins de mondialisation car pour lui ce n’est qu’un calcul économique, et dès lors que l’on s’y jette, on n’a plus le temps de la tradition, on n’a plus le temps de l’autre.

La conférence était alors l’occasion pour Gaston Paul Effa de rappeler l’urgence qu’il y a aujourd’hui de se retrouver. Cela passe par une reconquête de soi, de l’humanité, mais d’abord faut-il le vouloir. Il faut, dit-il vivre sans avoir autre chose à faire que vivre. Si tu veux manger, mange! Tu veux dormir, dors! Tu veux marcher, alors marches, écoutes le bruit de la poussière sous tes chaussures, prends plaisir aux piqûres des gouttes de pluies… L’auteur exhorte à la méditation, au suspend de soi, à la mise entre parenthèse de l’obsession de la raison pour vivre l’obsession au bonheur. Par la même occasion, il prône le retour à l’autre avec un grand A. Le chef d’entreprise par exemple ne devrait plus accumuler des richesses juste par souci de gros chiffres, mais davantage par un souci d’humanisme, lui-même étant propriétaire d’un restaurant en France.

En bref, bel échange entre l’écrivain et le public, ses futurs initiés et a qui il recommande pour clore son intervention avant de prendre son avion ce soir, de laisser le dernier mot au silence, le temps de la méditation.


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