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Livres: Femmes Bamiléké au maquis

Lénoard SAH décrit le rôle qu’ont joué les femmes dans le « maquis » à l’ouest du Cameroun.

En décidant d’interdire l’Union des Populations du Cameroun (UPC) en 1955, l’administration coloniale française n’imaginait peut-être pas qu’elle venait d’enfanter une guérilla urbaine et rurale d’une ampleur sans précédent. A l’ouest du Cameroun, l’insurrection armée sera plus violente. Les populations ont en effet des raisons de rejoindre les militants de l’UPC dans le « maquis ». Car, le discours nationaliste du tout premier parti politique camerounais commence à séduire les bamilékés courroucés par les dérives de l’administration coloniale française Une administration coloniale coupable de quelques abus graves . Elle a décidé de diminuer le pouvoir des chefs traditionnels bamiléké et de remplacer les chefs incontrôlables par des valets et ce, au mépris des traditions des peuples de l’Ouest. En outre, elle s’est accaparée des terres (richesse inestimable) des populations au mépris du droit foncier coutumier. Elle s’arroge un monopole sur l’exploitation de la caféiculture, limite la mobilisation des indigènes à travers l’institution du laissez-passer, institue diverses taxes coloniales, exploite outrageusement les populations qui travaillent comme des forcenés dans les concessions agricoles des fermiers français ; pendant que ceux-ci s’enrichissent.
Bref, les ingrédients d’un mécontentement populaire sont parfaitement réunis. C’est dans ce contexte quasi explosif que les militants de l’UPC parviennent à mobiliser des milliers de camerounais dans leur combat pour l’indépendance du Cameroun.

Face à la répression du pouvoir colonial et plus tard néocolonial, qui contraint l’UPC à la clandestinité, il ne reste qu’une solution : mettre en place une armée de circonstance pour combattre l’armée régulière. Le Sinistre de Défense Nationale du Kameroun (SDNK) et plus tard l’Armée de Libération Nationale du Kamerun (ALNK) sont ainsi créés. Il s’en suit alors une bataille armée qui va ensanglanter durablement la partie Ouest du Cameroun.

Mais au-delà de cette douloureuse étape du Cameroun racontée par Léonard SAH dans son ouvrage « Femmes Bamiléké au maquis Cameroun (1955 -1971) », l’auteur s’interroge sur le rôle qu’aura joué la gent féminine dans cette insurrection armée qui dura de 1955 (interdiction de l’UPC par l’administration coloniale française) à 1971 (année où fut exécutée Ernest Ouandié, dernier chef historique de l’UPC). Pour l’auteur, la femme Bamiléké a joué un rôle à la fois dans le fonctionnement du maquis comme dans la pacification de la région. Dans le maquis, elle a servi comme combattante, elle s’est illustrée dans la restauration des combattants rebelles, l’accomplissement des tâches ménagères, le transport du courrier, la surveillance et l’espionnage. Dans le camp de l’administration, elle a espionné et véhiculé des informations qui ont permis à éradiquer le maquis.

Grâce à un récit richement brodé de témoignages, chiffres et de détails, Léonard SAH replonge le lecteur dans les années chaudes du Cameroun. Un pèlerinage historique d’autant plus passionnant que le récit est vif et percutant. Certes, interrompu parfois par des illustrations dont on aimerait se passer et qui donnent l’impression de couper le déroulement de l’histoire. C’est un livre qui, même s’il est cantonné dans une partie précise du Cameroun, permet au lecteur des nouvelles générations de mieux appréhender l’histoire du pays. De cette période de l’histoire parfois tronquée par la version officielle. Souvent racontée par la France. Un livre intéressant à lire donc.


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