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Livres : Polémia explique La tyrannie médiatique

Dans un ouvrage de 68 pages, la fondation PolĂ©mia, dĂ©montre comment les mĂ©dias exercent une dictature sur l’opinion

Pour la fondation PolĂ©mia, « DĂ©crire une tyrannie, c’est dĂ©jĂ  l’affaiblir ». C’est donc pour affaibir la tyrannie des mĂ©dias qu’elle a dĂ©cidĂ© de faire une description sans complaisance des mĂ©dias qui non seulement ne sont pas neutres, mais s’illustrent par la dictature de l’instant, de l’Ă©motion, de l’image, du spectaculaire et de l’approximation systĂ©matique. En fait, la tyrannie mĂ©diatique se dĂ©finit par la conjonction de 3 facteurs : le remplacement de l’information (fait de porter Ă  la connaissance des autres, des faits prĂ©cis) par la communication (scĂ©nariser, théâtraliser des donnĂ©es vraies ou fausses dans un but idĂ©ologique, politique ou commercial), l’application Ă  l’univers de la pensĂ©e des règles d’airain de fonctionnement de l’univers mĂ©diatique et l’imposition des règles dominants de la classe mĂ©diatique Ă  l’ensemble de la sociĂ©tĂ©. Parce que les mĂ©dias ont choisi de communiquer plutĂ´t que d’informer, ils sont dĂ©sormais soumis aux jeux d’argent et de puissance, aux règles marchandes adoptĂ©es dans l’objectif de distraire des clients ou de servir les intĂ©rĂŞts idĂ©ologiques, politiques ou commerciaux des commanditaires. C’est ainsi que les mĂ©dias sont parfois instrumentalisĂ©s pour servir des intĂ©rĂŞts injustes. En 1990, rĂ©vèle le livre, une agence amĂ©ricaine monte une campagne pour accrĂ©diter l’idĂ©e qu’en arrivant Ă  Koweit City, les soldats irakiens ont dĂ©branchĂ© les couveuses d’une maternitĂ©. Le montage servira Ă  lĂ©gitimer la première guerre du golfe.
En fait, il existe des postulats Ă  « l’idĂ©ologie mĂ©diatique » : L’un de ses postulats est de toujours vanter les bienfaits de la mondialisation des hommes et des marchandises, du libre-Ă©changisme, de l’immigration, du multiculturalisme. L’autre postulat, c’est la rupture avec les racines et la volontĂ© de promouvoir ce qui s’oppose Ă  toute forme d’hĂ©ritage historique et spirituel. Les deux autres postulats concernent singulièrement la France et l’Europe. Il y a une double culpabalisation de la France et au-delĂ  de l’Europe continentale en s’appuyant Ă  la fois sur la 2ème guerre mondiale et la colonisation et enfin, il y a une idĂ©e selon laquelle la gauche est moralement meilleure que la droite ; elle a donc moins Ă  se justifier car elle risque moins la mise en accusation. « C’est le carrĂ© carcĂ©ral, la grille idĂ©ologique commune aux grands mĂ©dias au sein de laquelle ils enferment leur interprĂ©tation des Ă©vĂ©nements » explique le livre.
D’après le livre, la tyrannie mĂ©diatique se dĂ©ploie dans le domaine politique et influence les choix dĂ©mocratiques. La scĂ©narisation de la vie politique enfume largement le choix de l’Ă©lecteur. L’homme politique n’Ă©chappe pas Ă  cette dictature des mĂ©dias. Il est pris en tenaille entre communiquer pour chercher Ă  plaire et gouverner qui conduit le plus souvent Ă  dĂ©plaire puisque gouverner c’est contraindre et donc dĂ©plaire. La Justice est aussi otage de la tyrannie mĂ©diatique. C’est une institution mĂ©dia-dĂ©pendante. Les juges ont Ă©tĂ© attirĂ©s par les mĂ©dias comme les phalènes par la lumière. DĂ©sormais, c’est la connivence journaliste/magistrat fondĂ©e sur un dĂ©lit – la violation du secret de l’instruction – qui rythme le calendrier judiciaire. C’est Ă  l’aune de l’opinion mĂ©diatique que bien des affaires sont instruites, moins en fonction du dossier qu’en raison de son retentissement mĂ©diatique probable. Le livre fait aussi aux mĂ©dias, le procès d’ĂŞtre des Armes de Manipulation Massives. L’on l’a constatĂ© avecle cas de l’Irak oĂą il n’existait pas d’armes de destruction massives. Mais les mĂ©dias (Armes de Manipulation Massives) ont contribuĂ© Ă  inscrire cette idĂ©e dans l’opinion, facilitant l’entrĂ©e de l’arnĂ©e amĂ©ricaine sur le territoire irakien.

Internet, une solution ?

Pour combattre ou Ă©chapper Ă  cette tyrannie mĂ©diatique, le livre suggère une rĂ©ponse hygiĂ©niste qui consiste Ă  cultiver l’esprit critique afin de discerner ce qui peut ĂŞtre bon ou mauvais dans les mĂ©dias. Il y a aussi une rĂ©ponse technologique Ă  travers Internet qui est prĂ©sentĂ© comme l’altermĂ©dia. Internet garantit une rĂ©elle diversitĂ© sur tous les sujets : les pensĂ©es et les opinions dissidentes y sont plus facilement accessibles qu’Ă  travers les journaux, les librairies et Ă  fortiori la tĂ©lĂ©vision. Il y a aussi sur Internet les moteurs de recherche qui sont « des robots sans conscience politique ». L’intermĂ©diation absolue des journaux, des radios et des tĂ©lĂ©s est terminĂ©e. Ce qui est en train de disparaitre en rĂ©alitĂ©, c’est le schĂ©ma traditionnel d’un centre tout-puissant informant et formatant activement la pĂ©riphĂ©rie passive. Mais Internet n’Ă©chappe pas toujours Ă  « l’emballement mĂ©diatique ». Il contribue mĂŞme parfois Ă  amplifier certaines rĂ©alitĂ©s. On peut relever pour accrĂ©diter cette thèse que « l’emballement mĂ©diatique » a Ă©tĂ© observĂ© pendant la campagne prĂ©sidentielle amĂ©ricaine. Et Internet n’y a pas Ă©chappĂ©.
Incubateur d’idĂ©es et site d’informations et d’analyses, la fondation PolĂ©mia a pour but de rĂ©introduire la libre confrontation des idĂ©es dans le dĂ©bat. Synthèse de nombreux textes mis en ligne sur le site de la fondation (www.polemia.com), La Tyrannique mĂ©diatique est le premier essai de la fondation. Un essai qui dĂ©crit pour l’affaiblir le quatrième pouvoir, les mĂ©dias, qui sont de plus en plus tyranniques. Heureusement peut-on lire, Internet peut jouer un certain rĂ´le pour accompagner des bouleversements majeurs et faire tomber le monopole du pouvoir de la classe mĂ©diatique. Donc, pour le plus grand bien de la libertĂ© de l’âme et de l’esprit, la websphère peut tuer la vidĂ©osphère.


Couverture du livre la tyrannie médiatique )/n
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