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Lucas Abaga Nchama: «Pas de pessimisme à court terme face à la crise européenne»

Crise de la dette en Europe, conséquences pour la Cemac, réserves de change et du compte des opérations, le gouverneur de la BEAC a répondu aux questions de la presse

Monsieur le gouverneur, au regard de la situation qui prévaut actuellement en Europe, partenaire économique historique de la CEMAC, est-ce qu’on peut dire que l’Afrique centrale est complètement à l’abri?
Nous sommes dans un contexte de mondialisation et du fait effectivement que nous soyons arrimés à l’Euro, Dans tous les cas, sur le très court terme c’est-à-dire d’ici à la fin de l’année 2011, nous n’avons pas d’inquiétudes, mais nous restons très attentifs à l’évolution des choses. Et si la sous région (Afrique Centrale) était exposée, ce serait de manière très limitée. Nous appuyons notre argumentaire sur la base de l’observation que nous faisons des canaux de transmissions que nous considérons. Nos économies, comme vous le savez, dépendent essentiellement de l’exportation des matières premières. Or nos exportations continuent normalement et leurs cours restent acceptables. Si la crise européenne se combinait avec une baisse substantielle de la demande des pays émergeants, peut être on serait un peu plus inquiets. Avec une demande dans les pays émergeants qui reste vigoureuse, de ce point de vue, je ne vois pas en quoi les turbulences devraient nous toucher tout de suite. Ceci étant, nous restons vigilent et prudents.

Avec cette crise on s’interroge sur la situation des avoirs de la zone CEMAC logés dans le compte des opérations du trésor français, est-ce que vous rassurez qu’ils n’ont pas souffert d’une utilisation de la part de la France dans le cadre de cette crise?
Est ce que c’est le trésor français qui doit gérer ce que nous avons dans le compte des opérations de la BEAC, il n’a jamais été question de cela. Nous sommes encore des partenaires, et si cela s’avérait nécessaire, ce serait à la suite d’une négociation entre les différentes parties à l’accord qui instaure cet ordre de chose, que des décisions seraient prises. Pour ce qui est de la conjoncture en Europe, au regard des mesures que ses différents dirigeants ont récemment prise, nous voulons bien croire que l’Europe a bien repris les choses en main et que les conséquences sur l’Euro seront limitées.

Quels commentaires faites-vous sur la note sortie par l’agence de notation Fitch qui a fait savoir que des pays de la zone franc dont le Cameroun et le Gabon étaient en observation en raison de leur dette intérieure?
Qu’un organisme décide de mettre le Cameroun et le Gabon sous surveillance comme vous le dites [moi je n’avais pas cette information], c’est leur affaire. D’après les données en ma possession sur ces deux pays, je pense plutôt que ce sont des pays dont les économies vont bien. Il n’existe pas d’inquiétude particulière sur l’économie camerounaise, qui d’ailleurs au niveau de la sous-région est la plus diversifiée. Le Gabon, avec le nouveau dynamisme que sont en train de mettre en uvre les nouvelles autorités, réalise beaucoup d’investissements et surtout nous sommes à la veille de l’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) et qui plus est, le cours des matières premières sont à un niveau assez conséquent. En définitive, je pense que les finances publiques aussi bien au Gabon qu’au Cameroun, se portent très bien.

Vous avez fait savoir que la situation ne permettait pas d’être très pessimiste, ce qui en d’autres termes peut vouloir dire qu’il y a quand même matière à s’inquiéter. Quels sont ces points qui vous invitent à la prudence?
J’ai dit tantôt que lorsqu’on examine la conjoncture économique au niveau de la sous région, elle est plutôt favorable, par rapport à certains éléments que j’ai indiqués. Pour 2011 par exemple, on va continuer d’exporter normalement les matières premières à des prix appréciables, au niveau interne la demande est bien présente, il y a des infrastructures qui se construisent, il y a le secteur non-pétrolier dont la contribution se renforce et il y a une amélioration de la production de l’ensemble des matières premières. Par ailleurs, nous pensons qu’avec la mise en uvre du programme économique régional (PER) combinée à d’autres éléments dont la liste n’est pas exhaustive, nous pouvons espérer un taux de croissance qui tourne autour de 5%. Maintenant, à partir du moment où nous ne vivons pas en autarcie, nous sommes très intéressés par ce qui se passe ailleurs. Pour l’instant, les canaux de transmission que nous surveillons attentivement ne nous permettent pas d’être pessimistes, mais nous restons attentifs et prudents, d’où la nécessité pour les Etats membres à continuer de gérer avec prudence et à renforcer les mesures macroéconomiques et surtout à consolider notre intégration sous régionale pour augmenter les échanges dans la zone, et donc à mettre efficacement en uvre le PER.

On a appris l’annonce de l’émission des premiers bons du trésor avec le Cameroun, où en êtes-vous justement avec ce dossier?
Comme vous le savez, la BEAC a l’honneur de conduire ce projet. A défaut d’avoir les marchés financiers vigoureux, nous n’avons que le système bancaire. Il fallait donc, compte tenu de l’accumulation d’excédent de liquidité (argent disponible) dans ce système, recycler. L’émission des titres publics à souscription libre était l’une des solutions. La banque centrale a déjà fait son travail, et vous avez dit à juste titre, le Cameroun qui est déjà prêt aussi, va très certainement se lancer au cours du mois prochain et ce sera le démarrage effectif de ce projet qui nous tient tant à c ur pour que dans la sous-région on puisse recycler nos excédents de liquidités et que les Etats puissent bénéficier de ces financements. C’est une bonne chose.

Quelle est la stratégie adoptée pour la gestion des réserves de change et est-ce qu’on peut avoir une idée de son volume?
Je ne sais pas s’il faut rendre publique la stratégie de gestion des réserves de change de la sous-région, mais une chose est certaine, c’est qu’au regard de la conjoncture et de quelques dysfonctionnement que nous avons observés dans le passé, nous avons opté pour la prudence absolue, parce que nous gérons les ressources de la communauté, et tout ce que nous faisons doit être conforme aux textes, et intégrer le fait d’éviter de prendre trop de risques. A ce jour, nous somme satisfait de cette stratégie parce qu’elle nous a permis de ne pas subir la crise actuelle en Europe. Nous avons été très prudents dans cette stratégie. Nous faisons des placements mais qui ne comportent pas des risques. Comme par exemple, aujourd’hui, si nous avions fait des placements dans certaines banques comme Dexia, on serait déjà en train de le regretter malheureusement. Nous avons opté pour la prudence. Vous savez que notre salle de marché est jeune, dans ce domaine nous poursuivons notre stratégie de renforcement des capacités de ceux qui y travaillent et nous allons recruter quelques experts, pour nous aider à mieux la gérer. Pour l’instant, il n’est pas question de prendre trop de risques en vue de préserver les ressources de la sous-région, nous ne spéculons pas.

Lucas Abaga Nchama, gouverneur de la BEAC
Journalducameroun.com)/n



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