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L’Unfpa s’engage auprès des parturientes à revenus modestes

L’institution accompagne dans le Nord Cameroun des femmes enceintes en mettant à leur disposition un kit obstétrical à 6000 F CFA pour l’accouchement

Mardi matin, 1er avril 2014, Centre de santé intégré de Lamoudam, au nord du Cameroun. Parmi les femmes qui ont pris d’assaut la maternité en attendant leur tour de consultation, il y en a une, Aminatou Hassan, qui ne tient pas en place. Venue accompagner sa s ur sur le point d’accoucher, elle est très angoissée et prête plutôt l’oreille à la moindre demande des sages-femmes comme celle relative à l’achat d’un kit obstétrical, composé de médicaments nécessaires à l’accouchement. Vite, elle a donné 6000 FCFA (équivalent à 12 dollars) pour en acheter un et depuis lors, son espoir ne tient qu’à cet outil, communément appelé « le kit ».

90 mn après, c’est la délivrance pour Aminatou : sa s ur, Issa Salamatou a donné naissance à une fille de 2,5 kg qui, comme la mère, se porte comme un charme. Le temps pour Aminatou de bénir le ciel et voilà qu’arrive le père du nouveau-né ; mis au courant de la bonne nouvelle, celui-ci se répand en remerciements : « contrairement au passé où il fallait aller à la pharmacie plusieurs fois et où on ne savait jamais à l’avance combien l’accouchement allait coûter, les choses sont bien organisées actuellement. Il faut vraiment remercier ceux qui ont pensé à rendre plus facile le paiement des frais d’accouchement ; cela nous soulage car nous n’avons pas beaucoup d’argent, si ça continue comme ça, les femmes n’auront plus peur de se rendre à l’hôpital ».

Hadja Aminatou, une mère de cinq enfants qui habite Garoua dans la région du Nord du Cameroun, a connu la même expérience et n’a pas assez de mots pour remercier le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa). Elle qui avait dû accoucher à la maison à plusieurs reprises, faute de moyens pour payer les frais à la maternité, va maintenant à l’hôpital de la localité pour mettre au monde son bébé, depuis la mise en place des kits obstétricaux. « Quand on nous a dit qu’avec 6000 francs CFA on peut accoucher dans de bonnes conditions à l’hôpital, nous sommes venus ici. C’est vraiment une bonne chose pour nous les pauvres », souligne-t-elle, avant d’ajouter que l’initiative est d’autant plus incitative que ceux qui y ont recours ne sont pas forcés de payer comptant.

Ce que confirme Bapetel Ali, un autre habitant de Garoua dont l’épouse a utilisé un « kit » lors de son dernier accouchement. « Même avec une avance de 1000 francs CFA, et même sans rien, on prend la femme en charge et on vous donne le temps de payer le reste après », témoigne l’homme, visiblement soulagé de constater que pour que si peu d’argent, sa femme peut désormais se passer des services des accoucheuses traditionnelles.

Toumara Biena, un père de six enfants, tremble presque à l’idée de penser que le pire aurait pu arriver à son épouse, s’il n’y avait pas les kits obstétricaux. Grâce à cette initiative, elle a pu bénéficier d’une césarienne et s’en sortir avec son bébé. Tout en se confondant en remerciements à l’endroit de l’Unfpa, il raconte ainsi leur aventure : « nous sommes venus à l’hôpital, sans argent. Ma femme a beaucoup saigné à la maison. Elle était très fatiguée. J’ai donné comme avance les 5000 francs CFA que j’avais et ma femme a été opérée immédiatement. C’est une bonne chose, car sans ce programme, je ne suis pas sûr qu’elle allait survivre ». Nafissa Njangui qui sort d’un accouchement sans risque au district de santé de Lagdo, promet de se faire l’avocate de l’Unfpa auprès de ses amies et voisines. « Il est important que tout le monde soit au courant des facilités que procurent les kits d’accouchements », clame-t-elle.

Comme Nafissa, les femmes rencontrées ont entre 20 et 40 ans et ont connu au moins deux accouchements qui se sont pour la plupart passés à domicile avant le lancement de la stratégie de pré-positionnement des kits. A ce propos, elles ont apprécié qu’elles ne font aucune difficulté pour payer entièrement les kits, d’où un taux de recouvrement qui atteint généralement 100 pour cent. La stratégie, mise en place avec l’appui de l’Unfpa et qui fait actuellement le bonheur des couples de condition modeste au nord du Cameroun, se décline sous forme des kits obstétricaux qu’on acquiert pour 6000 FCFA dans le cas de la prise en charge d’une grossesse simple ; auparavant, il fallait débourser 20 000 FCFA (40 dollars). Pour une césarienne, le kit coûte 40 000 FCFA (80 dollars) contre 120 000 FCFA (240 dollars) auparavant.

L’acquisition, l’acheminement et la gestion des kits se font en collaboration avec le Centre d’appui d’approvisionnement pharmaceutique régional du Nord (CAPR/Nord). En deux ans, plus de 30 000 kits d’accouchement ont été utilisés, pour environ 3 500 kits de césarienne. Ainsi, le taux de césarienne est passé de 0,3 pour cent en moyenne à 3% dans les districts de santé où les kits ont été mis en place et les accouchements dans les formations sanitaires y ont doublé. Concomitamment, on s’attend à ce que les cas de fistules provoqués par des accouchements difficiles –un phénomène longtemps déploré dans les hôpitaux de district de Lagdo et de Pitoa ainsi qu’à l’hôpital régional de Garoua– baissent drastiquement. En effet, lors du dernier recensement des cas de fistules obstétricales en vue de leur réparation à Garoua effectué par l’Unfpa, seuls 129 cas ont été signalés dans cette région.

Commentant ces résultats, Djaoro Nassourou, chef traditionnel dans la localité rurale de Boulai-Ibi, affirme : « il faut non seulement la vulgarisation des kits, mais également mettre un accent sur la sensibilisation afin de sauver si possible toutes les femmes enceintes ainsi que leurs enfants ». Nassourrou touche du doigt un des problèmes que rencontre l’expérience, quand il parle de sensibilisation. Celle-ci doit être permanente et non occasionnelle, estiment les spécialistes qui indexent en outre certaines croyances culturelles comme freins à l’expansion des kits obstétricaux.
Toutefois, malgré les bons résultats obtenus, la vigilance s’impose et à en croire Dr Souleymanou Yaya, délégué régional du ministère de Santé publique pour le Nord du Cameroun, « la mortalité maternelle reste très élevée dans la partie septentrionale du pays ».

Nafissatou Njangui et son bébé, bénéficiaires d’un kit obstétrical à Djippordé, Nord Cameroun
UNFPA Cameroun)/n

« Certes, depuis le lancement de la stratégie de pré-positionnement des kits obstétricaux soutenue par Unfpa, la courbe va dans le sens souhaité. Mais deux ans, c’est encore trop tôt pour atteindre les objectifs escomptés. Il faudrait donc miser sur la durée, si on veut réellement inverser la tendance actuelle’ », a-t-il insisté. Comme au Nord, les autres parties du Cameroun font également face à une mortalité maternelle en hausse. Selon les chiffres des enquêtes démographiques et de santé, le taux de mortalité maternelle est passé de 430 décès pour 100 000 naissances vivantes (NV) en 1998 à 669 décès pour 100 000 NV en 2004 puis à 782 décès pour 100 000 NV en 2011.

Toutefois, grâce à l’appui de l’Unfpa, le taux d’accouchements assistés a fait un bond au Cameroun passant de 64,8 pour cent en 2011 à 71,7 pour cent en 2013, ce qui laisse présager une amélioration de la situation au cours des prochaines années. Au vu de cette situation, Dr Nicole Eteki chargée de programme santé maternelle au bureau-pays de l’Unfpa à Yaoundé, estime que : « un plaidoyer s’impose pour l’extension de la disponibilité des soins obstétricaux et néonataux d’urgence (SONU) » portant sur un ensemble de combinaisons dont « la bonne formation des prestataires, la disponibilité des médicaments à bon coût, un plateau technique adéquat, le tout devant déboucher sur une meilleure prise en charge de la femme enceinte et du nouveau-né ».

La disponibilité du bon médicament ou produit de santé reproductive « à tout moment et à tout endroit » doit être, selon Dr Eteki, une véritable bataille pour les responsables camerounais ainsi que leurs partenaires. Cela nécessite, ajoute-t-elle, la mobilisation de moyens supplémentaires pour la promotion des SONU, surtout les kits obstétricaux –kits de césariennes, kits d’accouchements, kits d’épisiotomies et valise d’urgence– qui permettent une meilleure prise en charge des femmes enceintes. De part et d’autre, on est d’accord sur le fait que la réduction de la mortalité maternelle passe par la formation d’un personnel qualifié et à ce sujet, 179 agents ont été formés dans la région du Nord avec l’assistance de l’Unfpa. De plus, grâce à un programme en cours, 75 sages-femmes sont actuellement en formation dans l’école de la région et la première promotion est attendue sur le terrain en 2014.

A ces initiatives, s’ajoutent d’autres comme l’appui didactique à quatre écoles de sages-femmes, la formation continue du personnel soignant, sans oublier l’appui matériel (blocs opératoires, plateaux d’accouchement.) aux institutions hospitalières de la région. Au final, lors de l’évaluation de la phase 2011-2014 de la stratégie de pré positionnement des kits obstétricaux, on verra si les objectifs de la stratégie de l’Unfpa visant la réduction de la mortalité maternelle et néonatale ont été atteints. Il s’agit, entre autres, d’obtenir au moins 70 pour cent d’accouchements assistés dans les districts ruraux, 80 pour cent d’accouchements assistés dans les districts urbains et 5 pour cent de césariennes parmi les accouchements attendus.

Les femmes dans le Nord accueillent avec satisfaction les kits obstétricaux déployés par l’Unfpa
countryoffice.unfpa.org)/n


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