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L’Unicef veut sauver 200.000 enfants de l’Extrême-Nord de la malnutrition

C’est une tendance généralisée pour l’ensemble de la région qui culmine à 42,79% de prévalence contre 33% à l’ échelle nationale

Presque sans force avec un corps rachitique sur un lit de l’hôpital public de Kar Hay, le petit Samuel, 5 ans, en même temps atteint du sida, se bat pour résister à une malnutrition aiguë sévère avec complications, une pathologie préoccupante dans la région camerounaise de l’Extrême- Nord du Cameroun, touchée en ce moment par une nouvelle épidémie de choléra.

Comme en témoigne le cas de ce petit garçon né de parents malades de sida, la localité de Kar Hay, difficile d’accès à environ 160 km de Maroua, la principale ville de la région de l’ Extrême-Nord, vit une « prévalence élevée » de la malnutrition parfois associée au VIH, selon le Dr Richard Olivier Koum Kitti, chef du district de santé de l’arrondissement du même nom.

C’est une tendance généralisée pour l’ensemble de la région qui culmine à 42,79% de prévalence de malnutrition chronique sur une population estimée à 3,5 millions d’habitants, contre 33% à l’ échelle nationale, selon les estimations officielles qui font état d’environ 1,8% d’enfants malnutris aigus sévères et 8,6% d’autres classés malnutris aigus au plan global.

Pour expliquer cette situation, les enquêtes sociologiques pointent une mauvaise alimentation due à de mauvaises conditions de vie des populations de l’Extrême-Nord qui ploie pour une partie d’entre elles parfois sous une pauvreté extrême causée par des crises alimentaires liées à la sécheresse et aux inondations. Car, comme le souligne de manière caricaturale le délégué régional de l’ Eau et de l’Energie, Alifa Salleh, « l’Extrême-Nord est une région des extrêmes », qui souffre d’un sol aride et d’une rareté des ressources en eau accentuée par une faible pluviométrie.

C’est l’une des raisons pour lesquelles elle est endémique au choléra, au paludisme, aux maladies infectieuses et aux maladies parasitaires liées à l’eau sale, de l’avis du Dr Fabrice Biongol, médecin-chef du centre médical d’arrondissement de Touloum, proche de l’aire de santé de Kar Hay, qui recensait la semaine dernière une quinzaine de cas de malnutris aigus sévères et une vingtaine des malnutris aigus.

Avec plusieurs autres, ces deux localités bénéficient toutefois d’un programme de prévention et de prise en charge de la malnutrition mené par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance ( Unicef), grâce à un financement japonais prenant également en compte la santé de la mère et de l’enfant ainsi que l’ approvisionnement en eau potable par la construction de forages dans des écoles.

D’un montant d’environ 14 millions de dollars américains pour 2013, le concours financier japonais se chiffre à 3,2 millions de dollars pour cette année. Il se matérialise, pour le volet relatif à la prévention et la prise en charge de la malnutrition, par la mise à disposition d’intrants alimentaires et d’un appui logistique en faveur de plus de 200.000 enfants dans cinq districts de santé de l’Extrême-Nord.

Ce sont des soins gratuits. En matière de santé de la mère et de l’enfant, à côté de ceux vendus au prix de 6.000 francs CFA (12 dollars) fixé par l’Unicef, des kits obstétricaux et d’ accouchement sont aussi offerts gratuitement aux démunies, une action saluée par le Dr Biongol comme porteuse d’espoirs pour juguler le phénomène des accouchements à domicile courant dans la région.

Déjà, le médecin se réjouit de l’augmentation du nombre de femmes enceintes qui se dirigent vers la formation sanitaire pour le suivi de leurs grossesses et leur accouchement. Même si, comme à Kar Hay, les problèmes liés à l’insuffisance des équipements et du personnel ajoutée à la vétusté des infrastructures et à l’ absence d’électricité rendent le travail pénible.

L’Extrême-Nord du Cameroun est pourtant une importante zone de production agricole pour des produits tels que les céréales, au rang desquels le sorgho, dont la récolte est malheureusement davantage orientée vers la fabrication du « bili-bili », une bière locale à forte teneur d’alcool.

Les kits alimentaires octroyés par l’Unicef enregistrent en revanche un tel succès que certains parents ne se privent pas de se ruer eux-mêmes vers les rations reçues pour leurs enfants malnutris ou d’en élargir la consommation à d’autres membres de la famille non éligibles, ce qui cause souvent le non-respect des doses requises et l’échec de la prise en charge, a confié le Dr Fabrice Biongol.

Sans les dramatiser, le responsable sanitaire rencontré lors d’ un voyage de presse organisé par l’Unicef-Cameroun dans la région décrit ces comportements comme le témoignage de l’acceptation du concept de prévention et de prise en charge de la malnutrition par la population,dont une frange importante est analphabète.

Au sein des communautés, des groupes de relais bénévoles ont été constitués et formés à cette tâche afin de faciliter la vulgarisation du programme. Pour leurs déplacements à l’intérieur des villages pour la plupart enclavés, l’Unicef fournit vélos et motos.

C’est une opération entamée en 2007, date de la mise en application par l’Unicef du premier protocole d’intrants alimentaires en Afrique centrale et de l’Ouest, dont la révision en 2013 a donné lieu à un deuxième protocole administré depuis le début de cette année.L’Extrême-Nord en constitue l’une des quatre régions prioritaires du Cameroun, avec l’Est, l’Adamaoua et le Nord.

Avec de telles actions, l’Unicef se propose d’aider à réduire en outre le risque de diarrhée chez les enfants atteints de malnutrition et améliorer les conditions d’hygiène et d’ assainissement au sein de la population exposée à des épidémies récurrentes de choléra.

En ce moment, près de 100 personnes sont déclarées mortes à cause du choléra sur plus de 2.000 cas dont 60 dans la ville de Maroua même, selon les dernières statistiques publiées vendredi, 26 septembre 2014.


un.org)/n


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