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Madagascar: Les paysans sous la menace d’une invasion de criquets

Depuis plusieurs semaines une centaine d’essaims à l’ uvre, dévore toutes les cultures du sud-ouest de l’île menaçant les maigres moyens de subsistance d’une population déjà très vulnérable

A Sakaraha, à environ 130 km de Tulear, on frôle la catastrophe. Un gigantesque nuage noir surgit à l’horizon. Des millions de criquets formant un essaim de 15 km de long, filent au ras du sol à 20 km à l’heure, en silence entre les voitures et les passants. Des automobilistes, ahuris, s’arrêtent pour photographier la scène. La scène se reproduit non loin dans le village d’Andiorano où un essaim s’abat sur des plantations de cannes à sucre sous les cris affolés des enfants. Après le passage des criquets il n’y a plus rien à manger pour les femmes et les enfants, les bêtes n’ont plus rien à manger non plus, on souffre beaucoup. A cause des criquets, ces cannes à sucres ne seront pas sucrées, donc plus difficiles à vendre. Dans un autre village dénommé Ranohira, un cultivateur se plaint d’avoir perdu la moitié de ses récoltes de riz depuis le passage des essaims. Selon lui les pesticides utilisés sur les parasites des rizières ne sont pas nocifs contre les criquets.

Le gouvernement avait déclaré l’état d’alerte dès novembre, qualifiant l’invasion de « calamité publique ». Mais la majeure partie du budget du centre national anti-acridien part en salaires tandis que les fonds internationaux se font attendre. Les autorités de Madagascar, aux mains d’un gouvernement de transition depuis le renversement de l’ancien président Marc Ravalomanana en 2009, ont tenté d’apporter une réponse en 2010-2012 alors que la situation était encore au stade de « résurgence », moins grave que l’invasion, mais les financements ont manqué. De plus en février, le cyclone Haruna a créé les conditions d’humidité favorables à la prolifération de ces insectes migrateurs et faute d’avoir enrayé la crise à temps, leur population atteint 500 milliards, selon une récente mission de comptage à laquelle a assisté l’AFP.

La FAO, dont les experts étaient sur place fin avril, estime que plus de la moitié des 22 millions de Malgaches sont désormais menacés dans leur sécurité alimentaire et nutritionnelle et compare la situation à celle de 1997, date de la dernière grande invasion acridienne qui avait coûté 60 millions de dollars. Un nouveau plan vient d’être élaboré par la FAO pour 2013-2016 avec le ministère de l’Agriculture. Il est trop tard pour faire de la prévention, mais les larves et les essaims peuvent être traités par des pesticides. Ce plan a cependant besoin de 17 millions d’euros d’ici juin et de 31,5 millions d’euros en tout pour pouvoir démarrer en septembre le traitement par voie aérienne des millions d’hectares touchés.

Une invasion de criquet menace les cultures à Madagascar

rfi.lnt.ma)/n

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