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Madagascar: Un troisième larron entre dans l’histoire

La neutralité suspecte de l’armée inquiète tous les observateurs

Tout change très vite à Madagascar ces derniers temps. A tel point que même les observateurs les plus avertis n’y comprennent rien. Seules constantes, la crise qui persiste et le pays qui s’engouffre chaque jour un peu plus dans de lendemains difficiles. A tout cela vient s’ajouter une nouvelle donnée : l’armée commence à donner à prendre position. Des soldats se sont révoltés dans un camp militaire, le plus important de la capitale malgache. Les mutins protesteraient contre les ordres donnés, depuis quelques jours, par le régime du président Ravalomanana « visant à réprimer les manifestations de l’opposition ». Les officiers supérieurs eux aussi semblent engagés dans une logique de défiance du pouvoir. Et cela, dans un contexte où Andry Rajoelina, quelque temps auparavant, annonçait qu’il entrait en clandestinité et qu’il avait trouvé refuge en « lieu sûr ». Pour sa part, le président Ravalomanana, sans doute en vue de calmer le jeu, a affirmé qu’il mettrait tout en oeuvre pour que son jeune opposant ne soit ni arrêté ni menacé. Mais la mutinerie des soldats constitue assurément un fait d’importance et décidera sans doute de l’avenir politique des deux protagonistes de cette crise, et même au-delà, de l’avenir de la Grande Ile. Car l’armée elle-même, au sujet de cette crise, semble divisée.

Jusqu’à présent, on avait observé de la part des généraux, une attitude qui s’apparentait à un v u de neutralité, malgré une méfiance grandissante à l’égard du chef de l’Etat. Certains d’entre eux n’hésitaient pas à afficher leur sympathie pour le maire déchu. Mais avec la survenue de cette mutinerie des sans-grades qui expriment ouvertement leur décision de désobéir aux ordres, on peut penser que les « petits militaires » veulent prendre les décisions à la place de leurs chefs. Ils l’ont peut-être déjà commencé d’ailleurs, avec le départ du ministre malgache de la Défense, poussé à la démission par l’armée. Et revoilà la lancinante interrogation qui resurgit : pour qui roule Rajoelina ? On l’aura remarqué, sur le terrain, le maire déchu, qui voit son mouvement de foule s’essouffler, a adopté une nouvelle stratégie et compte bien rebondir en province. Des manifestations ont eu lieu, ces derniers temps, dans quelques capitales régionales. Mais, autre question d’importance : le refuge que lui avait accordé l’ambassade française est-il synonyme de caution morale de la France ? On prête à cette dernière d’avoir plus que de la sympathie pour le jeune trublion. Qu’en est-il ? Que fera-t-elle les jours à venir ? Les raisons invoquées par les jeunes soldats pour justifier leurs mouvements d’humeur peuvent sembler un alibi bien léger et qui peine à cacher de plus sérieuses motivations tenues secrètes. Reste à savoir vraiment lesquelles. Une chose est sûre cependant : la grande muette, à l’image de la société malgache, est divisée, chacun prenant fait et cause pour l’un ou l’autre des deux protagonistes. Mais dans quelle proportion ? Toujours est-il que par son mutisme suspect et tout récemment, par la mutinerie des non gradés, l’armée oblige de fait le président Ravalomanana à négocier, certainement à son corps défendant, avec le maire déchu. Elle voudrait manifester son désaveu au président démocratiquement élu, qu’elle ne s’y prendrait pas autrement. Et d’avoir obtenu la démission du ministre de la Défense ne fait que s’inscrire dans cette dynamique pour le moins dangereuse. Car si une armée républicaine choisit délibérément de quitter sa mission de loyauté envers la république pour épouser la cause d’un « rebelle », cela est sans doute révélateur de sérieux non-dits, et peut-être même présage de dangereux précédents à venir.

les flammes dans la capitale
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Quelle peut être à présent l’attitude de la communauté internationale ? Son attentisme jusque-là affiché, si ce n’est sa réelle sympathie pour le maire déchu, ne plaide pas en sa faveur, pour un règlement futur du conflit. Pour sûr, on tient grief à Ravalomanana pour son autoritarisme et sa gabegie tant et tant de fois décriés. Mais cela ne justifie sans doute pas qu’on sacrifie un président démocratiquement élu à l’autel de l’ambition d’un jeune loup aux dents bien longues et décidément trop pressé. Une éclaircie cependant dans cette nuit de tempêtes orageuses qui s’abattent sur la Grande Ile : le retour à la médiation des prélats, qui l’avaient quittée autant par lassitude que par dépit. Il faut espérer qu’ils trouvent les mots qui conviennent pour apaiser les c urs de tous, civils comme militaires. Sinon, il est fort à parier que c’est la grande muette qui, lorsqu’elle tonnera, mettra tout le monde d’accord. Mais sans doute le fera-t-elle, usant d’une manière bien à elle, celle qu’on lui connaît, et dont on sait qu’elle ne fait pas toujours l’unanimité.

L’opposant, ancien maire de la capitale
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